SAMEDI
11 : Hokusaï avait au réveil sorti ses pinceaux et ses encres, le paysage était
nimbé d’une jolie brume dont on avait déjà ressenti les effets humides avant
même que nous ayons ouvert la porte de notre «varangue». C’est à peine si l’on
voyait la rivière en contrebas et les cimes disparaissaient dans le flou de
l’air d’où le soleil commençait timidement à percer. Après ce fût rapide et
Nong Khiaw prît du relief dans la lumière oblique et chaude du matin.
Ses
habitants avaient commencé leur journée bien avant, mollement car la dolence
anime, si l’on puit dire, l’activité du laotien. Pas étonnant qu’au début du
siècle dernier les Français aient «vietnamiser» l’administration de
leur protectorat avant d’avoir voulu le faire pour tout le territoire. Le
village est malgré tout fort occupé par une tâche dont je n’ai pas encore parlé
me semble t’il ?
Tout au
long des routes, dans la campagne, les gens de la terre récoltent des herbes qui
se terminent par une sorte de plumet, et les mettent à sécher au soleil sur les
bords des routes notamment. L’on voit des femmes surtout mais aussi les enfants
qui travaillent souvent avec leurs parents, les prendre par brassées et les
fouetter afin de les égrainer pour ensuite les remettre à sécher. Au long
des routes ces scènes sont fréquentes. Au village ce matin, il y avait
probablement ramassage, car tout le monde, ou presque, rassemblait ces herbes
en gerbes avant de les enfourner dans de grands sacs. Nous n’avons pas
d’explication de cette récolte et donc pas la finalité mais nous supposons, à
l’observer en passant, que cela forme une sorte de «chaume» propre à servir de
couverture aux maisons, mais cela reste à confirmer. Dans certains marchés, il
nous a semblé voir des balais ainsi fabriqués, il est vrai que l’on balaie
beaucoup au Laos !
Il n’était
pas question de laisser échapper sans nous le mini-van prévu pour 11 heures
pour des raisons de trop plein, aussi dès 10 heures nous étions à la petite
gare routière avec armes et bagages. Pour arriver en premier et choisir notre
place également, mais voilà, non seulement les places avant étaient déjà prises
et comme s’est exclamé Anne : nous
sommes tombés sur le plus pourri des mini-vans», tous les sièges passagers
étaient défoncés, difficile de faire un choix.
Notre «toyota»
aurait pu prétendre être classé au «Guiness», je crois bien qu’il n’y avait que
les pneus de correct, avec le moteur car il n’a pas failli une seule
fois, grâce peut être aux autos-collants de tigre à l’avant et du «Ché» à
l’arrière la mécanique s’est montrée sans faille, des fois il ne faut que peu
de chose. A l’intérieur tout, mais absolument tout était déglingué, et de fait
nous avons préféré nous rabattre sur la banquette du fond pour au moins éviter
d’avoir les genoux sous le menton, et de 11 heures 30 à 15 heures nous avons
été sans aucun répit, secoué comme des pruniers. Sûr que nous nous sommes
tassés de quelques centimètres !
Le goudron
en partant de Nong Khiaw était pourtant correct mais très peu de kilomètres
après la route est devenue un tel enfer ; que celle du Nord pour les coureurs à vélo,
ferait figure de purgatoire. Même l’espoir de récupérer une meilleure chaussée à
la jonction avec celle de Luang Prabang – Udomxaï ne fût pas au rendez-vous, au
point que nous avons passé une bonne partie de la journée assis sur un siège complètement
avachi au dessus d’amortisseurs inexistants et dans la poussière qui rentrait
pas tous les interstices de ce foutu mini-van. Tout au long de la route un
paysage montagneux comme nous savons que le Nord Laos est constitué maintenant,
mais hélas pour les habitants des bords de la route, la succession de hameaux se
retrouve engluée dans une poussière rougeâtre inimaginable… Sous cet aspect,
heureusement qu’il y a le grand bain des pluies torrentielles annuelles pour
laver tout ça.
Rien à
dire sur notre destination, une petite ville qui s’étire le long de la route qui
monte vers la Chine; sauf qu’à moins de
100 kilomètres de la frontière, c’est déjà un peu la Chine au point que
certaines enseignes sont en chinois et que l’on entend çà et là parler le
chinois.
Notre
guesthouse est confortable, la dame de la réception parle un peu le français
qu’elle a appris avec les Sœurs de Sainte Marie dans un collège de Vientiane,
toute une époque qui ne disparaitra vraiment qu’avec notre génération.
En
arrivant à la gare routière, nous nous sommes faits préciser que le «sleeping bus» de Kunming faisait bien à
cet endroit un stop sur son parcours et avons bien signalé que nous devions le
prendre «au vol». Il passe chaque jour entre 11 heures 30 et midi, nous y
serons avant 11 heures et croisons les doigts pour que l’opération réussisse, à
priori tout est bordé pour que cela soit ainsi.
Nous ne
serions pas étonnés que cette «manip» soit une première pour eux… Un truc à
dire sur les forums pour internautes baladeurs, mais ne crions pas victoire
trop tôt, si ça foire nous aurons perdu 90 euros (moins qu’un coup de flash de
radar) et serons quitte pour faire le chemin de jour en deux étapes, de quoi
modifier sensiblement notre séjour chinois.