SAMEDI
14 : départ 8 heures, arrivée midi. Ca c’est ce qui était prévu car en
réalité nous sommes arrivés à Krong Kep à 14 heures 30 pour la simple raison
que notre bus, tout juste dégagé de la gangue urbaine, alors que nous
attaquions la grande route, est tombé en panne. 2 bonnes heures d’attente en bord de bitume et
pendant que le chauffeur et son aide refroidissaient le moteur à grand coups de
seaux d’eau, les passagers trouvaient refuge en face sous le auvent d’un petit
commerce alimentaire pour avoir un peu d’ombre, et regarder le trafic hétéroclite
allant du poids lourd à la charrette à
boeufs, en passant par tout ce qui roule, et je ne me lance pas sur les traces
de Prévert pour faire l’inventaire de ce qui était transporté en personnes et
marchandises.
Un bus a
fini par arriver, vintage comme celui qui nous avait lâchement lâché.
Et puis vu
l’heure probablement, nous avons eu droit ensuite à une petite halte
« repas » mais comme le service n’a pas suivi la soudaine
affluence, nous avons acheté à de
vieilles dames sans âge des beignets de riz aux légumes complétés de gâteaux
sucrés pour Anne et de petits chaussons « gluants » de banane, fourrés à je ne sais quoi et de viande, peut-être
une petite touche de haricot rouge. Très bons bien que froids, comme l’étaient
les goûteux ananas achetés à la nana d’à côté… Une jeune fille toute souriante.
La route
comme une nationale d’autrefois, des hameaux qui s’égrainent au bord de
l’asphalte, quelques bourgs. Maisons basses en dur, sur pilotis en bois avec
chambres à l’étage et lieu de vie diurne entre les poteaux. Classique en Asie,
grande table et chaises partout, bas-flans ou hamacs pour la sieste, au milieu
des vélos, mobylettes et bordel en tout genre, à la fois nichoir et perchoir de
la volaille environnante. Des chiens. Beaucoup de rizières mais l’on devine
qu’il n’y a que deux récoltes annuelles dans la contrée car elles sont en
paille, une couleur paille qui accentue un air de pauvreté à cette campagne
seulement « décorée » de quelques bosquets, palmiers, bananiers et la
côte approchant, de cocotiers. Souvent des gros arbres au bord de la route, eucalyptus,
manguiers, amandiers et flamboyants qui ne flamboyaient pas faute d’être en
saison… Saison sèche et pourtant avec la pluie qui menace à l’approche de la
côte.
Nous
sommes dans un coin du Cambodge que les « 2B » d’Orsay connaissent
bien, ils parrainent une école dans un
petit village proche de la frontière vietnamienne, nous avons une petite pensée
pour eux.
Nous
sommes installés dans une « guesthouse » qui a dû être construite par
les Russe; quand dans les années 80, ils ont pointé un oeil, bâtiments de 2
étages en forme de « U » au milieu d’un petit parc qui attend le coup
de main pour le remettre à niveau, au bord du golfe de Thaïlande, petit morceau
de mer de Chine. Dernier étage, petit balcon, franchement pour le prix c’est
très bien, propre et tout.
C’est à
l’image de Krong Kep qui renaît à peine de ses cendres, ancien refuge balnéaire
des « Français », des gens de la capitale ensuite, nantis en tête, ce
petit bout de «riviera sauvage» à la sauce cambodgienne a été mis à sac
par les petits «bonshommes rouges» et tout ce qui avait de l’allure, un style
« après guerre », s’est retrouvé ruiné sous les balles et grenades au
mieux, les cadavres de bétons en témoignent tel le casino et le petit palais
que Sihanouk avait fait construire en espérant y faire une résidence de
retraite, ou au pire, recomposé en art moderne du style
« installation »… De gravois en l’occurrence !
La ville -
si l’on peut dire car ce n’est rien de plus qu’un hameau qui s’étendrait sur 2
à 3 kilomètres d’un rivage coincé entre
petites montagnes luxuriantes et mer -
reprend quelques couleurs avec quelques nouvelles villas qui commencent à
pousser çà et là, des hôtels aussi comme de bien entendu.
Tous les
guides de voyages parlent de Kep – diminutif de Krong Kep - donc le tourisme
l’affiche au programme, babas plutôt cools pour le moment mais les beaux hôtels
à venir changeront la donne. Pour le moment, un alignement de gargotes de bois
et de tôles, les pieds dans l’eau, assurent l’animation en proposant aux
voyageurs de toutes nationalités, poissons et crustacés, du crabe car Kep est
la « capitale » mondiale du crabe… Disons du Cambodge ce qui n’est
déjà pas si mal.
Nous
salivions comme des affamés à l’idée de nous en « farcir » une
assiettée avec un petit blanc bien frais, mais comme il y en a trop souvent un
mais, nous ne sommes pas arrivés à nous décider, surtout moi, car ici d’une
part ils ne connaissent que le vin conservé debout et bien au chaud, de l’autre
l‘offre « crabière » nous ait apparue des plus confuses et pour
compliquer les choses, le courant s’est
révélé capricieux en cessant d’être alternatif pour alterner entre lumière et son
absence, plongeant deux « baraques » sur trois dans le noir absolu,
avec le trottoir défoncé entre elles, difficile de prendre ses repères, restait
à nous jeter sur celle qui permettait de voir son assiette… Et nous nous sommes
rabattus sur deux beaux poissons grillés, excellents, arrosés d’une bière pour
Anne et de thé pour moi.
Pour le
crabe nous verrons à Sihanoukville si nous avons plus de chance.