JEUDI 26 : nous avons quasiment fait l’ouverture de notre bar préféré, même aidé à sortir
les fauteuils, petit déjeuner à 6 heures 30 avec bagages sur le trottoir pour
un départ à 7. Le minibus que nous attendions s’est arrêté comme prévu au coin
de la rue à peu près à l’heure, mais nous n’étions pas partis !
Si notre
Van Mercédès était loin d’avoir tous ses passagers, il débordait déjà de colis
et de bagages et Anne était inquiète de voir ficeler les nôtres très largement
hors du coffre arrière, au dessus du vide, et encore plus inquiète lorsque qu’à
l’issue du tour de ville pour ramasser nos compagnons de voyage, ce sont nos
sacs qui servirent de support aux autres. Pas trop de problème avec les sacs
des touristes, bien arrangés, mais avec les locaux qui transportent n’importe
quoi et n’importe comment de préférence.
D’ailleurs
nous nous sommes retrouvés coincés très
rapidement entre des sacs de mangues vertes, un gros emballage de polystyrène,
nos bagages à mains et ceux des autres. En parlant des autres, pour 15
passagers prévus plus 3 sur les strapontins (en fait ces fameux sièges à une
fesse qui viennent se rajouter dans l’espace qui permet entre deux sièges
«normaux» d’accéder aux places arrières), dont le chauffeur et son assistant à
l’avant, nous étions donc 18, puis à 21 grâce à une espèce de banquette de 20
centimètres de largeur placée derrière les sièges avant (et que nous avions
pris au départ pour un repose pied bien que déjà fort encombré de marchandises),
sur laquelle se sont serrées 3 personnes supplémentaires, dont 2 le dos à la
route, le troisième les pieds dans le levier de vitesse. En cours de chemin une
cliente avec ses paquets s’est présentée et elle s’est retrouvée à partager le
siège de la passagère avant, nous étions alors 22 quand s’est annoncé plus loin un 23 ème candidat
à l’embarquement, avec son bagage. Notre chauffeur ne s’est pas démonté, il
ouvrit bien large sa portière et fit monter notre postulant passager sur son
siège, coincé entre lui et sa portière, l’histoire ne raconte pas s’il avait
les pieds sur les pédales quand notre chauffeur avait les mains sur le volant,
enfin une car l’autre servait quelque fois à téléphoner… Et «à fond la caisse»,
téléphone ou pas !
Anne et
moi étions par bonheur assis juste derrière le chauffeur (places réservées à
l’achat de nos tickets), et si cela nous laissait plutôt moins de place pour
les pieds coincés par les mangues (Anne avait une «patte» sur l’un des sacs), au
moins nous avions un accès visuel au paysage.
Nous avons
fini par perdre un peu de lest en route, une cambodgienne est descendue avec
ses deux poules qui en ont caqueté de joie, nous ne nous étions même pas aperçus
que nous trimbalions avec nous des cocottes… Le manque d’espace avait dû leur
clouer le bec !
Nous avons
roulé ainsi vers le Nord en direction du Laos. Dans un premier temps, nous
avons suivi la rive du Mékong et sa berge plantée de maïs, puis nous nous en
sommes écartés pour retrouver une campagne guère différente que celles déjà
traversées, même quand le terrain s’est mis à avoir un peu plus de relief. Même
habitat plutôt moins dense, même décor plutôt moins vert, peu de plantations
autres que celle du manioc dont les habitants font sécher sur des toiles le
long de la chaussée, macadam chaud en-dessous et soleil mordant au-dessus, les
racines débitées en morceaux grands comme des pommes de terre, je pense pour la
fabrication du tapioca. C’est pratique mais en attendant il faut faire avec
pour circuler. Un usage asiatique fréquemment rencontré (de l’Inde au Vietnam
et de l’Indonésie à la Chine), les riverains des routes le font pour le riz,
pour les épices, ici pour le manioc.
Partis en
réalité de Kratie à 8 heures nous arrivions à 10 heures passées du quart à la
porte de Stung Treng dernière ville avant la frontière. Du mini-van nous sommes
passés dans un Hyundaï bien connu et nous sommes repartis pour une bonne demi-heure
de route avant de stopper à la frontière.
Dans le
bus, deux petits malins ont tenté de nous abuser en nous faisant croire que
c’était à eux de s’occuper des formalités moyennant 44 dollars par personne.
Certains ont marché, d’autres pas comme nous, et nous nous sommes occupés nous-mêmes
du passage avec un coût de visa à 30 dollars + 1 aux Cambodgiens pour qu’ils
acceptent de nous donner le coup de tampon de sortie et + 2 autres à leurs
collègues Laotiens pour le petit coup de tampon d’entrée… Il n’y a pas de petits
profits !
De l’autre
côté un bus (compris dans notre ticket), toujours un hyundaï (vive les
Coréens), pour les 20 minutes de la route laotienne qui mène à l’embarcadère de
Bana Kasang.
En face,
les «mille îles», et là bas sur la berge du bras le plus éloigné du Mékong, les
petites montagnes du Cambodge comme un clin d’œil pour ne pas se faire oublier
de nous.
Sur 50
kilomètres de son cours le Mékong se sépare en de multiples bras sur à peu près
20 kilomètres de large, et enserre entre eux un très grand nombre d’îles et d’îlots
plus ou moins grands. Parmi les îles
habitées, deux sont qualifiées de «paradis du voyageur», Don Khon et Don Det,
reliées par un pont, et c’est dans la première que nous avons décidé d’aller.
Faire Quoi ?... Rien.
La «longue
queue» chargée comme une mule s’est faufilée pétaradante dans l’archipel et
nous avons pu débarquer aux alentours de
midi. Restait à trouver notre guesthouse et c’est à la quatrième tentative que
nous avons trouvé demeure : un vaste bungalow super équipé (dont un lit de
2x2 mètres), meublé «ambiance tropiques» avec petite véranda donnant sur une
plage artificielle de beau sable, en bordure du fleuve.
Séduit par
cet écrin de verdure tropicale nous avons décidé d’y rester deux jours
complets, vu que nous en avions un d’avance, et comme notre guesthouse fait en
même temps : billetterie, location de vélo et de moto etc… Et restaurant.
Nous y avons pris nos deux repas et entre les deux, nous nous sommes «payés»
pour récupérer un peu, et au milieu d’une après-midi à lire, une sieste d’enfer!
*** REMERCIEMENTS ***
Voila,
pour le Cambodge, la route effectuée est publiée en tête du récit de la
dernière route de la traversée de ce Pays. Bien sûr, on peut regretter de ne
pas lui avoir accordé plus de temps, à flâner plus que de découvrir d’avantage
de lieux, peut-être les îles au large de Sinaoukville et le Nord-Est du Pays,
légèrement montagneux et propice à la ballade en éléphant, mais il faut
reconnaître qu’avec le site d’Angkor, le trésor de ce pays sont les gens, beaux
et exceptionnels de gentillesse.
Maintenant
le Laos, notre parti pris sera d’oublier le Cambodge, nous nous livrerons
invariablement au jeu de la comparaison mais ce sera plus tard.
Un grand
merci à ceux qui nous lisent, j’ai conscience que je suis souvent long à
travers mes récits journaliers, mais ce blog est avant tout «égoïste», il est
notre mémoire, mémoire de nos sensations et de nos sentiments, à égalité avec
les faits tels que nous les avons vécus.
Un grand
merci à tous ceux qui nous ont accompagnés par leur petit mot sur le blog et par
mail, l’écho fait plaisir et les nouvelles tout autant, à cela nous sommes très
sensibles.