mercredi 29 février 2012

MANDALAY



LUNDI 27 (suite) : notre vol s’est parfaitement bien passé malgré une montée dans les airs très agitée, à croire que le ciel bas d’aujourd’hui voulait nous renvoyer au sol… Ce ne fût pas le cas et l’avion de la «China Eastern Airlines» est arrivé sans encombre à Mandalay, 10 minutes plus tôt que l’heure de son décollage… En effet nous nous doutions bien qu’en avançant vers l’Ouest nous allions faire reculer la pendule et en arrivant, celle de l’aéroport affichait 90 minutes de moins. Avec 1 heure 20 de vol, nous étions donc bien partis 10 minutes après être arrivés.
Il nous en a fallu beaucoup plus pour nous entendre sur un prix de course raisonnable pour remonter sur Mandalay, l’aéroport est à quelques 45 kilomètres au Sud de la ville, attendre aussi que le mini-van soit complet, et ce n’est que vers 16 heures de la nouvelle heure que nous étions au Silver Swan Hôtel, dans le centre de Mandalay, et qui n’avait l’air de ne pas avoir d’autre chambre de libre que celle proposée. Et demain, il nous faudra changer de piaule pour les deux nuits complémentaires car il est prévu suivant notre «road-book» que nous restions deux jours complets  ici.
Sans m’étendre prématurément sur la route, nous avons été étonnés des premières images de la Birmanie, disons du Myanmar pour respecter l’appellation que les Birmans ont voulu redonner à leur Pays à l’indépendance retrouvée.
Justement avant le dernier conflit mondial, la Birmanie faisait partie de l’Empire des Indes de la Couronne britannique, et le Myanmar en a, à notre surprise, conservé les traces dans l’aspect «déglingué» de la route parcourue et du quartier dans lequel nous nous retrouvons. Dans la pauvreté rencontrée; dans la mise des gens avec les hommes souvent en sarong, il est vrai comme en Indonésie aussi; dans les moyens de locomotion : vieilles voitures, deux roues qu’ils soient à moteur ou pas, d’un autre âge, véhicules hippomobiles et ainsi de suite. Une étrangeté par ailleurs, ici les conduites sont à droite comme par ailleurs en «terres anglo-saxonnes» mais la circulation se fait aussi à droite comme dans les «terres non anglo-saxonnes» comme si à l’indépendance on avait voulu chasser l’Anglais deux fois. Pour ajouter à la confusion, il y a aussi quelques conduites à gauche mais que l’on se rassure, les deux roues ont tous le guidon au même endroit, m’attendant au pire j’ai bien regardé !
Un petit côté «Cambodge» m’avait il semblé tout de suite au premier contact avec la campagne, sentiment vite balayé par le fait qu’il n’y a aucune unité architecturale, de la construction disparate, du bois et du bambou, du béton utilitaire suivant une expression que j’aime bien quand l’utile ne prend pas la peine d’être agréable.
Nous avons été étonnés par les jeunes femmes, avenantes, avec des grosses joues bariolées d’une pâte ocre. Anne a découvert dans notre guide qu’il s’agissait d’une pâte à base d’écorce broyée, il nous reste à savoir si l’esthétique est le moteur de cette pratique disons «moyenâgeuse» pour faire court.
Notre surprise a été de découvrir qu’à l’hôtel, internet était non seulement accessible mais qu’en plus la «wifi» fonctionnait à tous les étages et même bien…Aussi lorsqu’en fin d’après-midi, je suis pédestrement parti à la quête d’une agence de voyages pour voir quelles sortes de prestations, on pouvait trouver, Anne en a profité de faire salon pour mettre notre blog à jour. Bon, ne chantons pas  trop vite victoire, trouverons-nous internet à chaque bled où nous ferons étape, la question reste posée, Mandalay a beau être qualifiée de village, c’est en réalité une assez grande ville.
MARDI 28 : le taxi retenu auprès de la petite agence que j’avais rencontrée hier en fin d’après-midi, était à nous rejoindre, pile au sortir de notre petit déjeuner, à 8 heures comme prévu. Une Toyota en bon état, meilleur que la denture du monsieur qui malgré sa jeunesse avait l’émail bouffé par une espèce de chique de feuilles roulées, qu’il renouvelait en permanence. En début de journée, on pouvait comprendre ses 3 mots d’anglais à travers son sourire violet mais en fin d’après-midi, son grognement devenu, ne pouvait que rester sans écho de notre part.
Le principal est que le programme prévu ait été accompli, dans le désordre: La rencontre avec des artisans, la visite de temples (comment y échapper), celle de l’ancien Palais Royal et enfin la découverte de la colline de Mandalay, seul relief qui s’élève au centre de la vaste plaine environnante, sur laquelle l’homme n’a pu faire autrement que d’y afficher, encore et toujours sa foi.
