DIMANCHE
15 : il a bien plu cette nuit, mais au matin le temps était dégagé quand
nous avons pris notre «mini-van» pour couvrir les 130 kilomètres afin de
rejoindre Sihanoukville, plus au Nord sur la côte.
C’est
notre pilote de tuk tuk, hier en arrivant, qui nous a proposé la botte : faire le
trajet en «mini-van» plutôt qu’en bus et pour le même prix. Un coup de fil et
pour 14 dollars, il nous a griffonné sur son guidon « un bon de passage»
en nous offrant de venir nous chercher ce matin, et le problème était réglé. Pas
de lézard, tout s’est déroulé à merveille, il faut toujours faire confiance.
Sur la
route, à 25 kilomètres environ, d’abord
la ville de Kampot que nous avons un peu sillonnée à la pêche des autres
passagers – nous n’étions que 3 jusqu’alors – changement de chauffeur et c’est
plein comme un œuf que nous avons poursuivi notre route qui s’est déroulée à
l’image de celle de la veille, plus sinueuse le relief étant par endroit moins
plat. Même habitat en béton à l’architecture fonctionnelle plus qu’élégante, de
bois sur pilotis en version traditionnelle pour la plupart, toujours les jarres au pied pour récupérer l’eau de
pluie, même bazar en dessous. Pour tenir compagnie à la vache à bosse, le buffle
est entré dans le décor, dans les champs et sur la route, à tirer la charrette.
Est apparu
aussi le tuk tuk version transport en commun : une remorque en ferraille fixée
sur la selle arrière du même type de petite moto, avec un banc de chaque côté
pour contenir au moins 20 personnes sans compter les marchandises.
Kampot est
au sel marin ce que Kep est au crabe, sauf qu’en matière d’agglomération nous
sommes en présence d’une ville de plus de 30 000 âmes, le fatras urbain
sympathique habituel et quelques bâtiments coloniaux forts décrépis que nous
avons vus à la volée.
Nous
sommes arrivés à 11 heures à Sihanoukville, une cité d’environ 160 000
habitants qui est sortie de la jungle dans les années 50 pour devenir le port
en eau profonde du Cambodge qui dépendait jusque-là du Vietnam pour l’accès des
bateaux par le Mékong. L’essor touristique date des années 60 et l’on dira plus
tard que la «station» a vraiment pris de l’ampleur dans la première décennie
des années 2000, tant le béton arrive à grand renfort de sacs!
Pour le
Cambodge, c’est Deauville. La promenade – ici un pavage de dalles colorées -
avec d’un côté un véritable mur de restaurants et de bars, de l’autre une orgie
de lits de plage avec leurs parasols, jusqu’à laisser 3 à 4 mètres de sable
pour les promeneurs qui doivent se mouiller les pieds à chaque mouvement de
mer. Au-dessus de la tête, des filaos, quelques amandiers et cocotiers. Je
parle de la plage «historique», Occheuteal Beach, à deux pas de notre
Guesthouse – nous l’avons choisie pour ça – et à trois du centre ville.
Le succès
aidant, plus au Sud et plus au Nord, d’autres plages ont été absorbées, moins
« routardes», plus bourgeoises car ici les hôtels de luxe se sont déjà
installés, une plus « nature » au Sud mais assez éloignée. En face, des îles sauvages fort convoitées,
l’argent ne demande qu’à opérer, paraît que les grandes manœuvres sortent des
cartons. A n’en pas douter, bientôt les Perhentians.
Difficile
de souhaiter au Cambodge le contraire, tout cela est encore une histoire à deux
vérités !
Deauville très
populaire, mais c’est dimanche, la ville a dû déferler. C’est bien sûr plein de
touristes de tous horizons mais c’est aussi le rendez-vous du Cambodgien, des
jeunes et des familles, et, c’est la foire matinée «cour des miracles» autour
de ce pouvoir d’achat en goguette : vendeurs et vendeuses ambulants,
panier sur la tête ou palanche sur l’épaule, remplis de «bouffe», calamars, gambas
et langoustines grillés, crabes bouillis et fruits de toutes les sortes ;
mais aussi sur des étalages ambulants des bijoux, et pour les garçons :
montres et lunettes de soleil ; n’oublions pas les masseuses et les manu
et pédi…cures. Un ballet qui n’arrête pas.
Tous et
toutes, avec le sourire khmer à vous faire craquer.
