JEUDI
1er : comme demandé, nous nous sommes présentés au «Malikh2» à 6
heures 30, le temps que tous les passagers gagnent le bord avec leurs bagages
et notre bateau toutes amarres larguées, s’éloigna de la rive mi boueuse mi
sablonneuse. Le moteur lancé à fond, il fit un demi tour pour prendre à l’heure
dite, soit à 6heures, le courant du fleuve en direction de Bagan, à quelques
185 kilomètres plus au Sud. C’est ainsi que nous avons passé la journée, sur le
pont les reins calés dans des fauteuils de rotin (sans coussins hélas) et sous
la chaleur qui bien vite avait effacé la fraîcheur du petit matin.
Nous
voulions descendre l’Irrawaddy, ce fleuve qui prend sa naissance dans le Nord
du pays pour se jeter après quelques 2000 kilomètres de cours dans la Mer
d’Adaman, en partie Est du Golfe du Bengale, suivant un delta qui enserre
Rangoon (Yangon) l’ancienne et avant dernière capitale de la Birmanie. Nous
avions le choix entre le bateau lent et le bateau rapide mais après avoir
hésité nous avons opté pour la seconde solution, trouvant une navigation de 10
heures plus raisonnable que son alternative qui nous en proposait 15. En fait
après 9 heures 30 de descente, nous accostions sur la berge à hauteur de la
région de Bagan, il était 16 heures 30.
Le
spectacle du fleuve nous a distrait pendant les premières dizaines de
kilomètres, avec des berges construites des prolongements de la ville, maisons,
immeubles, temples et stupas dorés émergeants de la frondaison des arbres. Sur
l’eau, un intense trafic de barges : du sable, du gravillon, des billes de bois
en quantité trahissant le crime de déforestation des forêts du Nord du pays.
Quelques bateaux de transport de la population pour un transfert d’amont en
aval et le contraire, aussi d’une berge à l’autre plus simplement. Les bateaux
à plus fort tirant d’eau cherchaient le chenal d’un méandre à l’autre, à
l’avant un «sondeur» de sa perche explorant les hauts fonds.
Et
puis la navigation devint monotone, peu de végétation pour agrémenter les rives
sableuses, quelques villages lointains débordant d’animation sur la berge à
leur endroit : flottille de barcasses, lavage du linge, enfants en plein jeux,
bref la vie au jour le jour des gens simples. Sous le cagnard quelques habitats
de toiles et plastiques composent des rassemblements de pauvres gens écrasés
sous un ciel comme chargé de poussière, à travers duquel le soleil ne perçait
que par une chaleur épaisse.
Parmi
les passagers, deux couples de français de notre âge et une dame seule, forts
sympathiques et tous les cinq de la région PACA, avec qui nous avons conversé
régulièrement, ils étaient descendus au même hôtel de Mandalay et nous avions
partagé le repas d’hier au soir. Divertissement salutaire car nous avons en
vérité rapidement trouvé le temps un peu long, ce n’est pas par cette
navigation que le Birmanie aura commencé à nous séduire.
L’effervescence
recommença à l’approche de l’arrivée, la berge grouillant en tout sens nous
ramena à la vie, et ce sont deux rickshaws qui nous prirent en charge. Le
premier hôtel choisi n’avait pas reçu notre mail de réservation, c’est un
second qui nous offrira le gîte.
Bagan
est un ensemble de trois petites agglomérations, aux alentours de
l’embarcadère, Nyaung U où se tient le principal de l’activité, plus au Sud,
l’ancien Bagan réunissant la zone des temples, et encore plus au Sud, le
nouveau Bagan, présenté par notre guide comme étant une «zone dortoir» voulu
par le gouvernement pour dégager les sites encombrés d’habitations sauvages.
Nous
sommes donc installés à Nyaung U et nous y resterons trois nuits pour deux
jours pleins.