samedi 21 janvier 2012

UN BATEAU POUR SIEM REAP




VENDREDI 20 : la journée fût presque aussi éprouvante que passionnante. 8 heures de navigation fluviale sur un des bateaux qui fait la ligne Battambang/Siem Reap, comme en sens inverse, en desservant les hameaux et villages lacustres et/ou flottants rencontrés en chemin, une immersion dans la vie locale qui restera un des grands moments de notre voyage. Cà c’est pour le côté passionnant, pour l’aspect éprouvant, ce fût 8 heures passées sur un petit banc, le derrière sur une planche et le dos sur une autre, avec pas grand espace pour mettre les pieds, vu que les sous-sièges étaient bourrés de marchandises transportées, à l’instar des autres espaces le permettant de la proue à la poupe, toit compris pour une bonne partie.
Une bonne quinzaine de jerricans de carburant, des bidons de toutes sortes à commencer de flotte, des cartons de tout format, des gros sacs de riz et d’autres de ravitaillement, des paquets de choux fleurs et choux chinois, poireaux, tomates, concombres  etc… Et même une poule qui de temps en temps y allait de ses vocalises !
Une bonne cinquantaine de passagers dont une petite moitié de backpackers de notre espèce avec leurs sacs au milieu des locaux, hommes, femmes et enfants qui descendaient avec leurs paquets au  gré du voyage quand d’autres montaient avec les leurs.
Le  fret aussi que l’on déposait ou prenait. Souvent des petites embarcations nous accostaient pour le récupérer ou en donner à déposer plus loin, à destination.
Pas de touristes, les touristes pour relier Siem Reap de Battambang (ou le contraire)  prennent la route avec leurs beaux cars de tourisme en faisant un bon crochet par le Nord pour contourner le lac Tonlé. Il existe du reste une ligne de bus locaux pour faire cette route et nous avons bien failli nous résoudre à en prendre un, car nous n’avIons pas trouvé du premier coup les passages/bateau à Phnom Penh et l’on commençait à envisager le plan « B ».
Nous y aurions bigrement perdu !
Le temps que tout ce petit monde avec armes et bagages se mettent en place, que le fret rejoigne le bord, nous avons largué l’amarre qu’à 7 heures 40 approximativement, et après nous être mis dans le courant nous sommes partis au fil de l’eau vers le nord. Sur chaque rive, un habitat de misère avec de pauvres maisons sur pilotis surplombant l’eau, les laissés pour compte de la ville mais nous verrons plus loin, au cours de notre descente, que la pauvreté était le sort de tous les riverains, les peuples de l’eau sont toujours des gens sans terre. Démunis.
Ainsi sur les deux rives, pour commencer en surplomb de 3 à 4 mètres, nous verrons défiler des maisons de planches et de tôles. Anne, pas experte en résistance des matériaux, se demandant comment tout cela pouvait tenir sur d’aussi frêles poteaux. Des grandes saignées boueuses, rendues praticables avec des échelles grossières de rondins et de planches à même la gadoue, permettaient pour chaque « paquet » de ces maisons, d’accéder à la rivière et à de frêles pontons où accostaient des bateaux sans âge.
Malgré tout la vie : des gens se lavent, les femmes font la lessive, les hommes pêchent au filet, les enfants sautent de joie en nous voyant passer, en nous gratifiant de cris et de  «coucous» des deux mains.
Nous rencontrons aussi de vieux bateaux aux allures de sampans, perdus pour la navigation mais offrant un nid protecteur. La vie en famille nombreuse dans 10 mètres carrés… Et la rivière.
La rivière qui arrose Battambang se jettera dans une autre qui nous ramènera vers l’Est, bien plus tard vers les eaux du lac Tonlé, mais la navigation sera longue et parfois problématique. Notre capitaine, appelons le comme ça, se montrera expert dans l’art de trouver le chenal à prendre, en passant d’un méandre à l’autre, tout en évitant les barcasses que nous croiserons ou doublerons, à rame ou à moteur, éviter les filets posés, les nasses ; mais nous frotterons à plusieurs reprises et son aide sortira souvent sa perche pour aider à la manœuvre.
