MARDI 23 : D’abord l’on dit «Kra-tché», because le nom en cambodgien s’écrit Krâchéh en se prononçant
comme je viens de le dire, et ceux qui prononcent autrement, c’est qu’ils ne
sont jamais venus ici…Comme nous, avant d’être mis au parfum par quelques
rencontres faites depuis que nous sommes dans ce charmant pays.
Ce n’est
pas « notre » compagnie habituelle de car qui était concernée ce
matin, mais la «Thong Ly Transportation», toujours des cambodgiens chinois, le business
c’est eux comme à peu près partout dans la péninsule indochinoise. Nous 15
minutes en avance et eux 45 minutes en retard… Bon, mieux vaut cela que de
tomber en panne. Et puis nous avons (j’ai surtout) pris beaucoup de plaisir à
patienter au carrefour, là où la préposée de la compagnie est installée à une
table sur le trottoir devant le bureau qui lui est vide, au milieu du «tas» de
clients » et du tas de paquets, beaucoup de plaisir à observer la
circulation. Ces sacrés deux roues à moteur tirent vraiment tout et n’importe
quoi. Vu ce matin le record, 5 passagers sur la selle du même engin, 3 jeunes
hommes et deux garçonnets assis l’un derrière l’autre… Vraiment un truc que
l’on ne pourrait pas faire chez les nudistes quand on est un garçon… Imaginons un
instant le coup de frein un peu violent !
Les
Cambodgiens Khmers ont parfois de belles mobylettes, les Cambodgiens chinois
ont souvent de belles et grosses Toyota et parfois de belles et grosses Lexus,
ainsi parle la rue au Cambodge.
La
« Tong Ly transportation » irrigue aussi un tas de destinations avec
des minibus à partir de Kompong Cham. Bourré de partout, l’un était en partance
pour je ne sais où, des routards voisins de chaises ont embarqué mais une
«anglo-saxonne» toute de noire vêtue et bien propre sur elle s’est mise à faire
de la résistance en voyant le spectacle, il ne lui restait qu’un petit
strapontin sur lequel elle ne pouvait réellement ne poser qu’une fesse alors
qu’elle avait payé pour les deux. Le spectacle dans le spectacle. Elle voulait
attendre le lendemain quand elle a compris que c’était tout les jours comme ça.
Et notre
Hyundaï est parti, bon train de stop en stop où ça montait tellement plus que
ça ne descendait, qu’il a fallu sortir les petits tabourets, et coudes à coudes
nous sommes repartis comme dab à slalomer au milieu des gens, avec toujours des
coups de trompe à répétition style «tire-toi de mon chemin».
D’abord la
route a traversé de grands espaces voués au riz. La belle moquette quand tout
est au vert. Puis véritablement pour la première fois, nous avons de côte en
côte pris un peu d’altitude pour un paysage de plateaux. La route fait une
grande boucle vers l’Est jusqu’à flirter avec la frontière du Vietnam. Le
manioc est réapparu, l’hévéa aussi, d’autres cultures non identifiées et la
nature ensuite s’est faite plus pauvre, les gens aussi avec des îlots de grande
misère, pilotis courts sur des maisons qui devenaient au mieux des cabanes, la
palme tressée prenant le pas sur la planche. La mob au pied parfois quand même,
j’imagine l’investissement.
Et l’arrivée
sur Kratie. Le bus allait plus loin et nous nous sommes retrouvés plantés sous
le cagnard de 13 heures bien sonnées à un carrefour, à l’entrée de la ville. Le
premier tuk tuk a été assez long à passer, il était plein, en deux mots nous
l’avons invité à revenir et il est revenu. 1 dollar c’est toujours bon à
prendre, et nous voilà à nouveau installés sur la rive du Mékong…Le fleuve. Pas
de réservation cette fois-ci, j’avais repéré l’hôtel sur le guide, un immeuble
de l’époque française, que nous avons pris malgré l’absence d’internet, pas
étonnant que notre mail n’arrivait pas à partir. Nous sommes bien.
Après nos
pâtes/quelque chose pour Anne et mon riz/quelque chose pour moi au premier
restaurant rencontré, nous sommes de « théière en théière », le thé
chaud ça «dessoiffe» (c’est du berrichon), partis à la conquête de la petite
dizaine de rues qui viennent pour la moitié s’échouer sur celle qui borde la
promenade qui longe le fleuve.
