VENDREDI
24 : celui qui voyage trouve régulièrement que le monde est petit, de le dire
devient même le truisme le plus banal. Il y a une poignée de minutes, nous
étions dans le hall du «Camélia Hôtel» en grande discussion avec des
Tourangeaux, mieux un couple «Deschamps»
de Saint Hyppolite à 15 kilomètres d’Ecueillé, «mon payse». Ils sont
partis de France le 10 janvier, comme nous, et arrivent de Lijiang, sans être
montés plus au Nord, donc presque comme nous, après avoir commencé par la
Birmanie, donc à l’inverse de nous. En fouillant, sûr que nous aurions trouvé
des connaissances communes mais ils étaient en partance pour le Sud du Yunnan,
leur taxi pour la gare routière du Sud arrivait, et nous en partance pour…
Notre chambre.
Nous
allons ressortir dîner, tout à côté, mais notre lit sera le bienvenu ce soir,
non que nous n’avons pas dormi la nuit passée dans notre «sleeping bus», mais
pendant tout le trajet nous avons été secoués comme des pruniers. Un beau bus
chinois rouge comme ils savent en faire sans l’aide de personne. A l’intérieur,
trois rangées de lits superposés pour un total de 42 couchettes de 60
centimètres de large chacune au grand maximum. Nous avions hérité des deux
places arrière droites avec balancement assuré à chaque virage, et dans un pays
montagneux, les virages, c’est le lot de chaque cent mètres !
Donc
d’abord il faut «s’amariner» comme si c’était «force 5» et acquérir un réflexe
musculaire pour rester dans sa couchette. En bas le garde fou de ma couchette était
réduit à rien du tout, juste de quoi me coincer la raie des fesses dans 30
centimètres de barre pour me caler, le nez dans la cloison. Anne à l’étage
était à peine plus gâtée en matière de sécurité mais la chute possible plus
douloureuse. Rien que des jeunes, nous aurions dit une classe d’université en
voyage avec leurs deux anciens profs de français, anciens vu l’âge, en retraite
donc!
Avec le
demi somnifère inévitable, nous avons tout de même trouvé le sommeil peu après
minuit et comme nous sommes arrivés à 8 heures 30, nous avons donc dormi
convenablement entre les différents arrêts pour «le pipi» et pour compléter la
charge en dormeuses et dormeurs. Sur les coups de 5 heures du matin, nous
sommes restés moteur éteint sur le bas-côté, j’ai redouté la panne mais nous
sommes repartis, une pause probablement demandée par le moteur, avec deux
chauffeurs qui alternent, la conduite peut être continue.
En forme
satisfaisante donc, et puis surtout ragaillardis par le plaisir de retrouver un
peu de chaleur… Nom d’un Chien Lion du Tibet (nous en avons vus et c’est
impressionnant), car nous avons vraiment eu froid dans ces hauteurs !
Les deux
bananes et les quelques gâteaux d’hier au soir étant loin, nous avons décidé de
«bruncher» sérieusement à l’hôtel ce matin pour nous conduire jusqu’au soir et
après une bonne reprise de souffle dans l’atmosphère douillette d’une vraie
chambre, nous avons dès la fin de la matinée, pris la direction du Temple d’Or,
à une dizaine de kilomètres au Nord du centre ville.
Encore des
escaliers et toujours des marches pour atteindre ce haut lieu du bouddhisme
Yunnanais, qui domine la ville du haut d’une colline boisée, afin de découvrir un
pavillon de bronze (ils sont fous ces Chinois), abritant un beau bouddha,
temple qui n’est certes qu’une copie d’un original se nichant du côté de Dali,
mais qui date tout de même du XVIIème siècle... A ses côtés, une étonnante statue
dorée du dieu de l’étoile polaire, et en face un étendard en bronze
représentant la grande ourse dont bien entendu l’étoile polaire, encadrée par
le soleil et la lune reliés par une inscription taoïste signifiant «le vent et
la pluie sont en harmonie, la paix règne sur le monde»… A méditer !
Mais le
site est bien autre chose, en cours de montée, on franchit des portes
monumentales qui donnent accès à d’autres lieux de cultes, à des cours bordées
de pavillons dont certains offrent des collections d’estampes qui pour une fois
ne se limitent pas aux fleurs et aux oiseaux mais à de belles scènes champêtres
, militaires, à des collections de bronzes anciens et curieusement de l’époque des
années 30 ; à des terrasses et jardins à la chinoise, donc très beaux, avec des
arbres, parterres et massifs de camélias, de magnolias, bambous, rhododendrons
et j’en passe, un beau petit plan d’eau, rivière artificielle et petit pont de
marbre, une belle allée bordée d’une étonnante statuaire en bronze. Et puis en
arrière du temple d’or, au plus haut du tertre se dresse la tour de la cloche
où il faut encore monter pour voir la ville de Kunming hérissée de ses buildings
et de gratte-ciel sur fond de montagne auréolée nous a-t-il semblé d’une brume
de chaleur.
