LUNDI 27
(suite) : notre vol s’est parfaitement bien passé malgré une montée dans les
airs très agitée, à croire que le ciel bas d’aujourd’hui voulait nous renvoyer
au sol… Ce ne fût pas le cas et l’avion de la «China Eastern Airlines» est
arrivé sans encombre à Mandalay, 10 minutes plus tôt que l’heure de son décollage…
En effet nous nous doutions bien qu’en avançant vers l’Ouest nous allions faire
reculer la pendule et en arrivant, celle de l’aéroport affichait 90 minutes de
moins. Avec 1 heure 20 de vol, nous étions donc bien partis 10 minutes après
être arrivés.
Il nous en
a fallu beaucoup plus pour nous entendre sur un prix de course raisonnable pour
remonter sur Mandalay, l’aéroport est à quelques 45 kilomètres au Sud de la
ville, attendre aussi que le mini-van soit complet, et ce n’est que vers 16
heures de la nouvelle heure que nous étions au Silver Swan Hôtel, dans le
centre de Mandalay, et qui n’avait l’air de ne pas avoir d’autre chambre de
libre que celle proposée. Et demain, il nous faudra changer de piaule pour les
deux nuits complémentaires car il est prévu suivant notre «road-book» que nous
restions deux jours complets ici.
Sans
m’étendre prématurément sur la route, nous avons été étonnés des premières
images de la Birmanie, disons du Myanmar pour respecter l’appellation que les
Birmans ont voulu redonner à leur Pays à l’indépendance retrouvée.
Justement
avant le dernier conflit mondial, la Birmanie faisait partie de l’Empire des
Indes de la Couronne britannique, et le Myanmar en a, à notre surprise,
conservé les traces dans l’aspect «déglingué» de la route parcourue et du
quartier dans lequel nous nous retrouvons. Dans la pauvreté rencontrée; dans la
mise des gens avec les hommes souvent en sarong, il est vrai comme en Indonésie
aussi; dans les moyens de locomotion : vieilles voitures, deux roues qu’ils
soient à moteur ou pas, d’un autre âge, véhicules hippomobiles et ainsi de
suite. Une étrangeté par ailleurs, ici les conduites sont à droite comme par
ailleurs en «terres anglo-saxonnes» mais la circulation se fait aussi à droite
comme dans les «terres non anglo-saxonnes» comme si à l’indépendance on avait
voulu chasser l’Anglais deux fois. Pour ajouter à la confusion, il y a aussi
quelques conduites à gauche mais que l’on se rassure, les deux roues ont tous
le guidon au même endroit, m’attendant au pire j’ai bien regardé !
Un petit
côté «Cambodge» m’avait il semblé tout de suite au premier contact avec la
campagne, sentiment vite balayé par le fait qu’il n’y a aucune unité
architecturale, de la construction disparate, du bois et du bambou, du béton
utilitaire suivant une expression que j’aime bien quand l’utile ne prend pas la
peine d’être agréable.
Nous avons
été étonnés par les jeunes femmes, avenantes, avec des grosses joues bariolées
d’une pâte ocre. Anne a découvert dans notre guide qu’il s’agissait d’une pâte
à base d’écorce broyée, il nous reste à savoir si l’esthétique est le moteur de
cette pratique disons «moyenâgeuse» pour faire court.
Notre
surprise a été de découvrir qu’à l’hôtel, internet était non seulement
accessible mais qu’en plus la «wifi» fonctionnait à tous les étages et même
bien…Aussi lorsqu’en fin d’après-midi, je suis pédestrement parti à la quête
d’une agence de voyages pour voir quelles sortes de prestations, on pouvait
trouver, Anne en a profité de faire salon pour mettre notre blog à jour. Bon,
ne chantons pas trop vite victoire,
trouverons-nous internet à chaque bled où nous ferons étape, la question reste
posée, Mandalay a beau être qualifiée de village, c’est en réalité une assez grande
ville.
MARDI 28 :
le taxi retenu auprès de la petite agence que j’avais rencontrée hier en fin
d’après-midi, était à nous rejoindre, pile au sortir de notre petit déjeuner, à
8 heures comme prévu. Une Toyota en bon état, meilleur que la denture du
monsieur qui malgré sa jeunesse avait l’émail bouffé par une espèce de chique de
feuilles roulées, qu’il renouvelait en permanence. En début de journée, on
pouvait comprendre ses 3 mots d’anglais à travers son sourire violet mais en
fin d’après-midi, son grognement devenu, ne pouvait que rester sans écho de
notre part.
Le
principal est que le programme prévu ait été accompli, dans le désordre: La
rencontre avec des artisans, la visite de temples (comment y échapper), celle
de l’ancien Palais Royal et enfin la découverte de la colline de Mandalay, seul
relief qui s’élève au centre de la vaste plaine environnante, sur laquelle
l’homme n’a pu faire autrement que d’y afficher, encore et toujours sa foi.