Si vous
avez l’âme gaie, Kratie, petite bourgade de 80 000 habitants (où sont
t-ils ?), est le charme du bateau échoué sur une berge et transformé en joyeuse
et colorée «cour des miracles». Au contraire, si la poésie ne vous convient
pas, c’est une poubelle à ciel ouvert. Il faudrait un test au carbone 14 pour
dater ce qui jonche le sol (lui-même défoncé) : papiers, bouteilles, vieux
sacs… Nous aurions la date de construction de la toute première maison.
Et dire
que le grand projet du coin c’est de développer l’écotourisme, j’imagine que
c’est pour faire venir «les verts» pour ramasser tout ça !
Un grand
marché neuf se construit, en attendant tous les trottoirs font «marché». La
Pagode aussi est en travaux, d’ailleurs il y a plein de travaux partout et ce
qui ne l’est pas devrait l’être. La promenade est impraticable à la promenade,
tellement envahie avec côté rue, la succession de ceux qui vendent, avec la
chaussée pour ceux qui consomment, sauf que les caniveaux sont pleins de déchets,
et côté fleuve, tout ce que les premiers sont capables de produire comme
immondices avec de temps en temps des tables et des chaises pour ceux qui souhaitent
«faire terrasse »… Et tout le monde est joyeux au point de se demander si
ce n’est pas nous qui «pétons» les plombs avec notre propreté.
D’ailleurs
nous faisions nous-mêmes «terrasse» quand le chauffeur de tuk tuk de ce matin, qui
devait nous pister, nous est tombé dessus, femme et gosses aux bras. Une fort
bonne chose, nous nous sommes entendus
pour un programme d’enfer pour demain.
Quelques
petits bateaux vont sur l’île d’en face, des passeurs aussi, on voit quelques
toits émerger de la verdure… Et le soleil s’est joliment couché sur le fleuve.
Dans la
journée nous avions croisé le haut lieu de la «routardise» de passage, un
bar/resto/ guesthouse, nous y sommes retournés dîner pour quelques fifrelins
(au son de la musique latino, et dans la nuit avec les murs «orangés» de la
salle, nous nous serions crus à Cuba), avec l’ordi sous le bras pour la wifi …
Et nous y avons acheté nos tickets de bus pour le Laos. C’est’y pas bien tout
ça !
MERCREDI
25 : si l’on parle chiffres, nous sommes partis pas loin de 8 heures en
tuk tuk à faire en gros 100 kilomètres en 7 arrêts sans compter les stops
photos. Dépose devant l’hôtel à 16 heures 30 sonnés. Une belle et bonne journée à découvrir
la rive gauche du Mékong, ses habitants dans leurs activités, sur plus de 35
kilomètres au Nord de Kratie pour commencer et pas loin de 10 en direction du
Sud pour terminer.
Premier
arrêt, incontournable dans la région, voir les Dauphins de l’Irrawaddi, espèce
menacée de couleur gris-bleu et qui fait
2 mètres 50 de moyenne. IL n’existe que peu de colonies, ici bien sûr mais
aussi au Laos, au Bengladesh et en Birmanie dans le fleuve du même nom.
Ce fût un bon moment de grand calme au milieu
des eaux du fleuve. Nous n’étions que nous deux dans notre bateau et notre «jeune
marin d’eau» douce a mis peu de temps pour repérer les bestioles, avant de
rejoindre les quelques autres bateaux pour en voir d’autres. Anne était un peu
déçue de ne pas les voir faire des sauts mais le dauphin d’eau douce doit se la
couler comme ça ! Toujours est- il que nous les avons bien vus, avant que
la foule ne commence à venir et nous en étions bien contents.
Voila, ça
c’est fait !
Deuxième
arrêt, découvrir toute une famille fabriquant au pied de la maison, des petits
réceptacles en bambou pour recevoir un mélange de riz gluant aux haricots et
lait de coco, c’est plutôt sucré et cela se vend aux bords des routes. Première
opération, l’on scie dans de la canne de bambou des sections de 30 centimètres,
deuxième pour passer les morceaux de bambou au feu de sorte à brûler, sans
carboniser, la partie externe afin de l’attendrir, troisième intervention, avec
une machette l’on amincit la canne de l’essentiel et des femmes ensuite, au
couteau, en ramène l’épaisseur finale à 4à5 millimètres. Un tube est donc
obtenu, bouché naturellement et prêt à recevoir «la gourmandise» préparée
d’autre part, protégée par un bouchon de fibre de bambou récupérée ensuite.