Passionnants ces artisans comme ces forçats qui passent leurs journées à taper comme des sourds sur un paquet (renouvelé toutes les heures) de feuilles d’or intercalées dans des feuilles de papier de bambou (qu’il faut fabriquer par ailleurs), pour les mincir au maximum. Une fois que c’est fait, la feuille est découpée en 6 et l’on recommence. Tout ça pour dorer les Bouddhas du pays alors que de toute part la population misère. L’Homme est sympathique, j’éprouve même beaucoup d’affection à son encontre, mais Dieu qu’il est «con» !
Passionnant de voir de chaque côté d’une rue consacrée à la taille du marbre par nombre d’ateliers en plein air, des sculpteurs faire «du bouddha» de toutes les tailles et dans toutes les positions. Dans la poussière de marbre les hommes, pas toujours adultes, meulent et frappent, et les femmes polissent.
Passionnant de voir d’autres hommes sculpter le bois à coup de ciseaux et de mailloches, des panneaux décoratifs et des marionnettes à partir des personnages du panthéon bouddhique, voire du ramayana, avec comme étau leurs deux pieds à deux orteils de la frappe.
Passionnant de voir ces femmes assises en tailleur à même le sol, tisser sur des métiers de fortune,  broder avec des fils d’or ou de couleur, des perles, des scènes épiques appartenant à une Birmanie à jamais disparue.
D’aucuns réclameraient la reconnaissance de leur adresse, la notoriété en récompense et là il ne s’agit que de mercenaires de la représentation parfaite d’un modèle, que peut être le chef d’œuvre si le supplément d’âme est absent ? Mais le travail est admirable et l’abnégation de l’ouvrier désolant.
Et puis les temples, creusets de la dévotion bouddhique, un univers étrange pour l’Occidental, exotique, incompréhensible même lorsque l’explication est connue… Comment comprendre l’intensité de la dévotion collective envers un Bouddha, simple modèle de sagesse, guide spirituel et non Dieu rédempteur, tout le mystère de l’Orient. Temples aux parois d’or, stupas solitaires ou alignés comme une armée en position de bataille, dorés ou d’une blancheur immaculée. De ceux visités, en fin de journée nous les confondons, retenons un superbe monastère doré au nom inutile à retenir, bel ensemble d’architecture monumentale en bois ciselé au moindre centimètre carré.
Retenons surtout de cette journée le long moment passé à la pagode Paha Mahamuni qui renferme une statue de bouddha de 4 mètres de haut et qui pourrait dater de plus de 2000 ans. Des milliers de pèlerins défilent pour l’embellir de sa feuille d’or au point qu’il en est complètement boursouflé sur 15 bons centimètres d’épaisseur. Des familles entières arrivent de partout en processions, familiales justement, confiant la destinée de leur enfant à Bouddha, à ce bouddha, allons comprendre. Les gosses en habits de cérémonie sont sérieux comme des premiers communiants et font l’objet d’un véritable mitraillage photographique au point que nous étions nous même sollicités pour les mettre «en boîte».
Bien sûr, les marchands du temple sont de tous les espaces, à comparer Lourdes fait figure de kermesse paroissiale… Oui là, en ces lieux et dans cette dévote foule, nous étions en Inde.
Visité l’ancien Palais et forteresse de Mandalay, ancienne demeure des deux derniers souverains composée d’un véritable complexe d’édifices rouge et or, au milieu d’un immense jardin (plutôt brûlé dans la chaleur de mars, le mois le plus chaud) lui-même à l’intérieur de remparts suivant un carré de 3 kilomètres de longs, nous sommes dans le gigantisme, et de douves toujours en eau… Comme nous!
Grimpés, avec la voiture, sur la colline de Mandalay pour terminer, éminence boisée de 231 mètres de hauteur au pied de laquelle «se vautre» la ville. Toujours des temples et ses bouddhas «en veux tu, en voilà», la foule et la gente commerçante qui va avec. Pour nous encore un instant d’exotisme, surtout découvrir un superbe panorama sur Mandalay plus beau de loin, dans le soleil déclinant, que de près dans la poussière et la pauvreté !
Enfin le meilleur moment de la journée était sûrement de ne rien faire au moment du repas alors que tout continuait de s’agiter par ailleurs, nous avons trouvé refuge dans un superbe oasis de verdure et de tranquillité et nous nous sommes offerts un repas étoilé afin de fêter le 28 février, un anniversaire à nous, il y a 35 ans nous nous voyions pour la première fois dans un troquet des Champs Elysées. Pour un peu de plus notre repas se finissait mal, nous n’avions pas assez de sa monnaie d’opérette, nos dollars étaient trop fatigués et du coup le Patron dépêché sur les lieux a pris nos euros à contre cœur.
A 17 heures, nous étions à notre hôtel, épuisés de chaleur et regrettant presque la froidure du pays tibétain.

