samedi 10 mars 2012

RANGOON


JEUDI 8 : le premier «taxi» qui s’est présenté s’est déclaré avoir compris où se trouvait l’hôtel que nous lui avions indiqué mais 500 mètres plus loin il nous stoppait devant un autre hôtel. Les bagages sortis «d’un coup de sang» nous l’avons planté et dans la foulée nous en avons hélé un autre qui lui nous amena au bon endroit sauf que le bon endroit était plein et nous «le bec dans l’eau» en pleine nuit dans un quartier pouilleux. Pas trop de regret, le bon endroit vanté comme tel sur le Lonely Planet était en fait plus près du bouge que du nid douillet. Le réceptionniste tout dépité de notre déconvenue - nous avions envoyé un mail sans avoir pu prendre connaissance de la réponse négative- a eu beau passer une demi douzaine de coups de fil, les adresses de notre guide étaient soient «full» soit à un coût hors de proportion avec les prix indiqués… Ces Birmans sont devenus fou du dieu dollar et sont entrain de tuer par leur avidité la poule aux œufs d’or. C’eussent qui se baladent «en organisé» ne savent pas à quel point le mercantilisme règne actuellement dans ce pays de légende.
Du coup, nous avons attrapé un troisième taxi en direction d’un hôtel qui avait déclaré au téléphone avoir des disponibilités, nous disant qu’en direct nous pourrions un peu en négocier la «chèreté». Le temps d’arriver les tarifs avaient au contraire pris un coup de chauffe. Nous avons laissé nos bagages sur place, pris un café en face et sommes partis deux rues plus loin pour trouver… Encore plus cher! Néanmoins, sur le conseil du réceptionniste nous avons repris un quatrième taxi en direction d’un hôtel qui venait de s’ouvrir en proposant de fait des prix attractifs. Nous avons fait affaire à 30 dollars la nuit, et nous n’avions plus qu’à prendre un cinquième taxi pour récupérer nos sacs… A 7 heures 30 nous étions dans une chambre toute neuve, qui en vaudra assurément 30 % immérités de plus dans quelques mois. Pour l’heure, nous sommes bien installés, avec le petit inconvénient d’être un peu à l’écart du centre mais avec l’énorme avantage d’être devant une «mer» de cocotiers, certes urbaine mais loin des immeubles délabrés.
En vingt ans de «bourlingue» c’est la première fois que nous galérons autant et aussi péniblement surtout.
Rangoon, aujourd’hui Yangon, est un nom qui m’a fait rêver tout gamin, sûrement la sonorité du mot plus qu’en disait Kipling mais probablement par d’autres lectures où il y était question de la vie des Anglais, de leur vie sous ces «tropiques». Dans la nuit comme je le disais «mon rêve» s’en est trouvé sérieusement émoussé. Il nous restait à tenter de ne pas rester sous cette mauvaise impression et ce n’est que les onze heures bien sonnés, après avoir pris un peu notre temps, que nous avons pris la direction du centre, en taxi, pour faire de l’argent, nous renseigner sur les possibilités offertes par les agences locales de tourisme, acheter nos tickets de bus pour rejoindre la côte en fin de semaine, voir au passage ce qu’il y aurait à visiter, histoire de commencer par un bout.
Comme point de chute, nous avions choisi le centre du centre, un beau jardin, un temple comme rond point, des bâtiments coloniaux, tout pour nous réconcilier avec le Rangoon pouilleux et bouffé par l’humidité qui nous était apparu en arrivant dans l’aube naissante. Une pluie de petits changeurs de monnaie nous sont «tombés» dessus comme une volée de vautours sur la charogne, mais ils se sont vite rendus compte que leurs tours de passe-passe ne pouvaient berner de vieux singes comme nous. La première banque rencontrée s’est également pris une avoinée lorsque leurs employés se sont mis à cinq pour rejeter le premier dollar présenté, et ce n’est que plus tard dans la journée que nous avons traité avec une banque moins suspicieuse et surtout avec des employés plus aimables.
