lundi 27 février 2012

KUNMING / SHILIN


VENDREDI 24 : celui qui voyage trouve régulièrement que le monde est petit, de le dire devient même le truisme le plus banal. Il y a une poignée de minutes, nous étions dans le hall du «Camélia Hôtel» en grande discussion avec des Tourangeaux, mieux un couple «Deschamps»  de Saint Hyppolite à 15 kilomètres d’Ecueillé, «mon payse». Ils sont partis de France le 10 janvier, comme nous, et arrivent de Lijiang, sans être montés plus au Nord, donc presque comme nous, après avoir commencé par la Birmanie, donc à l’inverse de nous. En fouillant, sûr que nous aurions trouvé des connaissances communes mais ils étaient en partance pour le Sud du Yunnan, leur taxi pour la gare routière du Sud arrivait, et nous en partance pour… Notre chambre.

Nous allons ressortir dîner, tout à côté, mais notre lit sera le bienvenu ce soir, non que nous n’avons pas dormi la nuit passée dans notre «sleeping bus», mais pendant tout le trajet nous avons été secoués comme des pruniers. Un beau bus chinois rouge comme ils savent en faire sans l’aide de personne. A l’intérieur, trois rangées de lits superposés pour un total de 42 couchettes de 60 centimètres de large chacune au grand maximum. Nous avions hérité des deux places arrière droites avec balancement assuré à chaque virage, et dans un pays montagneux, les virages, c’est le lot de chaque cent mètres !

Donc d’abord il faut «s’amariner» comme si c’était «force 5» et acquérir un réflexe musculaire pour rester dans sa couchette. En bas le garde fou de ma couchette était réduit à rien du tout, juste de quoi me coincer la raie des fesses dans 30 centimètres de barre pour me caler, le nez dans la cloison. Anne à l’étage était à peine plus gâtée en matière de sécurité mais la chute possible plus douloureuse. Rien que des jeunes, nous aurions dit une classe d’université en voyage avec leurs deux anciens profs de français, anciens vu l’âge, en retraite donc!

Avec le demi somnifère inévitable, nous avons tout de même trouvé le sommeil peu après minuit et comme nous sommes arrivés à 8 heures 30, nous avons donc dormi convenablement entre les différents arrêts pour «le pipi» et pour compléter la charge en dormeuses et dormeurs. Sur les coups de 5 heures du matin, nous sommes restés moteur éteint sur le bas-côté, j’ai redouté la panne mais nous sommes repartis, une pause probablement demandée par le moteur, avec deux chauffeurs qui alternent, la conduite peut être continue.

En forme satisfaisante donc, et puis surtout ragaillardis par le plaisir de retrouver un peu de chaleur… Nom d’un Chien Lion du Tibet (nous en avons vus et c’est impressionnant), car nous avons vraiment eu froid dans ces hauteurs !

Les deux bananes et les quelques gâteaux d’hier au soir étant loin, nous avons décidé de «bruncher» sérieusement à l’hôtel ce matin pour nous conduire jusqu’au soir et après une bonne reprise de souffle dans l’atmosphère douillette d’une vraie chambre, nous avons dès la fin de la matinée, pris la direction du Temple d’Or, à une dizaine de kilomètres au Nord du centre ville.

Encore des escaliers et toujours des marches pour atteindre ce haut lieu du bouddhisme Yunnanais, qui domine la ville du haut d’une colline boisée, afin de découvrir un pavillon de bronze (ils sont fous ces Chinois), abritant un beau bouddha, temple qui n’est certes qu’une copie d’un original se nichant du côté de Dali, mais qui date tout de même du XVIIème siècle... A ses côtés, une étonnante statue dorée du dieu de l’étoile polaire, et en face un étendard en bronze représentant la grande ourse dont bien entendu l’étoile polaire, encadrée par le soleil et la lune reliés par une inscription taoïste signifiant «le vent et la pluie sont en harmonie, la paix règne sur le monde»… A méditer !

Mais le site est bien autre chose, en cours de montée, on franchit des portes monumentales qui donnent accès à d’autres lieux de cultes, à des cours bordées de pavillons dont certains offrent des collections d’estampes qui pour une fois ne se limitent pas aux fleurs et aux oiseaux mais à de belles scènes champêtres , militaires, à des collections de bronzes anciens et curieusement de l’époque des années 30 ; à des terrasses et jardins à la chinoise, donc très beaux, avec des arbres, parterres et massifs de camélias, de magnolias, bambous, rhododendrons et j’en passe, un beau petit plan d’eau, rivière artificielle et petit pont de marbre, une belle allée bordée d’une étonnante statuaire en bronze. Et puis en arrière du temple d’or, au plus haut du tertre se dresse la tour de la cloche où il faut encore monter pour voir la ville de Kunming hérissée de ses buildings et de gratte-ciel sur fond de montagne auréolée nous a-t-il semblé d’une brume de chaleur.