Passionnants
ces artisans comme ces forçats qui passent leurs journées à taper comme des
sourds sur un paquet (renouvelé toutes les heures) de feuilles d’or intercalées
dans des feuilles de papier de bambou (qu’il faut fabriquer par ailleurs), pour
les mincir au maximum. Une fois que c’est fait, la feuille est découpée en 6 et
l’on recommence. Tout ça pour dorer les Bouddhas du pays alors que de toute
part la population misère. L’Homme est sympathique, j’éprouve même beaucoup
d’affection à son encontre, mais Dieu qu’il est «con» !
Passionnant
de voir de chaque côté d’une rue consacrée à la taille du marbre par nombre
d’ateliers en plein air, des sculpteurs faire «du bouddha» de toutes les
tailles et dans toutes les positions. Dans la poussière de marbre les hommes,
pas toujours adultes, meulent et frappent, et les femmes polissent.
Passionnant
de voir d’autres hommes sculpter le bois à coup de ciseaux et de mailloches,
des panneaux décoratifs et des marionnettes à partir des personnages du
panthéon bouddhique, voire du ramayana, avec comme étau leurs deux pieds à deux
orteils de la frappe.
Passionnant
de voir ces femmes assises en tailleur à même le sol, tisser sur des métiers de
fortune, broder avec des fils d’or ou de
couleur, des perles, des scènes épiques appartenant à une Birmanie à jamais
disparue.
D’aucuns
réclameraient la reconnaissance de leur adresse, la notoriété en récompense et
là il ne s’agit que de mercenaires de la représentation parfaite d’un modèle,
que peut être le chef d’œuvre si le supplément d’âme est absent ? Mais le
travail est admirable et l’abnégation de l’ouvrier désolant.
Et puis
les temples, creusets de la dévotion bouddhique, un univers étrange pour
l’Occidental, exotique, incompréhensible même lorsque l’explication est connue…
Comment comprendre l’intensité de la dévotion collective envers un Bouddha,
simple modèle de sagesse, guide spirituel et non Dieu rédempteur, tout le
mystère de l’Orient. Temples aux parois d’or, stupas solitaires ou alignés
comme une armée en position de bataille, dorés ou d’une blancheur immaculée. De
ceux visités, en fin de journée nous les confondons, retenons un superbe monastère
doré au nom inutile à retenir, bel ensemble d’architecture monumentale en bois
ciselé au moindre centimètre carré.
Retenons
surtout de cette journée le long moment passé à la pagode Paha Mahamuni qui
renferme une statue de bouddha de 4 mètres de haut et qui pourrait dater de
plus de 2000 ans. Des milliers de pèlerins défilent pour l’embellir de sa
feuille d’or au point qu’il en est complètement boursouflé sur 15 bons
centimètres d’épaisseur. Des familles entières arrivent de partout en
processions, familiales justement, confiant la destinée de leur enfant à
Bouddha, à ce bouddha, allons comprendre. Les gosses en habits de cérémonie
sont sérieux comme des premiers communiants et font l’objet d’un véritable
mitraillage photographique au point que nous étions nous même sollicités pour
les mettre «en boîte».
Bien sûr,
les marchands du temple sont de tous les espaces, à comparer Lourdes fait
figure de kermesse paroissiale… Oui là, en ces lieux et dans cette dévote
foule, nous étions en Inde.
Visité
l’ancien Palais et forteresse de Mandalay, ancienne demeure des deux derniers
souverains composée d’un véritable complexe d’édifices rouge et or, au milieu
d’un immense jardin (plutôt brûlé dans la chaleur de mars, le mois le plus
chaud) lui-même à l’intérieur de remparts suivant un carré de 3 kilomètres de
longs, nous sommes dans le gigantisme, et de douves toujours en eau… Comme
nous!
Grimpés,
avec la voiture, sur la colline de Mandalay pour terminer, éminence boisée de
231 mètres de hauteur au pied de laquelle «se vautre» la ville. Toujours des
temples et ses bouddhas «en veux tu, en voilà», la foule et la gente
commerçante qui va avec. Pour nous encore un instant d’exotisme, surtout
découvrir un superbe panorama sur Mandalay plus beau de loin, dans le soleil
déclinant, que de près dans la poussière et la pauvreté !
Enfin le
meilleur moment de la journée était sûrement de ne rien faire au moment du
repas alors que tout continuait de s’agiter par ailleurs, nous avons trouvé
refuge dans un superbe oasis de verdure et de tranquillité et nous nous sommes
offerts un repas étoilé afin de fêter le 28 février, un anniversaire à nous, il
y a 35 ans nous nous voyions pour la première fois dans un troquet des Champs
Elysées. Pour un peu de plus notre repas se finissait mal, nous n’avions pas
assez de sa monnaie d’opérette, nos dollars étaient trop fatigués et du coup le
Patron dépêché sur les lieux a pris nos euros à contre cœur.
A 17
heures, nous étions à notre hôtel, épuisés de chaleur et regrettant presque la
froidure du pays tibétain.