Vu au passage le bureau de tourisme d’état, une gentille dame qui parlait fort bien le Français, et nous avons été assez hypocrites pour accepter le plan de la ville et ne pas lui prendre les tickets de bus recherchés, au principe que nous ne voulions pas traiter avec un organisme de cet Etat… Ce n’est donc que plus tard, après avoir «casse-croûté» Indien, que nous les avons achetés auprès d’une petite officine privée tenue par des Indiens aussi. Anne échaudée par les petits bus locaux, c’est au prix fort que nous rejoindrons la mer en prenant un grand bus, à la fois plus confortable et à la fois parce qu’il promet de mettre 2 heures de moins. Et enfin, nous avons passé un bon moment dans un «Internet-Café» où nous avons découvert que la toile pouvait «speeder», la raison serait qu’hier c’était férié pour cause de fête de la pleine lune et qu’après demain c’est le week-end… Moins d’entreprises sur le réseau, plus de vitesse donc, le «pont» existerait-il aussi ici ?
Aujourd’hui il a fait très très chaud et nous avons bu des «coca» comme des «trous».
Nous avons encore peiné pour prendre un dernier taxi, dès que le client se pointe avec l’air d’avoir des dollars plein les poches, les prix s’envolent… Et celui qui nous a ramené, à la bagnole encore plus pourrie que l’ordinaire, a voulu en arrivant à l’hôtel, prendre plus que le prix entendu pensant normal de nous faire payer son ignorance, ça ne s’invente pas, il avait confondu «Mother Land» avec «Father Land» tout en ayant la carte de l’établissement sous le nez, le premier problème est que «maman» et «papa» ne sont pas dans le même quartier et le second est que nous sommes tombés sur un lourdaud (soyons magnanimes), ce qui semble être la règle dans ce pays pour cette profession !  Ce doit être l’effet du bétel qu’ils mâchonnent tous du soir au matin, le crachat violet par la portière leur permettant de passer d’une chique à l’autre.

VENDREDI 9 : autant hier nous déchantions, autant aujourd’hui nous sommes enchantés de notre journée, et «Thalassa» qui démarre sur TV5 Monde ajoute à la bonne surprise que nous venons de vivre… Mais commençons par le début.
Pas très matinaux, il faut dire que nous avions du sommeil à rattraper, nous nous sommes retrouvés que vers 11 heures au marché Bogyoke Aung San, en limite Nord-Ouest du centre ville, qui est en fait «Le souk» de Rangoon, vieux de 70 ans et qui rappelle un peu celui d’Istanbul à condition de le multiplier par 4, et plus puisqu’il s’étend de l’autre côté de l’avenue, les deux parties reliées par une passerelle.
Déjà la partie initiale c’est 2000 échoppes qui proposent tout ce qui résulte du produit industriel comme de l’article artisanal, voire l’œuvre artistique, difficile à trouver en matière de sculpture où la réplique est de mise, ce qui n’est pas le cas en peinture et à l’eau ou à l’huile, il y a matière à séduire.
Nous y avons largement oublié la pendule, et ce n’est qu’après deux bonnes heures d’emplettes que nous avons rejoint dans les alentours une très belle maison que nous avions repérée la veille en y prenant un café, car cette belle maison coloniale et magnifiquement restaurée est tout simplement un restaurant et une boutique en même temps, confusion des genres pour offrir du bon et/ou du beau suivant ce que l’on y vient chercher.
Là aussi nous avons largement pris notre temps, et ce n’est que vers 15 heures que nous avons rejoint le cyber-café déniché, Anne s’étant promise de mettre à jour de photos notre blog. Le problème a été que la vitesse de la veille avait baissé d’un cran et au lieu d’y passer une heure, elle a passé le double mais le résultat fût au rendez-vous avec satisfaction.
Nous avions du temps car notre objectif suivant méritait le soleil couchant, conseil judicieux du Lonely-Planet, et nous nous félicitons d’avoir été des élèves obéissants, car voir la Paya Shwedagon au coucher de soleil, c’est décupler sa beauté, d’autant que son décor de lumière qui s’en suit prolonge le plaisir de la découverte puisque les lieux sont ouverts jusqu’à 22 heures. Nous avons donc pris tout notre temps pour «vivre» l’évènement.
