dimanche 15 janvier 2012

KRONG KEP



SAMEDI 14 : départ 8 heures, arrivée midi. Ca c’est ce qui était prévu car en réalité nous sommes arrivés à Krong Kep à 14 heures 30 pour la simple raison que notre bus, tout juste dégagé de la gangue urbaine, alors que nous attaquions la grande route, est tombé en panne.  2 bonnes heures d’attente en bord de bitume et pendant que le chauffeur et son aide refroidissaient le moteur à grand coups de seaux d’eau, les passagers trouvaient refuge en face sous le auvent d’un petit commerce alimentaire pour avoir un peu d’ombre, et regarder le trafic hétéroclite allant du poids lourd à la charrette  à boeufs, en passant par tout ce qui roule, et je ne me lance pas sur les traces de Prévert pour faire l’inventaire de ce qui était transporté en personnes et marchandises.
Un bus a fini par arriver, vintage comme celui qui nous avait lâchement lâché.
Et puis vu l’heure probablement, nous avons eu droit ensuite à une petite halte « repas » mais comme le service n’a pas suivi la soudaine affluence,  nous avons acheté à de vieilles dames sans âge des beignets de riz aux légumes complétés de gâteaux sucrés pour Anne et de petits chaussons « gluants » de banane,  fourrés à je ne sais quoi et de viande, peut-être une petite touche de haricot rouge. Très bons bien que froids, comme l’étaient les goûteux ananas achetés à la nana d’à côté… Une jeune fille toute souriante.
La route comme une nationale d’autrefois, des hameaux qui s’égrainent au bord de l’asphalte, quelques bourgs. Maisons basses en dur, sur pilotis en bois avec chambres à l’étage et lieu de vie diurne entre les poteaux. Classique en Asie, grande table et chaises partout, bas-flans ou hamacs pour la sieste, au milieu des vélos, mobylettes et bordel en tout genre, à la fois nichoir et perchoir de la volaille environnante. Des chiens. Beaucoup de rizières mais l’on devine qu’il n’y a que deux récoltes annuelles dans la contrée car elles sont en paille, une couleur paille qui accentue un air de pauvreté à cette campagne seulement « décorée » de quelques bosquets, palmiers, bananiers et la côte approchant, de cocotiers. Souvent des gros arbres au bord de la route, eucalyptus, manguiers, amandiers et flamboyants qui ne flamboyaient pas faute d’être en saison… Saison sèche et pourtant avec la pluie qui menace à l’approche de la côte.
Nous sommes dans un coin du Cambodge que les « 2B » d’Orsay connaissent bien, ils parrainent  une école dans un petit village proche de la frontière vietnamienne, nous avons une petite pensée pour eux.
Nous sommes installés dans une « guesthouse » qui a dû être construite par les Russe; quand dans les années 80, ils ont pointé un oeil, bâtiments de 2 étages en forme de « U » au milieu d’un petit parc qui attend le coup de main pour le remettre à niveau, au bord du golfe de Thaïlande, petit morceau de mer de Chine. Dernier étage, petit balcon, franchement pour le prix c’est très bien, propre et tout.
C’est à l’image de Krong Kep qui renaît à peine de ses cendres, ancien refuge balnéaire des « Français », des gens de la capitale ensuite, nantis en tête, ce petit bout de «riviera sauvage» à la sauce cambodgienne a été mis à sac par les petits «bonshommes rouges» et tout ce qui avait de l’allure, un style « après guerre », s’est retrouvé ruiné sous les balles et grenades au mieux, les cadavres de bétons en témoignent tel le casino et le petit palais que Sihanouk avait fait construire en espérant y faire une résidence de retraite, ou au pire, recomposé en art moderne du style « installation »… De gravois en l’occurrence !
La ville - si l’on peut dire car ce n’est rien de plus qu’un hameau qui s’étendrait sur 2 à 3 kilomètres d’un  rivage coincé entre petites montagnes luxuriantes et mer  - reprend quelques couleurs avec quelques nouvelles villas qui commencent à pousser çà et là, des hôtels aussi comme de bien entendu.
Tous les guides de voyages parlent de Kep – diminutif de Krong Kep - donc le tourisme l’affiche au programme, babas plutôt cools pour le moment mais les beaux hôtels à venir changeront la donne. Pour le moment, un alignement de gargotes de bois et de tôles, les pieds dans l’eau, assurent l’animation en proposant aux voyageurs de toutes nationalités, poissons et crustacés, du crabe car Kep est la « capitale » mondiale du crabe… Disons du Cambodge ce qui n’est déjà pas si mal.
Nous salivions comme des affamés à l’idée de nous en « farcir » une assiettée avec un petit blanc bien frais, mais comme il y en a trop souvent un mais, nous ne sommes pas arrivés à nous décider, surtout moi, car ici d’une part ils ne connaissent que le vin conservé debout et bien au chaud, de l’autre l‘offre « crabière » nous ait apparue des plus confuses et pour compliquer les choses,  le courant s’est révélé capricieux en cessant d’être alternatif pour alterner entre lumière et son absence, plongeant deux « baraques » sur trois dans le noir absolu, avec le trottoir défoncé entre elles, difficile de prendre ses repères, restait à nous jeter sur celle qui permettait de voir son assiette… Et nous nous sommes rabattus sur deux beaux poissons grillés, excellents, arrosés d’une bière pour Anne et de thé pour moi.
Pour le crabe nous verrons à Sihanoukville si nous avons plus de chance.