LUNDI
13 : la nuit ne fût pas «une longue route tranquille», ce fut le bazar à
chaque arrêt et il y en a eu plusieurs à différents moment du voyage, nos amis
Chinois n’ont aucun égard pour l’autre, difficile de vivre ainsi un bon
sommeil, surtout pour Anne qui eu du mal à trouver la bonne position, avant
de récupérer au petit matin une couche
plus accueillante qui s’était libérée. Je suis moins difficile et j’ai réussi à
dormir au moins 9 heures, par longs épisodes, sur les 12 heures où nous avons
été allongés.
Nous
sommes arrivés à 5 heures du matin, parqués au milieu d’une bonne vingtaine de
bus dans une vaste et future belle gare routière en construction loin au sud de
la ville, mais nous avions la possibilité de continuer notre nuit jusqu’à 8
heures et c’est en majorité, ce que les rescapés de la nuit ont fait.
Le temps
de négocier la course et de faire la route, notre taxi nous déposait au camélia
Hôtel, une très bonne pioche, il était 9 heures et coup de bol, notre chambre
était faite et nous avons pu la récupérer de suite pour un petit déjeuner
peinard dans notre chambre, un bon récurage, pour Anne une lessive qui aurait
presque fait peur à la mère Denis, et pour moi un premier point pour peaufiner
notre itinéraire au Yunnan… Et à 13 heures, habillés plus chaudement car nous
avons trouvé en arrivant une température nettement en baisse, Kunming est à
1800 mètres d’altitude, nous sommes partis à la recherche d’un restaurant.
Kunming,
qui est une métropole de plus d’1 million d’habitants (4,5 millions pour la
préfecture), est l’exemple même de cette Chine en pleine révolution urbanistique.
Des quartiers entiers sortent de terre, des voies rapides aériennes se dressent
pour compléter celles qui existent déjà, des infrastructures destinées au métro
aérien sont en plein chantier. Au centre
de la cité, où nous sommes, la ville s’est «verticalisée», les avenues sont
larges et les trottoirs fleuris et arborés. La population s’est «urbanisée»
dans son comportement et l’on voit de plus en plus de Chinois et des
Chinoises habillés comme des figures de
catalogues de mode. Tout est propre, seul de temps en temps quelques
récalcitrants crachent au sol après s’être bruyamment raclés la gorge pour vous
rappeler que la vieille Chine n’est pas tout à fait enterrée.
Nous avons
déjeuné dans un pub au style tyrolien plus qu’Irlandais avec une cuisine
transalpine sans rejeter la chinoise, d’une super pizza entre musique celtique
et envolées classiques, bière locale plutôt qu’internationale… Une adresse
«mode» pour un bon mixte propre à faire fantasmer la jeunesse d’ici en quête
d’exotisme, comme nous le faisons chez nous en allant… Chez le Chinois !
Comme pour
les deux voisins du Sud, nous avons prévu de passer au Yunnan deux semaines et
c’est au bar de notre hôtel que dans l’après-midi nous avons définitivement
finalisé notre programme des jours à venir. Une fois fait, nous avons acheté
nos tickets de bus pour après-demain auprès du bureau de tourisme de l’hôtel,
et nos billets de vol pour la Birmanie par internet, car après avoir fait le
tour des agences de tourisme des abords, il s’avère à notre grand étonnement que
la «China Eastern Airlines» vend plus cher ses sièges ici, que par les sites
bien connus en France.
Dîner tout
à côté dans un décor dément de stucs dorés et de tentures rouges, Anne n’a pas
voulu essayer le plat régional par excellence, la soupe aux nouilles. Elle a eu
tort c’est très bon et avec des baguettes, c’est très ludique avant une soirée
que nous passons benoîtement devant la 5.
Demain, «longue
marche» à travers les rues du centre.
MARDI
14 : 7 heures de marche à pied ça use les souliers… Que nous avons remis
avec les chaussettes et polaires, pour prendre la direction du centre ville. Au
cours de la journée nous rencontrerons quelques vieilles maisons mais tout est,
soit pas ancien, soit récent, soit neuf soit en état de le devenir, et si l’on
se réfère aux nombreux projets architecturaux futuristes exposés sur les
panneaux masquant les chantiers, Kunming va littéralement exploser dans les
toutes prochaines années.
