VENDREDI 20 : la
journée fût presque aussi éprouvante que passionnante. 8 heures de navigation
fluviale sur un des bateaux qui fait la ligne Battambang/Siem Reap, comme en
sens inverse, en desservant les hameaux et villages lacustres et/ou flottants
rencontrés en chemin, une immersion dans la vie locale qui restera un des
grands moments de notre voyage. Cà c’est pour le côté passionnant, pour
l’aspect éprouvant, ce fût 8 heures passées sur un petit banc, le derrière sur
une planche et le dos sur une autre, avec pas grand espace pour mettre les
pieds, vu que les sous-sièges étaient bourrés de marchandises transportées, à
l’instar des autres espaces le permettant de la proue à la poupe, toit compris
pour une bonne partie.
Une bonne quinzaine de
jerricans de carburant, des bidons de toutes sortes à commencer de flotte, des
cartons de tout format, des gros sacs de riz et d’autres de ravitaillement, des
paquets de choux fleurs et choux chinois, poireaux, tomates, concombres etc… Et même une poule qui de temps en temps
y allait de ses vocalises !
Une bonne cinquantaine
de passagers dont une petite moitié de backpackers de notre espèce avec leurs
sacs au milieu des locaux, hommes, femmes et enfants qui descendaient avec
leurs paquets au gré du voyage quand
d’autres montaient avec les leurs.
Le fret aussi que l’on déposait ou prenait.
Souvent des petites embarcations nous accostaient pour le récupérer ou en
donner à déposer plus loin, à destination.
Pas de touristes, les
touristes pour relier Siem Reap de Battambang (ou le contraire) prennent la route avec leurs beaux cars de
tourisme en faisant un bon crochet par le Nord pour contourner le lac Tonlé. Il
existe du reste une ligne de bus locaux pour faire cette route et nous avons
bien failli nous résoudre à en prendre un, car nous n’avIons pas trouvé du
premier coup les passages/bateau à Phnom Penh et l’on commençait à envisager le
plan « B ».
Nous y aurions
bigrement perdu !
Le temps que tout ce
petit monde avec armes et bagages se mettent en place, que le fret rejoigne le
bord, nous avons largué l’amarre qu’à 7 heures 40 approximativement, et après
nous être mis dans le courant nous sommes partis au fil de l’eau vers le nord.
Sur chaque rive, un habitat de misère avec de pauvres maisons sur pilotis
surplombant l’eau, les laissés pour compte de la ville mais nous verrons plus
loin, au cours de notre descente, que la pauvreté était le sort de tous les
riverains, les peuples de l’eau sont toujours des gens sans terre. Démunis.
Ainsi sur les deux
rives, pour commencer en surplomb de 3 à 4 mètres, nous verrons défiler des
maisons de planches et de tôles. Anne, pas experte en résistance des matériaux,
se demandant comment tout cela pouvait tenir sur d’aussi frêles poteaux. Des
grandes saignées boueuses, rendues praticables avec des échelles grossières de
rondins et de planches à même la gadoue, permettaient pour chaque
« paquet » de ces maisons, d’accéder à la rivière et à de frêles
pontons où accostaient des bateaux sans âge.
Malgré tout la
vie : des gens se lavent, les femmes font la lessive, les hommes pêchent
au filet, les enfants sautent de joie en nous voyant passer, en nous gratifiant
de cris et de «coucous» des deux mains.
Nous rencontrons aussi
de vieux bateaux aux allures de sampans, perdus pour la navigation mais offrant
un nid protecteur. La vie en famille nombreuse dans 10 mètres carrés… Et la
rivière.
La rivière qui arrose
Battambang se jettera dans une autre qui nous ramènera vers l’Est, bien plus
tard vers les eaux du lac Tonlé, mais la navigation sera longue et parfois
problématique. Notre capitaine, appelons le comme ça, se montrera expert dans
l’art de trouver le chenal à prendre, en passant d’un méandre à l’autre, tout
en évitant les barcasses que nous croiserons ou doublerons, à rame ou à moteur,
éviter les filets posés, les nasses ; mais nous frotterons à plusieurs
reprises et son aide sortira souvent sa perche pour aider à la manœuvre.