MERCREDI 29
: faire de l’argent a été notre premier souci de la journée, les quelques
fifrelins récupérés à l’aéroport par un premier change de précaution n’ont pas
été au-delà des premiers 24 heures. Le desk de l’hôtel nous ayant fourni
l’adresse de la banque susceptible de faire le change, il n’a suffit que d’une
bonne marche pour nous retrouver à pied d’œuvre, ce qui ne fût pas le plus
compliqué. En effet le moins simple était à venir, supporter le tri de nos
dollars rejetés aux 4/5 au prétexte que ceux présentés en premier avaient eu
une vie avant d’aboutir dans notre poche, pourtant en dehors de la trace d’une
pliure en leurs milieux, nos billets sont en bon état. Du coup de colère
contenue, nous leur avons refusés leurs billets de «monopoly» ne les trouvant
pas à la hauteur des dollars retenus, et ils se sont mis à trois pour nous
trouver des coupures sans pli et non tachés. Ils n’ont pas aimé du tout, se
sont même sentis un peu vexés devant l’hilarité des quelques touristes qui
faisaient la queue. Sûrement pas très malin de notre part mais ça soulage.
Nous ne
savons pas ce qui c’est passé par la suite car nous avions autre chose à faire,
assurément rien, que peut-on attendre d’exécutants d’une banque appartenant
vraisemblablement de surcroit à la «junte».
Les autres
choses étaient de faire un tour de marché à proximité, juste un petit tour car
il nous a paru très vaste. Un beau marché comme nous aimons, avec les couleurs,
les odeurs, trottoirs et rues encombrés
d’étals et fumant des cuisines ambulantes, foule bigarrée, vendeuse pour une
partie et acheteuse pour l’autre dans un ballet totalement désordonné mais
répété depuis la nuit des temps … L’immersion dans le bouillonnement humain du
Sud-Est asiatique.
Deuxième
objectif, trouver un taxi pour rejoindre la petite ville d’ Amarapura à onze
kilomètres au Sud de Mandalay. En trouver un de libre c’est aller au devant
d’un hôtel, assez simple lorsque l’on a un plan, le plus compliqué est de
pouvoir négocier un prix correct et comme le tarif se fait à la tête du client
et que la nôtre respire le dollar, nous avons vite compris que la solution de
la moto taxi serait la bonne, et ainsi, immergé dans la «sauvagerie» de la
circulation nous avons pris la direction de la campagne, une campagne qui
ressemble d’avantage à des faubourgs sans fin dès lors où la route est source
de vie comme peut l’être la rivière.
Amarapura,
ancienne capitale au XIXème siècle dont il ne reste pratiquement rien, est un
haut lieu touristique de la région, «because» son célèbre pont piétonnier, érigé
en 1849, et qui dans son état premier en dehors de petits tronçons, la plus
longue passerelle en teck au monde, excusez du peu !
Un couloir
aérien de planches en tek sur piliers de tek, de1 kilomètre 200 de long au
dessus des rizières et autres plantations, traversant surtout le lac
Taungthaman pour passer d’une rive à l’autre. De chaque côté un village de
pêcheurs, des temples et invariablement des échoppes et des gargotes avec le
monde qui va avec. Mais ce qui est authentique c’est le trafic incessant des
populations qui empruntent le pont, les moines qui vont d’un monastère à
l’autre comme si le Bouddha d’une rive était différent de celui de l’autre.
Des
bateaux de pêche de chaque côté avec des pêcheurs plus malins que d’autres et
qui ont compris que le gros poisson était celui qui avait la peau blanche et le
portefeuille bien rempli… Mais tout ça se fait dans la bonne humeur et dans la
joie, le Birman et surtout la Birmane sont confondants de gentillesse.
Nous avons
bien entendu fait l’aller d’un pas nonchalant et le retour au même rythme non
sans nous être «cocalisés» au milieu de l’effort, j’ai failli me laisser tenter
par un mulot des rizières cuit au barbecue mais l’envie de nous prélasser dans
un fauteuil devant une vrai assiette m’en a empêché, et c’est donc correctement
attablé que nous avons dégusté une friture du lac.
Nos petits
gars avaient choisi de nous attendre, et à 14 heures ils étaient au
rendez-vous, et trois quart d’heure après nous étions dans notre confortable et
grande chambre et nous y avons passé l’après-midi à l’ombre et à la fraîcheur.
Le programme du jour était court mais fort réjouissant et nous l’avons voulu
ainsi. Et puis que voir de plus à Mandalay, un nom à faire rêver pour une ville
sans charme particulier.
Comme les
deux soirs précédents, nous rejoindrons au 8ème étage le restaurant et nous
ferons une veillée courte car demain, c’est réveil peu après 5 heures pour un
petit déjeuner à 6 pétantes car le taxi est commandé pour le quart… Direction
la rivière, l’Irrawaddy, que nous descendrons jusqu’à Bagan, à 10 heures de
navigation.

