dimanche 4 mars 2012

BAGAN


VENDREDI 2 : a que voila une bonne journée, une super et superbe journée à sillonner la plaine de Bagan en calèche, sauter de temple en stupa et Bouddha est le premier à savoir, si toutefois il y a derrière ce personnage mythique une quelconque réalité ce dont nous doutons plus que fortement, l’Unesco en second, que s’ il y a un endroit sur terre où il lui est fait autant honneur c’est en ce lieu, ici en Birmanie.
Bagan est le site archéologique le plus important du pays. Les rois d’alors en introduisant le bouddhisme Théravada  dans le centre du Myanmar, soucieux de donner corps à leur foi, ont construit plus de 4400 temples en 230 ans, entre les XI et XIIIème siècle, avant que les Mongols envahissent les lieux… Une folie !
Aujourd’hui il en reste la majeure partie, même après le séisme de 1975 qui secoua fortement la région en endommageant nombre de temples importants qui furent à la suite l’objet de programmes de restauration lancés par l’Unesco avec l’aide des artisans locaux. Certains des édifices s’en retrouvent «corsetés» de l’intérieur et parfois au cœur même des reconstructions en prévision d’éventuels autres tremblements de terre.
Hier au soir, à notre arrivée à l’hôtel, notre «rickshaw» nous a mis dans la foulée, en contact avec l’heureux propriétaire d’une calèche et nous avions retenu sa proposition. Ainsi de 9 heures ce matin jusqu’au coucher du soleil, nous nous sommes faits traîner à l’allure de son canasson à travers les principaux temples. Suivant une comptabilité précise nous en avons visités pas moins de 18, du plus gros, le «Pahto Dhammayangyi» au plus haut, le «Pahto Thatbyinnyu» en passant par le plus beau, le «Phaya Ananda».
Sans entrer dans les détails qui forcément existent pour les différencier et leur donner leur spécificité propre, il s’agit en général de grosses constructions de briques en forme de pyramides de base carrée et à degrés formés de terrasses finissant par un stupa en forme de flèche, souvent dorée. A l’intérieur un couloir épousant la forme extérieure et desservant aux quatre points cardinaux des espaces où siège Bouddha dans de gigantesques proportions la plupart du temps, devant une population agenouillée priant dans des génuflexions étonnantes, leur modèle d’existence… La population et les touristes car si le tourisme est à la hauteur du site, le curieux birman voire asiatique en compose le principal et semble y venir pour nombre en pèlerinage, à pleins cars voire à camions remplis bien au-dessus des ridelles. Beaucoup de jeunes gens car ce serait « grandes vacances» en Birmanie.
Qui dit «tourisme» dit «commerce» et l’on ne peut accéder aux sites qu’en se frayant le passage à l’armée de petits vendeurs qui en prolongement des rangées de boutiques sous paillottes, sont avides de placer leur marchandises. Mieux vaut en prendre son parti pour accepter l’agression qui avec les Birmans reste douce, il faut le reconnaître.
Trois poses au milieu de cette journée «hautement culturelle» :
Par bonheur au détour d’un chemin creux, au sortir d’un village, nous sommes tombés sur une cérémonie, un peu à l’image de la manifestation à laquelle nous avions assisté à Mandalay. Défilés d’enfants dans des rites d’initiation, habillés comme des petites et petits princes, sur des chevaux cette fois-ci et les familles dans tous leurs atours sur des chars à bœufs. En contrepoint, élection de la reine et du roi parmi les jeunes gens, musique et régalade pour tous en accompagnement inévitable.
La seconde fût la halte «repas» dans un oasis de tranquillité au centre et pourtant loin de la campagne poussiéreuse et écrasée sous la touffeur de cette journée de mars.
La troisième, une petite récréation chez un des artisans d’objets en laque, spécialité chinoise mais aussi birmane en cet endroit : fabrication de l’objet, en bois de tek ou de bambou; enduisage, peinture et ponçage, les trois mamelles du laqueur, dessin et gravure pour compléter et finir le travail. Reste qu’au pays de la pauvreté, le résultat reste cher à l’acquisition surtout pour ceux qui n’ont pas de place dans leurs sacs et besoin de rien
Le clou du spectacle de Bagan, c’est le «sunset» sur la plaine et son immensité de temples. Un dernier temple «le Buledi», l’un des rares sur lequel l’escalade est possible, je dis «escalade» car vu la raideur des escaliers qui permettent de rejoindre les terrasses c’est le mot juste, et c’est en surplombant l’immensité que nous avons assisté au coucher de l’Astre, jetant ses derniers feux sur l’univers de stupas de Bagan.
Et notre cochet nous a ramené à notre hôtel, et nous avons pris une douche méritée et bien nécessaire, et nous avons été diner au resto d’à côté, qui en deux repas est devenu «notre cantine»… Et à près de 23 heures Anne dort les lunettes encore sur le nez devant TV 5 Monde, et moi, dans la position du Bouddha couché je vais aller la rejoindre au royaume des songes.