«Alors un mystère doré se leva à l’horizon, une merveille étincelante et superbe qui brillait au soleil, dont la forme n’était ni celle d’un dôme musulman ni celle d’une flèche de temple hindou (…) «Voici la vieille Shway Dagon» me dit mon compagnon (…) Le dôme doré me dit : «Voici la Birmanie, un pays qui sera différent de tous ceux que tu connais.»… Ainsi parle Kipling dans son œuvre, et si le béton a depuis «cancérisé» la ville, l’on s’imagine très bien ce que pouvait représenter l’exceptionnel dôme de la Paya Shwedagon lorsqu’il apparaissait au voyageur bien avant qu’il n’atteigne les faubourgs de la ville d’alors.
Passons sur l’histoire exceptionnelle des lieux, retenons seulement qu’elle remonte bien avant l’an mille, mais ce qui est d’avantage évocateur, c’est son architecture d’une part et le trésor qu’elle représente.
Pour l’architecture, c’est une plate-forme de plus de 5 hectares, construite au sommet d’une colline, aujourd’hui absorbée par la ville, accessible par 4 énormes escaliers situés aux quatre points cardinaux, très larges escaliers couverts transformés en galeries commerciales et dans lesquelles «la faune» préfigure la foule à laquelle l’on va se confronter une fois en haut des marches. Au centre un énorme stupa doré, en forme de cloche posée sur des terrasses qui partent d’une forme octogonale pour finir par épouser à 30 mètres de hauteur la rondeur de la partie haute qui s’élève bien au-delà.
Autour une multitudes de temples et de stupas de moindres dimensions se disputant la place avec une statuaire au nombre incalculable et de toutes dimensions, à laquelle il faut rajouter une quantité infinie de bouddhas, petits, grands, géants, assis, debouts, couchés, maigres, gros, blancs, habillés de vêtements safran ou dorés, bref il y en a partout.
Pour la richesse des lieux, ne parlons que du stupa central en parti recouvert de 13153 plaques d’or de 30 centimètres carrés, sans parler de ce qui est plaqué ou recouvert de feuilles d’or. Sans vouloir en rajouter par plaisir, globalement l’on y trouve 1100 diamants représentant 278 carats sans parler des 1383 autres pierres. A cela tout au sommet repose le globe en or incrusté de 4351 autres diamants pesant 1800 carats, et pour finir la pointe du globe est terminée par un diamant de 76 carats… Pas étonnant que Bouddha arbore le sourire de la dérision.
Devant tout cela, je ne parle pas des touristes qui déambulent partout mitraillant tout azimut, et je me mets dans le lot de tous ces indélicats, la population fervente qui débarque de partout, des offrandes plein les mains, le billet prêt à mettre dans l’une des très nombreuses urnes, faisant le tour dextrorsum du stupa ou priant à terre à tout endroit, dans tous les temples, moines compris. Des familles entières sont assises en groupe, des enfants partout. Des bébés de quelques semaines y reçoivent le biberon. Ailleurs se sont des jeunes qui content fleurette, des vieux regardent le temps qui passe.
Tout autour du stupa, une succession de chapelles, des statues de tout le panthéon bouddhiste, des bouddhas auprès desquels des dévots s’empressent de les asperger d’eau pour leur toilette, dans la fumée de l’encens brulé par d’autres.
Oui, nous n’avons pas arrêté de penser que tout cela avait un parfum vécu en Inde, et abasourdis, nous avons fait deux fois le tour des lieux avant de nous rappeler que tout cela ne remplissait pas les estomacs d’impies comme nous, et comme Anne avait plus l’odeur de la pizza à l’esprit que celui de l’encens, nous sommes partis dans la nuit encore un peu plus au Nord, en direction «d’un Italien» repéré sur notre guide.
Par chance je me suis trompé de route, et le hasard a placé sur notre chemin une autre maison coloniale, une superbe maison centenaire rénovée et transformée en piano-bar et restaurant, dans un coin, un pianiste et un guitariste, deux chanteuses de talent qui se relayaient. Il y avait longtemps que je n’avais pas clamé «gastronomie», pour à peine plus cher, nous avons délicieusement dîné sur nappe en tissus, avec serveurs souriants et stylés, tout est arrivé ce soir, même d’être servis en même temps, une première depuis que nous sommes partis, chose si exceptionnelle que nous savons qu’elle ne se reproduira pas.