Pour déguster, Anne n’a pas goûté mais moi oui et c’est bon, il suffira
d’éplucher le bambou comme l’on fait d’une banane, si l’on peut dire.
Evidemment le «krolan», cette spécialité de Kratie, sur les trottoirs de Paris
ou d’ailleurs en métropole, le fiasco serait au rendez-vous !
Y- savent
pas ce qu’est bon !
Troisième
arrêt pour voir une autre famille, toujours au pied de la maison, extraire le
jus de palme, avec un godet posé au bout d’une hampe florale sectionnée et qui
de faite «jute». Il suffisait de lever le nez pour voir les palmiers équipé de
la sorte en tête de la stipe. Nous avons goûté et c’est bon, très bon. Ce jus
est ensuite filtré et chauffé dans un chaudron et au terme du processus, que
nous n’avons pas complètement suivi, l’on obtient une pâte sucrée qui est très
bonne aussi, Anne y a reconnu un goût de caramel.
Quatrième
arrêt. Le terme de «notre montée» était de rejoindre le village de Sambor,
ancienne cité pré-ankorienne dont il ne reste rien (ouf), mais qui possède un
temple nommé «le temple aux cent colonnes», en activité bien évidement et il
fait même l’objet d’un pèlerinage, temple exceptionnel car ce n’est autre que
le plus vaste du Cambodge. C’est vrai il est rutilant aussi bien de l’extérieur
avec ses colonnes (108 en vérité), qu’à l’intérieur avec son autel de bouddhas
dont une de belle hauteur et ses peintures murales, plafond compris. Beau stupa
doré à côté.
Nous avons
déjeuné en face, sur la terrasse d’une gargote surplombant la rive du fleuve,
le Mékong dont nous avons suivi le cours, pour arriver là.
Sur le
retour le cinquième arrêt qui fût l’étonnement de la journée. Nous l’avions
entre aperçu à la montée, nous nous sommes arrêtés à la descente. L’attraction
de la région. A cet endroit le Mékong enserre dans ses bras une quantité d’îles,
d’îlots, d’îlets et même de bancs de sable. Au lieu dit Kampi, une installation
incroyable a été installée sur les premiers bras du fleuve, enjambés par une
passerelle en planches. En épis de
chaque côté de cette passerelle, une dizaine de carbets en forme de pontons
plus ou moins longs, dominent d’un mètre les eaux du fleuve qui forment de petits
rapides. L’endroit s’appelle d’ailleurs «Kampi Water Rapids». Sur la
passerelle il y a foule, déjà pour y accéder ce n’est pas simple avec les
marchandes et marchands installés partout, et sur les pontons, sur des nattes
et protégés par les toits de palmes, s’agglutinent les familles qui viennent y
passer la journée et faire trempette dans le courant, entre chaque ponton.
Toute la « bouffe » est proposée sur place, du mini poulet au
poisson, en passant par le riz, les beignets de toutes sortes, bref de tout ce
qui peut se manger dans ce pays … Des cambodgiens dans leurs habitudes, un
grand moment de dépaysement.
Autre
arrêt, le sixième, celui qui nous a permis de monter sur la colline Phnom
Sombok dans un méandre du fleuve. Un joli petit temple domine le paysage et la
vue à 180° sur le fleuve est superbe.
Mais pour y arrive, il faut «se taper» 369 marches et vous êtes accueillis par
Bouddha, qui vous gratifie d’un beau sourire «zen» alors que vous êtes au bord
de la mort !
Traversée
de Kratie pour filer vers le sud pour finir. Au sortir d’une rivière, s’est
installé un village flottant peuplé de familles d’origine vietnamienne et nous
resterons là quelques instants pour un septième et ultime arrêt du programme, à
regarder la magie de la vie des peuples de l’eau.
Du Mékong,
certes nous n’avons pas mis un orteil dans son eau, nous verrons plus tard, mais nous nous sommes largement baignés dans son
atmosphère, et c’est saoul de soleil, de chaleur, de vent, de cahots et
d’images que nous ferons un bon dodo ce soir… Au retour du «Red Sun Falling», la
bonne adresse d’hier au soir.
Demain,
cap sur la Laos.