Plus tard dans la
saison sèche, en février, la navigation tournerait parfois au cauchemar, le
bateau est enlisé et tout le monde descend !
Nous avons quitté les feuillus pour des berges
moins hautes à la végétation rare, avant de nous retrouver en zone humide. Plus
indigne que la pauvreté il y a la misère, sur les rives, des abris faits de
branches et de toiles de sac en plastique. En lambeaux. Au sol, on apercevait
une natte pour isoler un pauvre bric à brac de la terre. Des gens, des
sourires. Ce sont souvent des populations « Cham », musulmans. Nous
en avions déjà rencontré le long de la route il y a deux jours, ça et la en
ponctuation des temples Bouddhistes, de modestes mosquées. A défaut de pouvoir
forger son destin avec ses deux bras dans ce monde injuste, l’on se tourne vers
le «ciel».
Et puis la rivière
s’élargit, et les maisons deviennent flottantes en s’égrainant le long du
parcours. La maison flotte, le poulailler flotte, la soue et ses cochons
flottent, le vivier flotte, tout flotte… Et ces maisons se regroupent jusqu’à
former village avec épicerie flottante, mécano flottant (pour les moteurs qui
rythment la vie des gens : pompes, moteurs de bateau, etc…), école
flottante avec cour de récréation grillagée.
Le lac Tonlé et ses
abords sont occupés en majorité par des populations d’origine vietnamienne. Il
y a de fait une très forte similitude entre ces villages flottants et ceux que
nous avions naguère rencontrés dans le
delta du Mékong.
Le lac approche, les
berges ne sont que lentilles d’eau. Nous naviguons au milieu d’un univers
aquatique et nous sommes arrivés au Tonlé, cela faisait sept heures que nous
naviguions. Il nous faudra encore une heure pour en traverser la pointe Nord «à
fond la caisse» avant de reprendre un chenal à travers ces mêmes lentilles
d’eau, de déboucher dans une forêt les troncs dans l’eau, et d’arriver au plus
près de Siem Reap, un village s’est formé autour des embarcadères , toute une
flottille de bateau attend là le touriste pour l’emmener visiter un village
lacustre… Nous en revenons !
Un mot sur le lac
Tonlé, appelé aussi Tonlé Sap comme la rivière éponyme qui en découle et qui va
rejoindre le Mékong à Phnom Penh. Le lac Tonlé est alimenté en toutes saisons
par plusieurs rivières qui s’y jettent sauf qu’en saison humide, le Mékong
charrie tellement d’eau que ces dernières s’engouffrent dans le Tonlé Sap et
remontent grossir le Lac. Le cours de la rivière Tonlé Sap change alors le sens
de son cours. Résultat le lac va jusqu’à multiplier par 4 sa superficie et par
16 son volume d’eau…Pas étonnant que nous ayons rencontré assez rapidement des
zones humides sur le parcours et que la
vie soit flottante si elle veut perdurer.
Une bonne dizaine de
kilomètres nous restait à faire en tuk tuk, notre hôtel est conforme à notre
attente, les deux jeunes gens de la réception sont charmants, efficaces et avec
leur compréhension, nous avons ramené les trois jours réservés à deux
seulement, largement suffisant pour découvrir l’essentiel d’Angkor car à quoi
bon une troisième journée à consacrer au lac et à ses populations dont nous
venons de faire le tour complet. Nous avons bien d’autres choses à découvrir
dans le Nord / Est pour une meilleure approche du Cambodge.
Par ailleurs, plutôt
que de faire le circuit des sites avec un minibus et un guide parlant anglais,
nous avons réservé avec ces petits jeunes de la réception, un tuk-tuk pour
découvrir Angkor à notre rythme, hors d’un groupe toujours un peu moutonnier,
et avec notre «lonely planet» en main… Suivant l’expérience heureuse de deux
heureux voyageurs qui se prélassent actuellement aux Philippines.
Départ 8 heures demain
matin.