MERCREDI
1 : à 6 heures 20, notre hôtesse a allumé les plafonniers, à 30 les roues
du bus bruissaient sur la caillasse de la gare routière de Vientiane, curieuse
impression d’une gare à allure de désordre dans un pays qui nous a paru vivre
le contraire.
Avec chacun
un demi comprimé de somnifère nous avons dormi comme des loirs alors que nous
redoutions le pire, dans ce drôle de bus aménagé de deux rangées de lits
superposés, chaque couche large de 1 mètre environ étant pour deux, mieux vaut
être amoureux dans ces cas là. Avantage : le gain d’une journée, mais inconvénient :
nous n’avons rien vu d’un paysage que nous pensons néanmoins guère différent de
celui déjà parcouru, de surcroît notre «Lonely Planet» ne révèle aucune vrai curiosité
à voir ou à vivre dans le centre du pays, néanmoins c’est un petit regret de n’avoir
pu faire la route de jour, pour voir qu’il n’y a rien à voir !
Une fois les sacs déposés dans un coin de la
réception, les chambres ne sont disponibles qu’à midi, nous sommes partis
petit-déjeuner et après une petite réunion au sommet entre nous deux pour faire
le point sur notre route et sur la façon avec laquelle nous allions organiser
nos deux journées à Vientiane, nous avons pris un tuk tuk en direction du Musée
National Laotien comme premier objectif. Un musée installé dans l’ancienne
direction de la police coloniale, un bel immeuble du genre, où nous avons passé
une bonne heure à vivre le Laos depuis le néolithique à nos jours, en passant
bien entendu par l’histoire coloniale, la montée du communisme Laotien pendant
la guerre d’Indochine et le triste épisode de la guerre du Vietnam tellement
sortie de ses frontières qu’il s’avère que le Laos fût le pays au monde qui ait
été le plus bombardé. Des milliers de bombes jonchent toujours son territoire
et font un mort en moyenne par jour. Au rythme actuel du déminage, il faudrait
150 ans pour rendre le pays totalement sûr.
Bien
entendu le Pathet Laos à travers une propagande on ne peut plus visible, vante
sa révolution et ses faits d’armes à travers une collection de vieux clichés
mais «y a photos» et le mérite aux chefs n’est pas usurpé. Tout à fait
intéressant.
Encore une
fois il est prouvé qu’un peuple ne peut, dans le temps, en asservir un autre
par la force et malgré cela il y a encore des Politiques qui vendent le contraire
aux leurs. Pire, des crétins qui applaudissent des deux mains.
Un retour
à pied nous conforte dans l’idée que ce Pays est tout à fait à part dans ce
Sud-Est asiatique. Il y règne un ordre
que l’on ne rencontre pas ailleurs, avenues larges et ombragées, rues propres,
trottoirs en bon état, des poubelles partout, des bâtiments pas délabrés quand
ce ne sont pas de beaux édifices, pas de misère rencontrée, pas de foule
grouillante et exubérante, tout cela tranche avec le voisin du Sud. Néanmoins
la vie semble rester à la décontraction et sans être aussi souriant que le
Cambodgien, le Laotien est charmant et prêt à rire dès que l’on fait «le
singe». Mon avis non partagé par Anne, le charme en prend un coup.
Nous avons
acheté nos tickets de bus pour l’étape suivante auprès d’une petite agence
proche de notre hôtel, ce sera un mini-van… Et nous avons récupéré notre vaste chambre,
bien 30 mètres carrés, parfaitement équipée, et avec des fenêtres sur deux côtés
de sorte que nous avons la vue sur la ville et à la fois sur le fleuve. Le hall
a un peu vieilli mais classe, et comme c’est un hôtel boutique, l’antiquité
s’affiche partout. Une bonne lessive pour Anne et une bonne douche pour nous
deux, un repas dans le restaurant voisin et nous sommes repartis de plus belle
à l’assaut de la ville : quelques beaux temples en chemin dont un avec un
beau bouddha de 6 mètres 50 pour la nourriture spirituelle et pour l’estomac, un
arrêt dans une pâtisserie française pour y boire un vrai expresso avec un bon
gâteau comme chez nous. Vu la célèbre «foun-taine» en travaux, le palais
présidentiel aussi, l’ambassade de France bouclée à double tour, l’église
catholique fermée comme souvent… La maison du Seigneur doit être aux 35 heures…
Et quelques belles boutiques ouvertes !
Puis nous
avons rejoint notre quartier en longeant la rive du Mékong où venait de
s’installer un marché de nuit que nous avons traversé d’un pas on ne peut plus
lent, jusqu’à notre hôtel. Un exemple d’ordre, d’organisation, la multitude de
stands à la structure tubulaire identique, une même toile rouge en couverture,
l’on se croirait presqu’en Europe pour un marché de noël. Etonnant Laos.
Est-ce parce que nous montons en latitude, mais aujourd’hui
nous avons eu une température idéale, d’autant plus confortable que nous savons
ces pauvres Français dans l’obligation de ressortir les vieux «Damart» de la
naphtaline… Ah ce réchauffement de la planète, c’est fou comme ça jette un
froid !
C’est à
deux pas de notre «Inter City Boutique hôtel» que nous avons dîné sur le
trottoir, dans une presque petite fraicheur, d’un super beau poisson «barbecueté»
avec de bonnes frites françaises, un autre bienfait qui décidemment concerne
aussi la bouffe, arrosés d’une «beerlao» bien fraîche… Des fois la diététique
on lui dit merde !
