mardi 14 février 2012

LA ROUTE POUR LA CHINE


DIMANCHE 12 : Anne s’est dite sereine, de mon côté un fond d’inquiétude m’habitait et dès 11h30, nous étions en attente à la gare routière depuis une petite heure, il me tardait de voir notre «sleeping bus» pointer son nez… Et il le pointa à dix minutes de midi et la moitié du poids sur l’estomac disparut, l’autre moitié quelques minutes plus tard, les bagages  dans la soute. Pour la place se fût un peu plus compliqué, non seulement le bus n’avait pas la même configuration que celle que nous pensions mais les places réservées se trouvaient en bas et plutôt en arrière plutôt qu’en haut et plus vers l’avant. Pas de «chiotte» en prime, notre Daewoo n’était pas du dernier cri. Qu’importe nous étions dans ce «putain» de bus et c’était l’essentiel.
Evènement aimable, le couple de jeunes Japonais qui avaient été nos compagnons d’aventure dans le mini-van de la veille, et avec lesquels nous avions échangé quelques mots entre œillades de solidarité dans le péril, se retrouvaient dans «le plumard» d’à côté. Ils avaient achet  leurs tickets de bus à Udomxaï, comme quoi c’était possible contrairement aux  informations du Lonely-Planet, avec cependant le risque qu’il n’y ait plus de place ce que nous ne pouvions nous permettre. Une petite Equatorienne faisant ses études supérieures en Chine à proximité pour composer  avec nous un quintette de voyageurs noyés dans une population chinoise criarde et montée sur des ressorts.
Le temps que l’équipage avale son repas en 50 minutes, nous sommes partis dans un « bordel» sans nom augurant d’un voyage mouvementé mais les choses se sont un peu calmées par la suite. Nous avons repris très rapidement de l’altitude et avons commencé à jouer à «saute-montagnes» cette fois-ci, et comme de se faire véhiculer dans la position quasi allongée n’est pas faite pour supporter agréablement une route de jour - une bonne route à deux voies avec le même spectacle végétal et humain déjà décrit depuis que nous sommes dans le Nord du Laos, des gens peut-être plus typés, dans les villages des faciès chinois plus en abondance - le passage des frontières fût la bienvenue pour marcher un peu, une fonction plus normale en pleine journée.
Les passages, le Laos d’abord et la Chine après, nous a pris 1 heure et demie, sans complication. Les Chinois y sont allés d’une fouille rapide de nos bagages, et la douane et la police des frontières se sont montrés plutôt aimables en nous souhaitant la bienvenue, une jolie fliquette dans son uniforme vert et sous sa casquette, plutôt grande, m’a même dit avec un sourire plein de ses belles dents blanches, que Paris était romantique, Florence aussi (qu’elle situait en France), et Blois. Pour rappel des agences de voyages chinoises organisent des mariages et lunes de miel  dans nos fameux châteaux de la Loire… Et après avoir avancé nos montres d’une heure (le décalage), nous sommes repartis. Le paysage s’est révélé moins montagneux de l’autre côté, beaucoup de plantations sous voiles plastiques, des bananeraies sur plusieurs hectares avec chaque régime protégé dans un sac, des plantations d’hévéas dont certaines en production… La Chine en marche.
Une petite heure après, nous arrivions à Menglun, première ville de ce nom après la frontière, une cité qui sort du passé pour entrer dans le modernisme, où l’on nous a gratifié d’une heure pour dîner, ce que nous fîmes entre nous cinq, dans un restaurant du coin à 100 mètres de la gare routière. Du riz frit avec du porc et de l’œuf, émincés plus ce qu’il faut pour relever le tout… Sans qu’il ne sorte du bol pour autant ! Dans une théière en fer qui avait sans nul doute  connue la jeunesse de Mao, du thé comme il se doit.
La nuit était largement tombée avant de reprendre le chemin de Kunming, à nouveau dans «le bordel» car nous avions fait un petit changement de passagers. Quelques kilomètres plus loin, Anne a noté sur une borne le chiffre de 674 kilomètres pour rallier notre but, et puis que faire dans la nuit lorsque vous êtes allongés et bercés dans un bus, même à 19 heures 30 vous cherchez le sommeil, après avoir avalé un demi-somnifère… Et ce ne fût d’autant moins facile que nous étions installés sur les roues.

*** REMERCIEMENTS ***
L’actualité de l’Indochine Française a fait partie de mon enfance de fils de militaire, et mon père gendarme a été à deux doigts de rejoindre en 1954, à quelques mois de Dien Bien Phu, ce qui allait plus tard devenir le Vietnam , mais c’est dans le Pacifique que «Dame fortune» l’a envoyé, sa famille dans son sillage.
Une fois le conflit terminé, à son retour un précieux ami de la famille qui n’avait pas bénéficié de la même chance, m’avait donné une photo de buffle dans les rizières et un billet d’une piastre des années 50 que j’ai conservé comme une relique depuis cette fameuse année 54, je n’avais pas neuf ans... 58 ans plus tard, après la découverte il y a 10 années de la Cochinchine, de l’Annam et du Tonkin, nous venons Anne et moi, en traversant le Cambodge et le Laos, de faire le tour de cet Extrême Orient autrefois « français », qui nourrit tant de fantasmes par le passé dans nos esprits et nos cœurs d’occidentaux… C’est ainsi que pour moi une petite porte ouverte dans l’enfance vient de se refermer avec bonheur.
Après la route du Cambodge, nous publions celle parcourue au Laos, une évolution géographique du Sud au Nord cohérente,  pour des peuples, parce que forgés par une histoire différente en dehors du trait d’union colonial, qui ne se ressemblent guère.
Quelques idées fortes pour résumer notre appréciation : le peuple Cambodgien sans aucune hésitation, sa gentillesse et sa beauté, les plus beaux  enfants de la terre ; le Nord du Laos dont chaque paysage ou presque ressemble aux premiers matins du monde dans la lumière du matin ; le Mékong, ses rivières et le peuple de l’eau quelque soit la latitude où il vit et nous n’oublions pas notre «coup de cœur» passé pour le delta ; l’ incontournable Angkor en oubliant bien vite l’agression touristique.
Nous retrouvons  avec plaisir la Chine que nous avions rejointe  par le «Transsibérien» il y a quelques années, dans ce Yunnan que nous ne connaissons par contre pas. Au Sud, c’est le juste prolongement des Nord Vietnam et Laos, au Nord ce sont les marches du Tibet, toutes premières terres du Mékong, ce fleuve que nous remontons «à grandes enjambées».
Nos remerciements renouvelés à tous ceux qui par la lecture, les commentaires et les mails nous ont accompagnés tout au long de notre route. Avec le plaisir que nous avons à regarder les nouvelles diffusées sur «TV 5 Monde», ils sont  «la corde de rappel affective» de nos escapades dans les ailleurs.