Comme nous avons largement complimenté les jeunes hommes qui nous ont servis, une amabilité en appelant très souvent une autre, ils nous ont ouvert à la visite cette belle maison centenaire qui appartient encore aujourd’hui à la descendante directe d’un riche et distingué Indien marié à une birmane qui avait été fort jolie comme en témoigne la collection de photos jaunies du couple. Des aristocrates qui fréquentaient l’élite autant locale qu’Anglaise. La surprise vint au premier étage, à la découverte d’une petite pièce au milieu de laquelle trône un modeste bureau rouge à tiroirs, un fauteuil  tournant en bois, sur la table de travail, une machine à écrire. Aux murs quelques photos de famille, celle d’une petite fille devenue l’égérie du peuple, Aung San Suu Kyi.
Séquence «émotion», cette pièce n’était autre que le bureau de son père, le général Aung san, son QG au temps où dans la clandestinité il se battait pour arracher l’indépendance de la Birmanie aux Anglais, obtenue en 1947… Un lieu complètement ignoré du circuit touristique et dont la découverte improbable nous donne l’envie de visiter le petit musée consacré au «père» de la Nation, décédé par attentat à l’âge de 32 ans mais dont la notoriété historique est si grande que sa fille lui doit d’avoir conservé la vie. Ce musée est en principe ouvert aux étrangers mais interdit à la population. Gloire à la bêtise !
Le restaurant nous a appelé un taxi pour rejoindre notre lointain hôtel, et c’est sur un petit nuage que nous avons vu défiler les lumières de la ville par les glaces ouvertes de la guimbarde qui nous a trimbalés par une température redevenue fraîche… Enfin presque !

SAMEDI 10 : Je ne sais pas si nous avons «un coup de mou» ou si c’est la perspective de la parenthèse «océan-soleil-cocotiers», version «sea-sexe and sun» des vieux combattants, mais nous avons trainé la patte aujourd’hui comme rarement. A notre actif cependant, à la recherche d’un restaurant «les pieds dans l’eau» à l’autre bout des installations portuaires à l’Ouest le la rive de la rivière Yangon (l’un des nombreux bras du delta de l’Irrawaddy, si j’ai bien compris), que nous avons trouvé à l’état de ruine, nous avons sur le chemin, visité la pagode «Sulé» , celle du rond-point au centre du centre , puis traversé le quartier Indien et le quartier Chinois avant d’atteindre la rive.
Pour la pagode, là où le taxi nous a déposés en milieu de matinée, nous étions résolus ce matin à dépenser les 2 dollars par personne pour entrer, l’attention classique réservée aux étrangers que le premier jour nous avions refusé, pour des raisons de «ras le bol». En plus, on est obligé de laisser ses «pompes» à la porte et pour les récupére, on se fait «agresser» pour laisser un don pour Boudhha… Et allons donc, le «pépère» est le plus riche de la planète et il faut en plus lui laisser des «biffetons» pour récupérer ses propres «grolles» !
Rien à dire, derrière la Paya Shwedagon découverte hier soir, c’est du «pipi» de chat. Reste que le superbe stupa doré, qui serait vieux de 2000 ans, posé au milieu du carrefour et se voyant dans l’enfilade des quatre avenues, est superbe. Mais pour ça, d’être au pied à l’intérieur du temple est complètement inutile.
Le quartier «dit Indien», n’en compte pas plus que n’importe quel quartier populaire de Rangoon, sauf qu’il compte de petits temples hindous mais nous en avons aperçus aussi ailleurs, les populations sembles être diffuses de nos jours... La vie intensive des trottoirs recouverts d’étals en tous sens, de restaurants de rue, avec des gens partout, assis, debout, éveillés ou en train de dormir, se rencontre aussi en bien d’autres endroits. D’ailleurs au nom du principe que la nature a horreur du vide, les trottoirs sont pleins presque partout… A l’image de l’Inde comme déjà dit.
