jeudi 19 janvier 2012

BATTAMBANG



MERCREDI 18 : Le prospectus de la compagnie annonçait 6 heures de route mais nous n’en n’avons mis que 5, pour 230 kilomètres, compte-tenu des conditions de circulation c’est plutôt bien, et ce tout en ayant eu un arrêt «casse-croute» à mi-chemin, celle expéditive du déjeuner à midi 30 en plus, les Cambodgiens comme beaucoup d’asiatiques ne mangent pas forcément beaucoup à chaque fois, mais à chaque fois dès que la faim revient. Partout à chaque coin de rue, et même à plein trottoir, il y a matière à faire un repas.
Rien de spécial à dire sur la route de plus de ce qui a été dit les jours précédents sauf que nous avions une flèche comme chauffeur et que nous avons évité le «carton» à deux reprises, mais il menait son vieux Daewoo d’une main de maître. Nous étions au deuxième rang à droite avec le sentiment d’être un peu protégés par le premier. Anne avait même l’avantage, étant du côté vitre, d’avoir en guise d’aumônière pour loger son sac à main dans lequel elle trimbale notre fortune, l’espace entre l’habillage intérieur du car qui était enfoncé et la tôle de la carrosserie… Le grand luxe !
Nous sommes installés comme des princes autour d’une jolie piscine, le bungalow dans un joli cadre de verdure, mais ce ne fût pas simple. Le temps du tuk tuk (nous sommes un peu au dehors de l’agglomération),  nous étions à l’hôtel à 14 heures 45 mais installés qu’au bout de trois quarts d’heure seulement en dépit de notre voucher en poche, réservation pourtant effectuée et heureusement payée auprès d’une petite agence de Phnom Penh jeudi dernier. L’Hôtel était soit disant complet mais le tarif n’était surtout pas le bon et le problème a dû être résolu par une bonne série de coups de fil,  avec la direction nous supposons.
Il est vrai que nous avons deux nuits pour le prix d’une. Belle chambre et salle d’eau super équipée, lit à baldaquin «style colonial» avec moustiquaire, robes de chambres et j’en passe. Nous avons joué les «français» en restant cependant très courtois… Mais ferme et nous avons gagné !
« Are you professional or not ? » et BING!... Mon anglais même ramené à sa plus simple (et mauvaise) expression s’est montré efficace, le Khmer doit-être susceptible !
Rien à dire de plus, nous avons pris notre temps à nous installer pour passer les deux nuits prévues dans cet oasis, avant de jouer les hippopotames (je parle pour moi et pas pour la gazelle) dans la bonne eau claire de la piscine, nous prélasser dans les chaises longues malgré un ciel mitigé (mais il fait très chaud) et nous avons diné sur la terrasse la nuit tombée, chaleur aussi et au bord de l’eau, d’un poisson à la mode de la région.  
Demain sera un autre jour et nous partirons flâner dans Battambang : 140 000 habitants cachés et agglutinés je ne sais où, ville étirée principalement sur la rive droite de la rivière «Stung Sangker» qui se jette, à quelques dizaines de kilomètres, plus à l’Est dans le lac Tonlé.