Rajoutons
à cette population marchande une ribambelle de gamins et gamines dépenaillés,
d’autres qui se baladent avec un vieux sac de riz, sale, pour récolter les
canettes vides – c’est de l’argent – et enfin les éclopés qui vous tombent à
bras raccourcis, d’autres c’est les jambes, pour faire la manche bien que cela
ne soit pas évident pour les premiers !
C’est
immergé dans cette faune des plus exotiques, nous y avons passé une agréable
après-midi avec déjeuner les yeux au spectacle et dans la lecture sur les lits
de plage le reste du temps, sous une forte chaleur, le soleil ne perçant qu’en
fin de journée avant de disparaitre derrière un horizon nuageux. Pas plus de
« sunset » ici qu’à Kep, nous verrons demain… Peut-être !
Soirée
tranquille chez «Papagayo», c’est le nom original de notre guesthouse,
appartenant et tenue par un charmant garçon, français, qui nous a parlé
longuement du Cambodge.
LUNDI 16 :
nous avons suivi le conseil de notre sympathique «taulier», à savoir de choisir
Otres Beach à 4 bons kilomètres, pour passer la journée «à la mer» puisque nous
sommes venu à Sihanouk ville pour ça. Après avoir négocié la course, notre tuk
tuk est parti en direction du Sud et à 10 heures nous étions installés sur nos
lits de plage, sous les filaos, que nous appelions dans mon enfance
polynésienne «arbre de fer».
Une plage
à la hauteur de nos attentes, certes il y a déjà sur une première partie une
petite collection de restaurants et bar mais de style «tropical», beaucoup moins
les uns sur les autres, laissant surtout une belle profondeur de sable bien
blanc sur une mer turquoise, proche de ce qu’il est convenu d’appeler une plage
paradisiaque. Rien à voir avec celle de la veille, mais là aussi les jalons
sont posés et le béton ne tardera pas !... Pour l’heure, il suffit à l’amateur
de solitude de marcher deux ou trois cents mètres pour retrouver la nature
intacte.
Nous
sommes lundi, la foule locale est donc au travail, le tourisme a souvent la
bonne idée d’aller au plus près, de fait la vente ambulante s’en retrouve
fortement réduite, en conclusion la plage est quasi déserte au regard de celle
de la veille… et nous en sommes ravis.
Lits de
plage confortables sous les filaos, le soleil par intermittence s’est mis à
taper fort, un petit vent le rendait que plus supportable agitant à peine la
mer turquoise d’une température de rêve, nous ne pouvions souhaiter mieux. C’est
même là que nous avons déjeuné, nous n’avons pas osé les crabes mais le seafood
au poivron doux pour Anne et au poivre vert frit pour moi, étaient excellents. Des
grappes de poivrons verts avec autant de grains que dans une fiole du père
Ducros, le poivre vert est dans les meilleures spécialités de la cuisine
cambodgienne.
Ainsi donc
la journée fût délicieusement vécue, Anne avec la «voie royale» sur sa liseuse –
elle aime beaucoup, les deux - et moi avec «Un art français de la guerre» entre
les mains – super- ; en trois mots : que du bonheur. Anne a fini par craquer au charme d’une
délicieuse gamine qui faisait des pieds et des mains pour les lui faire, et pour
6 dollars la vingtaine d’ongles dont elle est propriétaire se sont retrouvés
comme neufs - du bon et beau travail – cette charmante jeune fille qui habite
ce qu’il est convenu d’appeler un petit bidonville, installé à proximité,
travaille le matin sur la plage et va à l’école l’après-midi. Sa maman qui fait
«la plage» avec elle n’est pas arrivée à me vendre son talent de masseuse, j’ai
horreur de ça !
Seule
petite ombre au tableau : tous ces amis au travail alors que nous bullions
avec obscénité, mais que l’on se rassure dans les chaumières, idée très vite
chassée de nos esprits.
Nous
avions mis d’avance une croix sur un coucher de soleil improbable - qui
cependant doit avoir eu lieu, le ciel s’étant dégagé sur les îles de l’horizon –
aussi à 16 heures 30, notre tuk tuk du
matin étant au rendez-vous pour le
retour, c’est chez « Papagayo » que nous passons finalement la soirée à la
terrasse du bar, un peu fatigués, plutôt que de faire un tour en ville comme
nous l’avions initialement prévu.
Nous la
traverserons demain matin, la ville. Notre tuk tuk préféré est convoqué pour 7 heures
30, le bus est à 8, et nous serons de retour à Phnom Penh entre midi et 13
heures… s’il ne tombe pas en panne !