lundi 16 janvier 2012

SIHANOUKVILLE



DIMANCHE 15 : il a bien plu cette nuit, mais au matin le temps était dégagé quand nous avons pris notre «mini-van» pour couvrir les 130 kilomètres afin de rejoindre Sihanoukville, plus au Nord sur la côte.
C’est notre pilote de tuk tuk, hier en arrivant,  qui nous a proposé la botte : faire le trajet en «mini-van» plutôt qu’en bus et pour le même prix. Un coup de fil et pour 14 dollars, il nous a griffonné sur son guidon « un bon de passage» en nous offrant de venir nous chercher ce matin, et le problème était réglé. Pas de lézard, tout s’est déroulé à merveille, il faut toujours faire confiance.
Sur la route, à 25 kilomètres environ,  d’abord la ville de Kampot que nous avons un peu sillonnée à la pêche des autres passagers – nous n’étions que 3 jusqu’alors – changement de chauffeur et c’est plein comme un œuf que nous avons poursuivi notre route qui s’est déroulée à l’image de celle de la veille, plus sinueuse le relief étant par endroit moins plat. Même habitat en béton à l’architecture fonctionnelle plus qu’élégante, de bois sur pilotis en version traditionnelle pour la plupart, toujours  les jarres au pied pour récupérer l’eau de pluie, même bazar en dessous. Pour tenir compagnie à la vache à bosse, le buffle est entré dans le décor, dans les champs et sur la route, à tirer la charrette.
Est apparu aussi le tuk tuk version transport en commun : une remorque en ferraille fixée sur la selle arrière du même type de petite moto, avec un banc de chaque côté pour contenir au moins 20 personnes sans compter les marchandises.
Kampot est au sel marin ce que Kep est au crabe, sauf qu’en matière d’agglomération nous sommes en présence d’une ville de plus de 30 000 âmes, le fatras urbain sympathique habituel et quelques bâtiments coloniaux forts décrépis que nous avons vus à la volée.
Nous sommes arrivés à 11 heures à Sihanoukville, une cité d’environ 160 000 habitants qui est sortie de la jungle dans les années 50 pour devenir le port en eau profonde du Cambodge qui dépendait jusque-là du Vietnam pour l’accès des bateaux par le Mékong. L’essor touristique date des années 60 et l’on dira plus tard que la «station» a vraiment pris de l’ampleur dans la première décennie des années 2000, tant le béton arrive à grand renfort de sacs!
Pour le Cambodge, c’est Deauville. La promenade – ici un pavage de dalles colorées - avec d’un côté un véritable mur de restaurants et de bars, de l’autre une orgie de lits de plage avec leurs parasols, jusqu’à laisser 3 à 4 mètres de sable pour les promeneurs qui doivent se mouiller les pieds à chaque mouvement de mer. Au-dessus de la tête, des filaos, quelques amandiers et cocotiers. Je parle de la plage «historique», Occheuteal Beach, à deux pas de notre Guesthouse – nous l’avons choisie pour ça – et à trois du centre ville.
Le succès aidant, plus au Sud et plus au Nord, d’autres plages ont été absorbées, moins « routardes», plus bourgeoises car ici les hôtels de luxe se sont déjà installés, une plus « nature » au Sud mais assez éloignée.  En face, des îles sauvages fort convoitées, l’argent ne demande qu’à opérer, paraît que les grandes manœuvres sortent des cartons. A n’en pas douter, bientôt les Perhentians.
Difficile de souhaiter au Cambodge le contraire, tout cela est encore une histoire à deux vérités !
Deauville très populaire, mais c’est dimanche, la ville a dû déferler. C’est bien sûr plein de touristes de tous horizons mais c’est aussi le rendez-vous du Cambodgien, des jeunes et des familles, et, c’est la foire matinée «cour des miracles» autour de ce pouvoir d’achat en goguette : vendeurs et vendeuses ambulants, panier sur la tête ou palanche sur l’épaule, remplis de «bouffe», calamars, gambas et langoustines grillés, crabes bouillis et fruits de toutes les sortes ; mais aussi sur des étalages ambulants des bijoux, et pour les garçons : montres et lunettes de soleil ; n’oublions pas les masseuses et les manu et pédi…cures. Un ballet qui n’arrête pas.
Tous et toutes, avec le sourire khmer à vous faire craquer.
Rajoutons à cette population marchande une ribambelle de gamins et gamines dépenaillés, d’autres qui se baladent avec un vieux sac de riz, sale, pour récolter les canettes vides – c’est de l’argent – et enfin les éclopés qui vous tombent à bras raccourcis, d’autres c’est les jambes, pour faire la manche bien que cela ne soit pas évident pour les premiers !
C’est immergé dans cette faune des plus exotiques, nous y avons passé une agréable après-midi avec déjeuner les yeux au spectacle et dans la lecture sur les lits de plage le reste du temps, sous une forte chaleur, le soleil ne perçant qu’en fin de journée avant de disparaitre derrière un horizon nuageux. Pas plus de « sunset » ici qu’à Kep, nous verrons demain… Peut-être !
Soirée tranquille chez «Papagayo», c’est le nom original de notre guesthouse, appartenant et tenue par un charmant garçon, français, qui nous a parlé longuement du Cambodge.