Pour le quartier Chinois, même réflexion; quelques enseignes chinoises et un temple visité au passage le caractérise, mais les Chinois il y en a partout et se reconnaissent assez facilement, la birmane est en sarong et la chinoise en pantalon style pyjama ou en short, la plupart du temps, pour les gamines. Même chose pour les trottoirs, la règle vaut pour tout le centre de la ville, et au soir on double la fréquentation, on se tape «la cloche» partout, l’humanité «Sud-Ouest Asiatique» se sustente sur le trottoir, assis sur des petits tabourets de plastique, les baguettes à la main et le nez dans le bol de riz.
Ajoutons la fumée et les odeurs aux couleurs et nous avons l’Asie que nous aimons. Pour les odeurs, Anne reste partagée, celle du durian au milieu de beaux fruits par exemple, comme nos narines l’ont détecté ce matin en passant, fait un peu «tache».
A l’image de la rue, la rive et son activité portuaire, ses bateaux déglingués qui n’ont comme limite de leur activité que la résistance de la coque. De longues passerelles qui enjambent la grève boueuse transformée en dépôt d’ordure les rejoignent. Sur la route servant de quai, une effervescence à la hauteur et aux couleurs du reste.
Comme l’heure raisonnable du repas commençait à être dépassé, c’est un taxi qui nous a ramené dans le centre pour trouver un coin de propreté et climatisé et faire «ouf» avant de repartir à la recherche d’un café-internet, et enfin de rejoindre la rive Est de la rivière où nous voulions boire un vrai «expresso»  à l’italienne dans le confort «anglais» de l’hôtel Stand. Une vielle Dame rescapée des années coloniales fréquentée autrefois par George Orwell et par biens d’autres depuis, par exemple Oliver Stone et Mick Jagger pour y dormir à plus de 600 dollars la chambre de base, le double pour la suite… Et par nous pour un «expresso» à 3 euros plus 10% pour diverses taxes complémentaires, plus 10% complémentaires pour le gouvernement… C’est comme ça la Birmanie.
Hauts plafonds, lustres des années 30 et ventilateurs de plafonds, décors de bois pour les lambris et les meubles, belles peintures dont une de l’hôtel dans une atmosphère des années 30 à faire rêver, pas étonnant que jusque dans les années 60, Rangoon était surnommée la «ville jardin» de l’Orient. Avec l’ambiance feutrée, le personnel stylé pour la classe : un véritable luxe dans un Myanmar à genoux. Par les fenêtres, de l’autre côté de la rue, le quai du ferry qui fait la navette avec l’autre rive, le «bordel» dans la chaleur moite qui ronge les immeubles et les démocraties tropicales… C’est comme ça l’Asie.
A 17 heures nous étions à notre hôtel, les «proprios» chinois et le petit personnel birman étaient là pour nous accueillir, nous sommes parmi leurs premiers clients, les premiers français assurément et nous sommes traités aux petits soins. Elle, est plus réservée mais toujours souriante, belle. Lui, il s’est ce matin assis à notre table pour discuter pendant que nous déjeunions. Il avait une entreprise de transports et il a fait construire cet hôtel de 4 étages plus un cinquième où toute la famille vit les quatre générations réunies. La nuit parce que le jour la famille établit ses quartiers dans le vaste hall, au milieu des clients… C’est comme ça l’Asie.
Le dîner s’est passé sur le trottoir du restaurant d’à côté, une autre ambiance, les clientes se succèdent sur la petite scène pour pousser la chansonnette en véritables «pros», la patronne, une Indienne à la peau claire, avait fait de même l’avant-veille avec une très belle voix, son frère est pianiste de jazz à paris, passage Brady si nous avons bien compris. Sur notre gauche la cuisine en plein air fumait et sur notre droite, à dix mètres, le voisin torse nu se savonnait sur le trottoir et se rinçait à plein eau… C’est comme ça l’Asie.
Demain matin, debout 4 heures 30, taxi à 5 heures, rendez-vous à la station de bus du côté de l’aéroport, départ à 6 heures 30… Direction le golfe du Bengale, la petite ville de Ngwe Saung et ses quelques kilomètres de sable blanc à l’ombre des cocotiers… C’est comme ça l’Asie.