MERCREDI 29 : faire de l’argent a été notre premier souci de la journée, les quelques fifrelins récupérés à l’aéroport par un premier change de précaution n’ont pas été au-delà des premiers 24 heures. Le desk de l’hôtel nous ayant fourni l’adresse de la banque susceptible de faire le change, il n’a suffit que d’une bonne marche pour nous retrouver à pied d’œuvre, ce qui ne fût pas le plus compliqué. En effet le moins simple était à venir, supporter le tri de nos dollars rejetés aux 4/5 au prétexte que ceux présentés en premier avaient eu une vie avant d’aboutir dans notre poche, pourtant en dehors de la trace d’une pliure en leurs milieux, nos billets sont en bon état. Du coup de colère contenue, nous leur avons refusés leurs billets de «monopoly» ne les trouvant pas à la hauteur des dollars retenus, et ils se sont mis à trois pour nous trouver des coupures sans pli et non tachés. Ils n’ont pas aimé du tout, se sont même sentis un peu vexés devant l’hilarité des quelques touristes qui faisaient la queue. Sûrement pas très malin de notre part mais ça soulage.
Nous ne savons pas ce qui c’est passé par la suite car nous avions autre chose à faire, assurément rien, que peut-on attendre d’exécutants d’une banque appartenant vraisemblablement de surcroit à la «junte».
Les autres choses étaient de faire un tour de marché à proximité, juste un petit tour car il nous a paru très vaste. Un beau marché comme nous aimons, avec les couleurs, les odeurs, trottoirs et rues  encombrés d’étals et fumant des cuisines ambulantes, foule bigarrée, vendeuse pour une partie et acheteuse pour l’autre dans un ballet totalement désordonné mais répété depuis la nuit des temps … L’immersion dans le bouillonnement humain du Sud-Est asiatique.
Deuxième objectif, trouver un taxi pour rejoindre la petite ville d’ Amarapura à onze kilomètres au Sud de Mandalay. En trouver un de libre c’est aller au devant d’un hôtel, assez simple lorsque l’on a un plan, le plus compliqué est de pouvoir négocier un prix correct et comme le tarif se fait à la tête du client et que la nôtre respire le dollar, nous avons vite compris que la solution de la moto taxi serait la bonne, et ainsi, immergé dans la «sauvagerie» de la circulation nous avons pris la direction de la campagne, une campagne qui ressemble d’avantage à des faubourgs sans fin dès lors où la route est source de vie comme peut l’être la rivière.
Amarapura, ancienne capitale au XIXème siècle dont il ne reste pratiquement rien, est un haut lieu touristique de la région, «because» son célèbre pont piétonnier, érigé en 1849, et qui dans son état premier en dehors de petits tronçons, la plus longue passerelle en teck au monde, excusez du peu !
Un couloir aérien de planches en tek sur piliers de tek, de1 kilomètre 200 de long au dessus des rizières et autres plantations, traversant surtout le lac Taungthaman pour passer d’une rive à l’autre. De chaque côté un village de pêcheurs, des temples et invariablement des échoppes et des gargotes avec le monde qui va avec. Mais ce qui est authentique c’est le trafic incessant des populations qui empruntent le pont, les moines qui vont d’un monastère à l’autre comme si le Bouddha d’une rive était différent de celui de l’autre.
Des bateaux de pêche de chaque côté avec des pêcheurs plus malins que d’autres et qui ont compris que le gros poisson était celui qui avait la peau blanche et le portefeuille bien rempli… Mais tout ça se fait dans la bonne humeur et dans la joie, le Birman et surtout la Birmane sont confondants de gentillesse.
Nous avons bien entendu fait l’aller d’un pas nonchalant et le retour au même rythme non sans nous être «cocalisés» au milieu de l’effort, j’ai failli me laisser tenter par un mulot des rizières cuit au barbecue mais l’envie de nous prélasser dans un fauteuil devant une vrai assiette m’en a empêché, et c’est donc correctement attablé que nous avons dégusté une friture du lac.
Nos petits gars avaient choisi de nous attendre, et à 14 heures ils étaient au rendez-vous, et trois quart d’heure après nous étions dans notre confortable et grande chambre et nous y avons passé l’après-midi à l’ombre et à la fraîcheur. Le programme du jour était court mais fort réjouissant et nous l’avons voulu ainsi. Et puis que voir de plus à Mandalay, un nom à faire rêver pour une ville sans charme particulier.
Comme les deux soirs précédents, nous rejoindrons au 8ème étage le restaurant et nous ferons une veillée courte car demain, c’est réveil peu après 5 heures pour un petit déjeuner à 6 pétantes car le taxi est commandé pour le quart… Direction la rivière, l’Irrawaddy, que nous descendrons jusqu’à Bagan, à 10 heures de navigation.