JEUDI
2 : avec un breakfast comme ça dans le ventre, l’on est paré pour
l’épreuve, mais ce n’est pas une raison pour dépenser ses forces bêtement en
partant à perpette à pied et c’est en tuk tuk que nous avons rejoint l’Arc
de triomphe laotien.
A
Vientiane il y a un arc de triomphe comme à Paris, vu de loin c’est presque
pareil, vu de près le style néo-khmer fait la différence. Construit dans les
années 60 avec un béton américain prévu à l’origine pour construire un aéroport
il a comme sobriquet « la piste verticale ». D’en haut, l’on y
voit la ville à 360° et principalement la large avenue qui ramène au centre
ville, face au Palais de la présidence. Anne n’est pas complètement d’accord
avec moi qui pense que l’inspiration urbanistique des «grands frères de
l’internationale» est patent… mais pas épatant !
D’ailleurs,
dans le style d’ici, de gros immeubles semble signifier une démonstration de
puissance du régime.
En
revenant, nous nous sommes arrêtés au Centre Culturel Français pour y
rencontrer la cousine d’une de nos amies, mais nous l’avons loupée à 48 heures
près alors qu’elle était en poste depuis 7 années. Pas de chance mais nous
avons passé un bon moment avec un de ses collègues laotien, et un aussi bon à
assister aux répétitions d’un groupe français de «fanfare-rock» qui préparait
pour ce soir un concert… De concert avec des musiciens de la fanfare de l’armée
laotienne… Et vive la musique qui réunit les cœurs !
Cap,
toujours sur le chemin du centre, sur les marchés : celui des tissus,
tissage de soie, vêtements mais aussi bimbeloterie en tout genre pour en
composer l’autre mamelle commerciale ; et plus loin des produits frais,
sauf qu’un nouveau et géant bâtiment est en construction et que le marché par
dans tous les sens dans l’attente en cornaquant les trottoirs… Enfin ça sent
l’Extrême Orient de Papa ! Et puis Anne nous a fait un caprice. Nous
étions passés hier devant une pizzéria et je crois bien qu’elle a passé la nuit
à en rêver, un vol de pizzas dégoulinantes de fromage fondu, un truc pas trop
compliqué à guérir et nous avons fait une entorse au «manger local». Pendant
que nous y étions le «sundae» est venu compléter l’évasion culinaire… Anne cale
au riz !
Deux sites
visités dans la première partie de l’après-midi :
Le Vat Si
Saket pour commencer, un temple du début du XIXème d’influence siamoise. Un
superbe temple à colonnes entouré d’un cloître tout à fait élégant, l’ensemble
renfermant… 6400 statues du bouddha, non je ne fais pas d’erreur de zéro !
Rien que dans une multitude de petites niches sur les parois du cloître,
viennent se loger plus de 2000 bouddhas d’argent et de porcelaine, au-dessous
sur des sortes d’étagères qui courent le long des murs, plus de 300 de grandes
tailles et je fais grâce de la comptabilité restante.
Le Pha That
Luang pour continuer et finir, car autant terminer notre découverte de Vientiane
par le monument national le plus important du Laos, qui symbolise à la fois la
religion bouddhique et la souveraineté laotienne, malin non ! Sur une
emprise au sol de près de 70 mètres sur autant, une forêt de stupas dorés à
quatre pans, en terrasses concentriques et surmontés d’un stupa géant à quatre
pans aussi, entouré de feuilles de lotus, le tout doré. La flèche à quatre
côtés ressemblerait à un bourgeon de lotus allongé pour symboliser la
croissance d’une graine de lotus germant au fond d’un lac vaseux pour fleurir à
la surface, métaphore du passage de l’ignorance à l’illumination par le
bouddhisme… Le profane n’y verra probablement qu’une grosse pâtisserie dorée.
Comme la
chose était assez loin du centre de Vientiane, Le tuk tuk qui nous avait
véhiculés nous a attendus pour nous
ramener à l’hôtel et c’est tout naturellement qu’à l’arrivée nous nous sommes montrés
curieux de savoir pourquoi notre
chauffeur parlait si bien le français.
Notre «Monsieur»
de 56 ans, il est vrai distingué dans sa mise ordinaire, est tout simplement
médecin, il l’a été pendant sept années en Ouzbékistan, mais aujourd’hui il
préfère chauffer le tuk-tuk pour gagner plus. Nous ne nous sommes pas étendus
sur les décennies écoulées mais nous avons fort bien compris qu’il ne les avait
pas vécues simplement, et que la ville n’était pas aujourd’hui facile pour le
citadin, la croissance du pays l’entraîne à
répondre aux charges qu’engendrent le progrès. Si le «politique»
(appelons-le comme ça) lutte contre la misère et développe les campagnes, il est
sévère et pour ne citer qu’un exemple, le chômeur chronique serait menacé de prison !
Si le
choix de changer de nationalité m’est demandé, je ne choisirai peut-être pas « laotien » !
Un retour
à la chambre à 16 heures nous a complètement convenu, et nous a permis, Anne
dans son livre électronique et moi sur mon cahier informatique, de faire relâche
en attendant de voir si le poisson de ce soir sera aussi goûteux que celui d’hier
au soir. Et puis nous ferons un petit tour de foire, à la fraiche, les stands aux
marchandises de toutes sortes commencent à se monter suivant un rituel qui
semble immuable… La mécanique de l’existence.
Demain, départ
à 9 heures 30 pour Vang Vieng plus au Nord sur le Mékong, trois heures de route
seulement.