La bousculade sera vraisemblablement pour ce week-end, aujourd’hui vendredi la promenade s’est déroulée dans le calme. Nous étions montés en taxi, nous sommes revenus en bus qui nous a déposés pas vraiment proche de l’hôtel, prétexte à une rentrée à pied au rythme du légionnaire. La foule, c’est justement pour demain, nous essaierons de ne pas nous lever trop tard car nous avons rendez-vous avec la «forêt de pierres» et ce n’est pas tout près!



SAMEDI 25 : il y a bien longtemps, Dieu a inondé le monde Occidental pour punir les hommes, et conjointement en Orient, il a fait reculer les eaux pour les récompenser en lui donnant de belles et bonnes terres et un bien joli spectacle. D’ailleurs il aurait fallu faire un miracle pour faire autrement que de prendre «la flotte» d’un côté pour pouvoir arroser l’autre. Toujours est-il que lorsque l’océan s’est retiré dans cet endroit qui allait devenir plus tard la Chine, il a laissé derrière lui une bien belle «forêt de pierres» que l’on appelle en chinois tout simplement «Shilin», un des sites les plus touristiques du Pays. Ingrate probablement, l’Unesco a classé l’endroit au patrimoine de l’humanité par l’Unesco, alors que le Père Noé qui a sauvé l’espèce vivante est tombé dans les oubliettes de la reconnaissance.

Il y a donc 270 millions d’années, estimation d’experts, la mer recouvrait toute cette région et en se retirant, elle a laissé à découvert 26.000 hectares de pitons rocheux karstiques, en calcaire de couleur grise comme la pierre ponce, ces pics prennent sous l’effet de l’érosion qui s’en est suivie, des formes acérées et étranges parfois, certaines se dressant à plus de 30 mètres. Sur l’ensemble, 80 hectares sont livrés à la visite dans le cadre d’un parc particulièrement beau… Et c’est à cette «forêt de pierres», à près de 90 kilomètres à l’Est de Kunming que nous avons consacré notre journée.

Rien de plus à commenter sur notre promenade par une belle journée de chaleur et de ciel bleu. Au départ, nous avons été impressionnés par la gare routière de l’Est, très excentrée du centre ville, bien au-delà des nœuds autoroutiers aériens et que nous avions rejoint en taxi. Cette gare est d’un gigantisme que nous étions habitués à qualifier «d’américain» et qui augure encore une fois s’il en était nécessaire, de ce que la Chine est entrain de devenir. Autour de cette gare, toute une économie s’est développée représentant probablement une vie de l’ordre d’une petite sous-préfecture française, et à proximité poussent des zones d’activité avec les bâtiments en construction tout à fait impressionnants. Faut dire que la gare routière de l’Est, c’est la porte commerciale tournée vers les mégapoles de la côte Sud de la Chine, Shanghai, Canton, Hong Kong, pour ne citer que celles qui nous sont les plus connues.

Pour rejoindre Shilin, une belle autoroute traverse en bus une campagne vallonnée cultivée en terrasse, avec de vieux villages mais aussi avec des quartiers de nouvelles constructions qui témoignent à travers cet énième exemple que le XXI siècle est ici en marche à grand coup de pelleteuse.

A 16 heures 30, nous étions de retour au Camélia Hôtel, à nouveau «plein les bottes» comme n’a pas manqué de dire Anne, aussi nous ne sommes ressortis que pour dîner à proximité, pour garder encore quelques forces pour demain.



DIMANCHE 26 : le musée des minorités du Yunnan est à 14 kilomètres au Sud de Kunming… Mais toujours dans l’agglomération qui de verticale est devenus aérée, avec belles résidences, beaux hôtels, golf et parc divers… Donc avec beaucoup de monde surtout un jour comme le dimanche. Par contre le musée est quasiment vide, un peu retiré sûrement pour le tourisme et d’objet banal pour le citadin chinois qui croise à longueur de temps le «minoritaire» qu’il soit d’une peuplade ou d’une autre, le Yunnan plus qu’une autre région de Chine en regorge comme déjà dit.