La
bousculade sera vraisemblablement pour ce week-end, aujourd’hui vendredi la
promenade s’est déroulée dans le calme. Nous étions montés en taxi, nous sommes
revenus en bus qui nous a déposés pas vraiment proche de l’hôtel, prétexte à
une rentrée à pied au rythme du légionnaire. La foule, c’est justement pour
demain, nous essaierons de ne pas nous lever trop tard car nous avons
rendez-vous avec la «forêt de pierres» et ce n’est pas tout près!
SAMEDI 25
: il y a bien longtemps, Dieu a inondé le monde Occidental pour punir les
hommes, et conjointement en Orient, il a fait reculer les eaux pour les
récompenser en lui donnant de belles et bonnes terres et un bien joli
spectacle. D’ailleurs il aurait fallu faire un miracle pour faire autrement que
de prendre «la flotte» d’un côté pour pouvoir arroser l’autre. Toujours est-il
que lorsque l’océan s’est retiré dans cet endroit qui allait devenir plus tard
la Chine, il a laissé derrière lui une bien belle «forêt de pierres» que l’on
appelle en chinois tout simplement «Shilin», un des sites les plus touristiques
du Pays. Ingrate probablement, l’Unesco a classé l’endroit au patrimoine de
l’humanité par l’Unesco, alors que le Père Noé qui a sauvé l’espèce vivante est
tombé dans les oubliettes de la reconnaissance.
Il y a donc
270 millions d’années, estimation d’experts, la mer recouvrait toute cette
région et en se retirant, elle a laissé à découvert 26.000 hectares de pitons
rocheux karstiques, en calcaire de couleur grise comme la pierre ponce, ces
pics prennent sous l’effet de l’érosion qui s’en est suivie, des formes acérées
et étranges parfois, certaines se dressant à plus de 30 mètres. Sur l’ensemble,
80 hectares sont livrés à la visite dans le cadre d’un parc particulièrement
beau… Et c’est à cette «forêt de pierres», à près de 90 kilomètres à l’Est de
Kunming que nous avons consacré notre journée.
Rien de
plus à commenter sur notre promenade par une belle journée de chaleur et de
ciel bleu. Au départ, nous avons été impressionnés par la gare routière de l’Est,
très excentrée du centre ville, bien au-delà des nœuds autoroutiers aériens et
que nous avions rejoint en taxi. Cette gare est d’un gigantisme que nous étions
habitués à qualifier «d’américain» et qui augure encore une fois s’il en était
nécessaire, de ce que la Chine est entrain de devenir. Autour de cette gare,
toute une économie s’est développée représentant probablement une vie de
l’ordre d’une petite sous-préfecture française, et à proximité poussent des
zones d’activité avec les bâtiments en construction tout à fait
impressionnants. Faut dire que la gare routière de l’Est, c’est la porte
commerciale tournée vers les mégapoles de la côte Sud de la Chine, Shanghai,
Canton, Hong Kong, pour ne citer que celles qui nous sont les plus connues.
Pour
rejoindre Shilin, une belle autoroute traverse en bus une campagne vallonnée
cultivée en terrasse, avec de vieux villages mais aussi avec des quartiers de
nouvelles constructions qui témoignent à travers cet énième exemple que le XXI siècle
est ici en marche à grand coup de pelleteuse.
A 16
heures 30, nous étions de retour au Camélia Hôtel, à nouveau «plein les bottes»
comme n’a pas manqué de dire Anne, aussi nous ne sommes ressortis que pour dîner
à proximité, pour garder encore quelques forces pour demain.
DIMANCHE
26 : le musée des minorités du Yunnan est à 14 kilomètres au Sud de Kunming…
Mais toujours dans l’agglomération qui de verticale est devenus aérée, avec
belles résidences, beaux hôtels, golf et parc divers… Donc avec beaucoup de
monde surtout un jour comme le dimanche. Par contre le musée est quasiment
vide, un peu retiré sûrement pour le tourisme et d’objet banal pour le citadin
chinois qui croise à longueur de temps le «minoritaire» qu’il soit d’une
peuplade ou d’une autre, le Yunnan plus qu’une autre région de Chine en regorge
comme déjà dit.