SAMEDI 3 : comme nous en avions l’intention, nous avons démarré la journée en douceur, et en musique, car au moment d’aller prendre le petit déjeuner vers les 9 heures, sous une sorte de véranda qui fait kiosque à l’autre bout du jardin de notre guesthouse, une sorte de motel avec plusieurs bâtiments sans étage compartimentés en chambres avec petite terrasse devant chaque, ce qui serait très bien si l’entretien suivait, une cérémonie passait sur la route, avec gamins à l’honneur et jeunes filles en fleurs, et tout le «tintoin».
C’est Anne qui avait eu l’idée des vélos, et à peine 200 mètres faits nous avons rebroussé chemin pour en louer deux et nous sommes repartis sous le ciel gris, temps couvert sur Bagan ce matin, lumineux cependant, le paradoxe des pays chauds. Objectifs : le marché dans le centre de Nyaung U ; rejoindre au Nord du bled la grève où nous avions débarqué l’avant veille ; dénicher un restaurant où passer un bon moment ; trouver en route, à un moment ou à un autre, un cyber café pour mettre à jour le blog et visiter en clôture un temple imposant qui de son énorme stupa doré émergeant de la cime des arbres, nous nargue presque depuis notre chambre.
Non seulement il y a une atmosphère d’Inde en Birmanie, du moins de ce que nous avons vu jusqu’ici car nous pensons que les choses devraient être différentes plus au Sud, mais il y a aussi quelques similitudes avec l’Afrique noire. Le vaste marché témoigne parfaitement de cela si l’on fait abstraction de la différence de peuple. Des étals tout de guingois posés sur le terre battue quand les marchandises ne sont pas posées à même le sol sur des bâches en plastique partant en lambeaux, et produits posés en vrac sans souci de présentation. Si une bonne partie du marché est protégé par une toiture en tôle, ce n’est qu’une mosaïque de «dépenaillures» qui prend le relais pour le reste, mais rien lorsque le marché déborde sur le parking terreux. Ce qui change, c’est ce peuple de Birmanie au visage lumineux.
En poussant plus loin nous avons retrouvé la rive de l’Irrawaddy, plongée dans l’inactivité relative, il n’y a pas à tout moment un bateau au long cours qui part ou qui arrive, et les petits passeurs  ne suffisent pas à créer l’effervescence. Quelques boutiques sous paillottes avec des hommes somnolant dans des chaises longues de bambous, en attendant la reprise des affaires. Ici comme ailleurs sous les tropiques la nervosité n’est pas de mise. Au bout de la grève un pauvre village de pêcheurs fait de bois et de bambous sous tôles, quelques femmes lavent le linge à la rivière, des enfants sautillent et courent par jeu.
Sur le plan que Anne n’avait pas oublié d’acheter à notre arrivée, en payant les dix dollars nous permettant d’accéder aux sites, j’avais repéré l’existence d’un super «resto» donnant sur le fleuve et force est de constater que la grande terrasse couverte du dit établissement s’est montrée si accueillante que nous y avons déjeuné avant de reprendre le chemin pour passer à l’épisode «internet» et ce n’est qu’au deuxième cyber café qu’Anne a pu en une bonne heure mettre à jour le blog, par contre les quelques mails complémentaires que nous avions l’intention de passer n’ont pas pu partir… Les Chinois nous ont «emmerdés» avec leurs restrictions des services Google durant les deux semaines écoulées et là ce sont les galonnés Birmans qui freinent le débit de la toile.
Le haut débit était du côté du ciel car durant la même heure, et nous avons eu de la chance, il a plu comme «vache qui pisse», le Berrichon en est resté à cette poétique image pour parler de pluie tropicale qui est du genre plutôt rare entre Bourges et Châteauroux. Par contre les vaches y sont légion. Et ce n’est que lorsque les deux débits se sont taris que nous avons repris nos bécanes pour rejoindre par des chemins sablonneux bien détrempés, notre quartier, au Sud de l’agglomération, là où il y a notre guesthouse et en face la «Paya Shwezigon» qui associe ruine, pagode et monastère en pleine activité, sans parler de la cohorte de marchands et surtout de marchandes car ce type de commerce est surtout exercé par les femmes, grosses joues encadrant toujours un beau sourire, la taille ceinte par l’inévitable sarong, le longyi comme appelé ici, et un bagou de marchandes de cravates.
Retenons l’énorme et néanmoins élégant stupa, tout de peinture dorée et de feuilles d’or, les cours occupées de beaux bâtiments aux toits découpés tout aussi dorés… Et pour ne pas changer, des bouddhas partout !
A 16 heures «à la maison», avec la chance d’être passés à travers les gouttes, et il en a tombé encore par la suite, nous nous sommes laissés glisser tranquillement jusqu’au diner, pris sur la terrasse couverte de «notre cantine», sous le portrait de la belle Aung San Suu Kyi. Hier en croisant le propriétaire des lieux, je lui ai exprimé mon contentement de voir son portrait affiché dans sa salle et tout fier il est allé me chercher un grand dessin au crayon qu’il avait commis et qui la «portraitisait» de manière plus ou moins adroite, si je puis dire, en me déclarant son admiration à son encontre… Parce qu’elle aimait le peuple.
Nous a manqué notre petit divertissement du soir, à savoir la présence de notre petit et distingué «chef de rang». Pète sec mais souriant, haut comme trois pommes sans être tout jeune, juste une tête de plus que vous lorsque vous êtes assis, bien coiffé et petites lunettes, chemise blanche écornée et nœud papillon fatigué, gilet marron clair avec pince dans le dos, pantalon noir et … Tongs poussiéreuses dans les pieds !
Demain, lever à 4 heures car nous serons «ramassés» 30 minutes plus tard pour un départ de mini-van à 5 heures… Cap à l’Est, direction le lac Inlé, 10 heures de route.