Plus tard dans la saison sèche, en février, la navigation tournerait parfois au cauchemar, le bateau est enlisé et tout le monde descend !
 Nous avons quitté les feuillus pour des berges moins hautes à la végétation rare, avant de nous retrouver en zone humide. Plus indigne que la pauvreté il y a la misère, sur les rives, des abris faits de branches et de toiles de sac en plastique. En lambeaux. Au sol, on apercevait une natte pour isoler un pauvre bric à brac de la terre. Des gens, des sourires. Ce sont souvent des populations « Cham », musulmans. Nous en avions déjà rencontré le long de la route il y a deux jours, ça et la en ponctuation des temples Bouddhistes, de modestes mosquées. A défaut de pouvoir forger son destin avec ses deux bras dans ce monde injuste, l’on se tourne vers le «ciel».
Et puis la rivière s’élargit, et les maisons deviennent flottantes en s’égrainant le long du parcours. La maison flotte, le poulailler flotte, la soue et ses cochons flottent, le vivier flotte, tout flotte… Et ces maisons se regroupent jusqu’à former village avec épicerie flottante, mécano flottant (pour les moteurs qui rythment la vie des gens : pompes, moteurs de bateau, etc…), école flottante avec cour de récréation grillagée.
Le lac Tonlé et ses abords sont occupés en majorité par des populations d’origine vietnamienne. Il y a de fait une très forte similitude entre ces villages flottants et ceux que nous avions naguère rencontrés  dans le delta du Mékong.
Le lac approche, les berges ne sont que lentilles d’eau. Nous naviguons au milieu d’un univers aquatique et nous sommes arrivés au Tonlé, cela faisait sept heures que nous naviguions. Il nous faudra encore une heure pour en traverser la pointe Nord «à fond la caisse» avant de reprendre un chenal à travers ces mêmes lentilles d’eau, de déboucher dans une forêt les troncs dans l’eau, et d’arriver au plus près de Siem Reap, un village s’est formé autour des embarcadères , toute une flottille de bateau attend là le touriste pour l’emmener visiter un village lacustre… Nous en revenons !
Un mot sur le lac Tonlé, appelé aussi Tonlé Sap comme la rivière éponyme qui en découle et qui va rejoindre le Mékong à Phnom Penh. Le lac Tonlé est alimenté en toutes saisons par plusieurs rivières qui s’y jettent sauf qu’en saison humide, le Mékong charrie tellement d’eau que ces dernières s’engouffrent dans le Tonlé Sap et remontent grossir le Lac. Le cours de la rivière Tonlé Sap change alors le sens de son cours. Résultat le lac va jusqu’à multiplier par 4 sa superficie et par 16 son volume d’eau…Pas étonnant que nous ayons rencontré assez rapidement des zones humides sur le parcours  et que la vie soit flottante si elle veut perdurer.
Une bonne dizaine de kilomètres nous restait à faire en tuk tuk, notre hôtel est conforme à notre attente, les deux jeunes gens de la réception sont charmants, efficaces et avec leur compréhension, nous avons ramené les trois jours réservés à deux seulement, largement suffisant pour découvrir l’essentiel d’Angkor car à quoi bon une troisième journée à consacrer au lac et à ses populations dont nous venons de faire le tour complet. Nous avons bien d’autres choses à découvrir dans le Nord / Est pour une meilleure approche du Cambodge.
Par ailleurs, plutôt que de faire le circuit des sites avec un minibus et un guide parlant anglais, nous avons réservé avec ces petits jeunes de la réception, un tuk-tuk pour découvrir Angkor à notre rythme, hors d’un groupe toujours un peu moutonnier, et avec notre «lonely planet» en main… Suivant l’expérience heureuse de deux heureux voyageurs qui se prélassent actuellement aux Philippines.
Départ 8 heures demain matin.