LUNDI 16 : nous avons suivi le conseil de notre sympathique «taulier», à savoir de choisir Otres Beach à 4 bons kilomètres, pour passer la journée «à la mer» puisque nous sommes venu à Sihanouk ville pour ça. Après avoir négocié la course, notre tuk tuk est parti en direction du Sud et à 10 heures nous étions installés sur nos lits de plage, sous les filaos, que nous appelions dans mon enfance polynésienne «arbre de fer».
Une plage à la hauteur de nos attentes, certes il y a déjà sur une première partie une petite collection de restaurants et bar mais de style «tropical», beaucoup moins les uns sur les autres, laissant surtout une belle profondeur de sable bien blanc sur une mer turquoise, proche de ce qu’il est convenu d’appeler une plage paradisiaque. Rien à voir avec celle de la veille, mais là aussi les jalons sont posés et le béton ne tardera pas !... Pour l’heure, il suffit à l’amateur de solitude de marcher deux ou trois cents mètres pour retrouver la nature intacte.
Nous sommes lundi, la foule locale est donc au travail, le tourisme a souvent la bonne idée d’aller au plus près, de fait la vente ambulante s’en retrouve fortement réduite, en conclusion la plage est quasi déserte au regard de celle de la veille… et nous en sommes ravis.
Lits de plage confortables sous les filaos, le soleil par intermittence s’est mis à taper fort, un petit vent le rendait que plus supportable agitant à peine la mer turquoise d’une température de rêve, nous ne pouvions souhaiter mieux. C’est même là que nous avons déjeuné, nous n’avons pas osé les crabes mais le seafood au poivron doux pour Anne et au poivre vert frit pour moi, étaient excellents. Des grappes de poivrons verts avec autant de grains que dans une fiole du père Ducros, le poivre vert est dans les meilleures spécialités de la cuisine cambodgienne.
Ainsi donc la journée fût délicieusement vécue, Anne avec la «voie royale» sur sa liseuse – elle aime beaucoup, les deux - et moi avec «Un art français de la guerre» entre les mains – super- ; en trois mots : que du bonheur.  Anne a fini par craquer au charme d’une délicieuse gamine qui faisait des pieds et des mains pour les lui faire, et pour 6 dollars la vingtaine d’ongles dont elle est propriétaire se sont retrouvés comme neufs - du bon et beau travail – cette charmante jeune fille qui habite ce qu’il est convenu d’appeler un petit bidonville, installé à proximité, travaille le matin sur la plage et va à l’école l’après-midi. Sa maman qui fait «la plage» avec elle n’est pas arrivée à me vendre son talent de masseuse, j’ai horreur de ça !
Seule petite ombre au tableau : tous ces amis au travail alors que nous bullions avec obscénité, mais que l’on se rassure dans les chaumières, idée très vite chassée de nos esprits.
Nous avions mis d’avance une croix sur un coucher de soleil improbable - qui cependant doit avoir eu lieu, le ciel s’étant dégagé sur les îles de l’horizon – aussi à 16 heures 30,  notre tuk tuk du matin étant au rendez-vous  pour le retour, c’est chez « Papagayo » que  nous passons finalement la soirée à la terrasse du bar, un peu fatigués, plutôt que de faire un tour en ville comme nous l’avions initialement prévu.
Nous la traverserons demain matin, la ville. Notre tuk tuk préféré est convoqué pour 7 heures 30, le bus est à 8, et nous serons de retour à Phnom Penh entre midi et 13 heures… s’il ne tombe pas en panne !