Pour les «nez longs» que nous sommes (c’est comme ça que l’on nous appelle sous cape… Fou rire assorti), c’est au contraire passionnant surtout pour ceux qui ne cessent de s’émerveiller devant la diversité humaine, la diversité et sa richesse, une richesse sur la voie du «placard» suivant le phénomène de la mondialisation de l’espèce qui avance de conserve avec celle des marchandises. Bien, pas bien, le sujet n’est pas là, c’est que c’est inévitable… Une minorité d’aujourd’hui étant un  agglomérat qui s’ignore déjà !

Beaucoup de beaux objets de la vie domestique et rurale : du tissage, tissus et métiers; de la poterie, pots divers et illustrations de leur mise en œuvre; instruments de musiques à vent et à percussion d’une inventivité à couper le souffle (même pour les instruments à vent ce qui est un peu bête!), des costumes étonnants de coquetterie pour des femmes à la vie frustre…Etc…

Autant que les collections, le bâtiment est surprenant dans son architecture, il y a de «le Corbusier» dans son élaboration, un «Fada» chinois l’aura conçu suivant une inspiration identique, intégrant le rationnel à la nature. IL est certes en panne d’entretien, le Yunnan a probablement des  investissements plus productifs à faire en priorité, mais il lui faudrait pas grand-chose pour lui redonner du lustre… Pour en faire un musée d’Art Moderne.

Pour la sculpture sur une grande pelouse à Orsay, ce serait le rêve !

Juste en face, un autre musée, à ciel ouvert celui-là, sous la forme d’un «village des minorités». Sans nous faire écraser, nous avons donc traversé la belle route à quatre voies avec un superbe terre plein central planté et fleuri depuis des kilomètres comme pour un concours d’horticulture, pour aller nous y balader. Le principe bien connu, que nous avons grandement apprécié sous d’autres latitudes, repose sur la construction en grandeur réelle de maisons des minorités, mais là aussi le nombre fait que ce parc est immense, beaucoup trop pour des gens qui commencent à traîner les pattes, en conséquence après en avoir survolé un bon tiers nous avons rebroussé chemin, Anne voulant garder quelques forces pour lécher quelques vitrines en centre ville, ce n’est pas parce que c’est dimanche que l’on ne peut pas «magasiner» car tout ou presque est ouvert 7 jours sur 7 en chine… Pratique mais pas vraiment un modèle de Société !

Avant de reprendre un bus, plutôt qu’un taxi comme pour l’aller, nous avons surtout apprécié la partie consacrée à la minorité tibétaine, apprécié à nouveau la beauté de cette peuplade par les quelques danseuses et danseurs qui se produisaient. Appréciés d’autre part aussi des numéros avec des éléphants, personnellement j’ai toujours eu un coup de cœur pour ces pachydermes qui sont patauds et habiles à la fois, et dotés d’une vive intelligence en prime… Tout parallèle avec une idée «sotte et grenue» qui viendrait comme ça s’imposer à l’esprit, serait….

Anne aurait bien voulu acheter une parka, légère, pour remplacer la sienne de couleur blanche, trop salissante, mais le problème est que pour un article de même qualité, le prix est plus cher dans le circuit des magasins en Chine, en relatif ce qui est déjà étonnant mais comble d’ironie, en absolu aussi… Cherchez l’erreur, et vous aurez la clé du commerce.

Pour bien me faire comprendre, pour un article de qualité sans même qu’il soit question d’une grande marque (parce que ça c’est encore faire appel à un autre ressort de la consommation, celui du snobisme), le produit «made in china» est moins cher chez nous qu’ici.

Ca dégoûte et en traînant les chaussures, au milieu d’une foule en balade dominicale, non sans avoir constaté que Kunming était décidément une belle ville et qui n’a pas terminé sa métamorphose (même un dimanche, les grues sont opératives); nous avons rejoint notre accueillant hôtel.

Boire un bon thé, faire le tri pour des sacs plus légers (un rêve), regarder TV5 monde pour s’évader un peu en notre culture (hier au soir nous avons aimé regarder l’émission de Ruquier) … Avant de retrouver notre cantine d’à côté.

Demain nous tournerons la page de la Chine… Avec un gros «navion» pour Mandalay.


















2 commentaires:

  1. Extraordinaire cette forêt de pierres sculptées : de quoi donner des complexes, ou des idées aux sculpteurs... c'est selon. Bien reçue la carte à l'atelier... elle vient quand elle veut la petite dame ! bises

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  2. ça m'étonnerait bien que la production chinoise soit plus chère en Chine que chez nous. ça s'appellerait du dumping, et vu que c'est interdit.....
    Pascal-le-candide

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