JEUDI 19 : Après une nuit réparatrice de 8 heures, levé 8 heures, une vraie grasse matinée en voyage. A 10 heures juste sonnées nous étions prêts et nous avons affrété le tuk tuk qui attendait le chaland à la porte de notre hôtel et prix convenu nous sommes partis dans la campagne en direction du Sud pour visiter en premier le petit village de Vat Kor. Sa particularité : il conserve quelques vieilles maisons khmers, du début du siècle dernier. Elles sont telles que je les ai déjà décrites, sur pilotis et plantées au milieu de beaux arbres souvent fruitiers sur lesquels s’ouvrent de larges vérandas. Nous en avons visité deux particulièrement belles, réalisées dans des essences devenues rares (la déforestation a fait ses dégâts), chaque bois par ses qualités ayant sa destination, celui-là pour l’ossature, l’autre pour les parquets, un troisième pour les menuiseries, etc…
De beaux meubles qui respirent «la colonie» et surtout tout l’équipement utilitaire pour la vie « traditionnelle » de la famille khmer. Une maison réussie se doit de posséder deux escaliers, l’un orienté vers le Nord pour «la prospérité» et l’autre vers le sud pour «le bonheur», toujours avec un nombre impair de marches. Chacune avait «sa» grand-mère pour nous la faire visiter avec présentation des ancêtres. Leurs maisons leur avaient été confisquées par les Khmers Rouges, les femmes réquisitionnées pour les champs et les rizières et les hommes pour les travaux durs, dans les mines de pierres précieuses au nord de la région notamment, il en périra une dizaine de milliers. Bien sûr nos deux grands-mères parlent le français, l’une d’elle d’un milieu d’enseignant, institutrice en retraite elle-même, a croisé dans sa jeunesse la route du grand Charles en visite dans la colonie… La petite histoire dans la grande. Une femme de grande classe, l’autre était une petite grand-mère repliée un peu sur elle-même avec un très joli petit visage.
Ce n’est pas parce qu’ «un guide touristique» vous dit que la chose est à faire qu’il faut pour autant s’y précipiter, surtout que c’est la meilleure façon de se retrouver invariablement au milieu des visages pâles. Eh bien, nous l’avons fait quand même, à savoir un tour de «bamboo train», une spécialité de Battambang. C’est comme chez Disney, de l’amuse touriste, mais c’est plus sympa. Et puis il n’y a pas de honte à jouer de temps en temps les «mickey» ! Vous prenez un essieu avec une poulie pour l’arrière et un moteur, une courroie entre les deux, plus un essieu libre pour l’avant ; par dessus vous posez un plateau de bois et de bambou. Vous posez le tout sur une voie ferrée désaffectée, étroite bien sûr, qui ne sert à plus rien d’autre vu l’état des rails tordus par la chaleur et les tassements du ballast, et vous avez une draisine sur laquelle l’on vous emmène en promenade chaotique en pleine nature, 7 kilomètres à l’aller comme au retour, et comme il faut se croiser, c’est celui qui est dans le sens de l’aller qui laisse le passage. Ainsi les deux «pilotes» concernés, prennent le plateau à pleines mains et les essieux pour sortir le matériel hors du chemin et une fois le prioritaire passé, redéposent le tout pour poursuivre le voyage. Ca ne sert à rien, ça distrait et de fait c’est fort plaisant.
Par bonheur sur le retour nous avons «monté» deux petites pêcheuses et un jeune homme qui faisaient du «bamboo-stop» et notre plaisir fût décuplé par cette souriante compagnie.
Nous aimons particulièrement déjeuner ou dîner dans les marchés au milieu de la population et à notre série, après celui de Phnom Penh, nous pouvons rajouter le bon moment passé à celui du marché du centre ville de Battambang. Nous sommes tombés sur une perle de cordon bleu mais en cela il n’y a rien d’extraordinaire, c’est toujours  de la bonne cuisine, pas sophistiquée comme celle de nos grands-mères.
Restait à faire pédestrement le tour cette ville qui n’est pas sans charme, grouillante d’une population affable comme partout dans le pays, beaux restes de bâtiments d’autrefois, beaux temples… Jusqu’à pousser à la gare, désaffectée comme l’on s’en doute, la pendule est arrêtée à 8 heures 05 et l’on ne saura jamais si c’est arrivé un matin ou une après-midi. Les rails vont se perdre dans la verdure au Sud, c’est là plus loin sur la ligne où nous avions fait de «bamboo train», et au Nord, servir d’axe à un quartier de planches et de tôles, pavoisé de linge multicolore qui sèche et débordant de gamins joueurs... La misère serait moins pénible au soleil !
Deux coups de cœur : vue au passage une petite école installée dans une petite boutique ouverte sur la rue et insérée au milieu des autres en activité commerçante. Un tableau noir, une vingtaine de gamins et de gamines appliqués autour de deux institutrices assises l’une à côté de l’autre, ce qui nous a semblé représenter deux niveaux de cours. Récréation souriante à notre passage. Rencontrées aussi deux petites soldates de charme à faire regretter à la jeunesse de chez nous la suppression de la conscription.
A 15 heures nous étions de retour dans notre havre de verdure où nous avons passé le reste de la journée à l’image de l’après-midi d’hier (il faut bien profiter de notre bonne aubaine), au son des cui-cui dans les arbres, se sera à celui de sortes de grillons par la suite, des geckos enfin… Et des touc-toucs des moteurs de tuk tuk qui passent à proximité. Nous sommes à l’écart du trafic, mais il en passe !
Il a fait chaud aujourd’hui.
Demain notre bateau pour Siem-Reap (Angkor) est à 7 heures, notre «pétrou» de ce matin est convoqué pour 6 heures 30. Ce n’est pas très tôt ici, beaucoup de monde est déjà levé et les rues à l’heure du laitier sont déjà animées.