600 000
millions de Chinois et nous et nous… Nous avons pris un grand bain de chinois
avec la plus grande délectation. La question que nous nous sommes rapidement
posée, fût de savoir comment pouvait-il y avoir autant de personnes dans les
rues en pleine semaine, les Chinois travaillent-ils tous tant que cela ?
Bien
entendu un bon nombre de personnes affichent une mise modeste mais toute une
jeunesse semble avoir un bon pouvoir de consommation. D’ailleurs le vélo a
quasiment disparu des villes, plus de cyclos-pousses et pas de tuk tuk, des
scooters et motocyclettes mais surtout de la voiture, en très bon état, et de
grosses cylindrées : Mercédès, BMW, Audi et Porsche comme par
hasard ! De la japonaise version haut de gamme à profusion… Quand je pense
que la question du réveil de la Chine se posait chez nous dans les années
60 !... Je dis cela mais la découverte de Pékin et surtout de Shanghai
lors de notre premier voyage en Chine nous avait coupé le souffle, surtout
après avoir noté la pauvreté de certaines campagnes pour y arriver.
Sur nos
pas nous sommes «tombés» sur le «Carrefour» de la ville et nous en avons profité
pour y faire quelques courses, acheter de quoi grignoter et si Anne a préféré
s’acheter un yaourt pour améliorer l’ordinaire, j’ai pour ce qui me concerne,
opté pour un camembert, un vrai puisque c’était marqué ainsi sur la boîte en
carton, un fromage plus proche de la pâte cuite que celui que nous connaissons
au lait cru, emballé dans une boite en métal et fabriqué… En Allemagne !
C’est curieux je croyais que leur exploit à l’exportation venait de leur
industrie lourde que nous n’avons plus.
A côté,
enfin un Mac-Donald pour notre Sunday rituel qui commençait à nous manquer, et
un super Mac Café chez un collègue quelques rues plus loin.
Nous
adorons aller en flânant quand la curiosité est attisée à chaque pas et
aujourd’hui nous nous sommes régalés, et en Chine le spectacle est à chaque coin
de rue, à chaque place. Ici des joueurs de Mah-jong, joueurs de cartes, là des
musiciens, mais aussi des adeptes du qi gong qui «gymnastiquent» de concert ; des
marchands de fleurs vraies et fausses; des professionnels du shiatsu, l’acupuncture
fait avec les doigts, des diseurs et diseuses de bonnes aventures pour les
esprits en détresse, des échoppes de toutes sortes de produits et d’objets d’antiquité
aux babioles made in China car au moins ici nous sommes à peu près certains que
les produits manufacturés ne viennent pas d’ailleurs.
Sauf que
si les galeries marchandes populaires, dans lesquels s’entassent une
marchandise extraordinaire, ont poussé, nous avons croisé un centre de
boutiques de luxe où toutes les enseignes du genre étalent leurs enseignes sur
quatre niveaux, de Vuitton à Boucheron en passant tout le reste. Chez Klein le
jean’s est à 180 euros. Swatch qui joue la carte du snobisme, vend 100 euros la
montre que Anne s’est achetée pour partir en voyage à 50 euros à la boutique
des Champs Elysées. Même modèle… L’on comprend pourquoi les Asiatiques font la
queue chez Vuitton à Paris, ils doivent payer le double pour la même «camelote»
chez eux. C’est ça le peuple, chair à canon en temps de guerre, estomac à consommer
en temps de paix, ici comme ailleurs.
Nos petits
(plus grands que nous) Japonais étaient très occupés à lécher les étals quand
nous leur avons sauté dessus, et très heureux de la rencontre, c’est fou ce que
loin de ses bases des liens affectifs peuvent se tisser. Si nous les
rencontrons plus loin nous les inviterons en France. Ils sont en voyage pour
deux ans, à minima de dépense, avec cette nécessité intellectuelle de connaître
le monde.