Pour les
«nez longs» que nous sommes (c’est comme ça que l’on nous appelle sous cape…
Fou rire assorti), c’est au contraire passionnant surtout pour ceux qui ne
cessent de s’émerveiller devant la diversité humaine, la diversité et sa
richesse, une richesse sur la voie du «placard» suivant le phénomène de la
mondialisation de l’espèce qui avance de conserve avec celle des marchandises.
Bien, pas bien, le sujet n’est pas là, c’est que c’est inévitable… Une minorité
d’aujourd’hui étant un agglomérat qui
s’ignore déjà !
Beaucoup
de beaux objets de la vie domestique et rurale : du tissage, tissus et
métiers; de la poterie, pots divers et illustrations de leur mise en œuvre;
instruments de musiques à vent et à percussion d’une inventivité à couper le
souffle (même pour les instruments à vent ce qui est un peu bête!), des
costumes étonnants de coquetterie pour des femmes à la vie frustre…Etc…
Autant que
les collections, le bâtiment est surprenant dans son architecture, il y a de
«le Corbusier» dans son élaboration, un «Fada» chinois l’aura conçu suivant une
inspiration identique, intégrant le rationnel à la nature. IL est certes en panne
d’entretien, le Yunnan a probablement des
investissements plus productifs à faire en priorité, mais il lui faudrait
pas grand-chose pour lui redonner du lustre… Pour en faire un musée d’Art
Moderne.
Pour la
sculpture sur une grande pelouse à Orsay, ce serait le rêve !
Juste en
face, un autre musée, à ciel ouvert celui-là, sous la forme d’un «village des
minorités». Sans nous faire écraser, nous avons donc traversé la belle route à
quatre voies avec un superbe terre plein central planté et fleuri depuis des
kilomètres comme pour un concours d’horticulture, pour aller nous y balader. Le
principe bien connu, que nous avons grandement apprécié sous d’autres
latitudes, repose sur la construction en grandeur réelle de maisons des
minorités, mais là aussi le nombre fait que ce parc est immense, beaucoup trop
pour des gens qui commencent à traîner les pattes, en conséquence après en
avoir survolé un bon tiers nous avons rebroussé chemin, Anne voulant garder
quelques forces pour lécher quelques vitrines en centre ville, ce n’est pas
parce que c’est dimanche que l’on ne peut pas «magasiner» car tout ou presque
est ouvert 7 jours sur 7 en chine… Pratique mais pas vraiment un modèle de
Société !
Avant de
reprendre un bus, plutôt qu’un taxi comme pour l’aller, nous avons surtout
apprécié la partie consacrée à la minorité tibétaine, apprécié à nouveau la
beauté de cette peuplade par les quelques danseuses et danseurs qui se
produisaient. Appréciés d’autre part aussi des numéros avec des éléphants,
personnellement j’ai toujours eu un coup de cœur pour ces pachydermes qui sont
patauds et habiles à la fois, et dotés d’une vive intelligence en prime… Tout
parallèle avec une idée «sotte et grenue» qui viendrait comme ça s’imposer à l’esprit,
serait….
Anne
aurait bien voulu acheter une parka, légère, pour remplacer la sienne de
couleur blanche, trop salissante, mais le problème est que pour un article de
même qualité, le prix est plus cher dans le circuit des magasins en Chine, en
relatif ce qui est déjà étonnant mais comble d’ironie, en absolu aussi…
Cherchez l’erreur, et vous aurez la clé du commerce.
Pour bien
me faire comprendre, pour un article de qualité sans même qu’il soit question
d’une grande marque (parce que ça c’est encore faire appel à un autre ressort
de la consommation, celui du snobisme), le produit «made in china» est moins
cher chez nous qu’ici.
Ca dégoûte
et en traînant les chaussures, au milieu d’une foule en balade dominicale, non
sans avoir constaté que Kunming était décidément une belle ville et qui n’a pas
terminé sa métamorphose (même un dimanche, les grues sont opératives); nous
avons rejoint notre accueillant hôtel.
Boire un
bon thé, faire le tri pour des sacs plus légers (un rêve), regarder TV5 monde
pour s’évader un peu en notre culture (hier au soir nous avons aimé regarder
l’émission de Ruquier) … Avant de retrouver notre cantine d’à côté.
Demain
nous tournerons la page de la Chine… Avec un gros «navion» pour Mandalay.
Extraordinaire cette forêt de pierres sculptées : de quoi donner des complexes, ou des idées aux sculpteurs... c'est selon. Bien reçue la carte à l'atelier... elle vient quand elle veut la petite dame ! bises
RépondreSupprimerça m'étonnerait bien que la production chinoise soit plus chère en Chine que chez nous. ça s'appellerait du dumping, et vu que c'est interdit.....
RépondreSupprimerPascal-le-candide