vendredi 13 janvier 2012

PHNOM-PENH



JEUDI 12 : commençons par le début, la nuit. Un demi « fait dodo mon p’tit frère», et hop c’était parti jusqu’à 8 heures 30, plus dispo que réellement frais (Anne affichera un petit coup de mou en fin de matinée) mais d’attaque pour quadriller la ville… Mollo, au rythme lent du chaland qui passe…
... Comme celui qui descend le Tonlé Sap, la grosse rivière qui descend du lac Tonlé au nord duquel se  trouve le site d’Angkor, plus large qu’un fleuve de chez nous en dehors de « ma » Loire, et qui se jette dans le Mékong à hauteur de la rue de notre hôtel justement, encore plus large et qui est un boulevard à bateaux comme notre souvenir de les voir arriver à Chau Duoc, à la frontière Vietnamienne, en garde de trace.
… Comme celui qui lèche plus de vitrines qu’il n’a d’argent en poche, en se nourrissant de nouveautés inaccessibles.
Justement c’est la première chose que nous avons faite, rejoindre à deux pas le boulevard qui longe l’eau, le remonter jusqu'à hauteur du centre et frapper à la porte de la Canadia Bank, non sans avoir consulter quelques officines pour la comparaison et autres banques locales au passage. Pas de change pour ces dernières et conclusion : il nous a fallu changer nos euros en dollars puis les dollars en riels, monnaie locale, pour avoir un change intéressant. Le commerçant accepte « son » riel du bout des doigts, vos euros vous pouvez vous les laisser an fond de la poche, personne n’en veut, tout est affiché en dollar y compris la babiole dans la première bimbeloterie venue, comble d’ironie, avec notre euro nous avons obtenu un meilleur dollar qu’au Crédit Lyonnais, la semaine avant de partir !
Y parait que l’on ne peut pas gagner à tous les coups… C’est vrai !
Avant, pour mieux nous replonger dans l’esprit qui règne dans ces contrées nous avions fait un bain de tête dans le bouddhisme, comme le nageur le fait avec ses pieds avant de rejoindre le bassin d’une piscine, en rentrant dans le premier Vat rencontré. Le hasard avait placé sur notre route le Vat Ounalom, qui a repris du service depuis que les Khmer rouges ont arrêté le massacre, et qui était en pleine effervescence. C’est là depuis que réside les hauts dignitaires du rite, et dans ce lieu d’une belle beauté architecturale de stupas, dans le temple où l’or du décor se le dispute aux peintures murales racontant la vie du Bouddha, d’une statuaire imposante de  bouddhas, petits grands et davantage, debout, assis ou couchés, des offrandes partout, un moine sans âge assis dans sa robe de safran aux multiples décors laissant comprendre son importance, en position du lotus, bénissait les visiteurs qui venaient s’incliner religieusement devant lui : atmosphère d’encens et de lumière. Sur le côté quelques musiciens aux mains délicates jouaient à l’image de leurs instruments à cordes, une musique d’une pareille délicatesse, lancinante, une musique intersidérale !
Sur le parvis s’apprêtait à être organisé une cérémonie de dons collectifs à en juger l’accumulation de chaises disposée avec pour chacune, sac de riz, offrandes diverses et faux argent, ici en orient on fabrique une fausse vraie monnaie pour l’affaire.
Nous aimons, et c’est fort de cet impromptu  voyage initiatique, que nous avons véritablement senti que notre «croisière jaune » débutait véritablement. Deuxième couche en nous rendant au Vat Phnom juché sur une petite colline boisée, la seule de la ville. Ce serait le premier temple dans l’histoire du Pays.
Un marché croisé au préalable, où nous nous sommes nourris de ses mille couleurs et senteurs très loin d’être toujours appréciées par Anne qui n’apprécie pas vraiment l’odeur du poisson séché, des étals improbables, des sourires qui le sont tout autant, les cambodgiens, cambodgiennes surtout méritent en le matière le podium !... Mais c’est dans un autre marché que nous avons déjeuné de crevettes épicées au grill et de riz, le marché central abrité dans une énorme coupole « art déco », un beau reste du Protectorat, il y en a peu, abrité c’est beaucoup dire car il déborde de partout : tout ce que l’homme fabrique est ici, tout ce qu’il mange aussi, enfin l’homme d’ici car nos estomacs d’occidentaux ne fonctionnent pas avec les mêmes codes gustatifs ni avec les même normes que nous appelons sanitaires.
Passons la super et ultramoderne galerie marchande rencontrée au passage, « le Printemps local » sauf qu’au dernier étage la jeunesse s’y retrouve à faire de l’acrobatie en patins, à faire la guerre ou la course en vidéo ou à rêver d’un autre monde au cinéma 3D… Pour nous, une terrasse qui domine la ville. Plus loin , un ensemble de bâtiments échoués pas sans charme, au centre d’une mer grouillante de petits commerces sur trottoirs défoncés, de cycles et de voitures en tout sens, l’on y fait l’école comme au temps des Français, est-ce là que mon cousin a fait autrefois l’école comme coopérant- nous en parlerons au retour- les fenêtres n’ont plus que leurs volets, ouverts sur une jeunesse qui a montré à notre passage furtif dans leur cour plus d’intérêt que logique, les profs d’ici ont l’air à la même noce que les nôtres chez nous. Dans un recoin des cours, plusieurs restaurants de rue, regroupés sous un vaste hangar ouvert, a envahi la place pour servir de cantine scolaire.
Plus loin l’Université des Beaux Arts n’est plus que ruine.
Un ultime effort nous a poussés à rejoindre sur un vaste rond-point le monument de l’indépendance, appelé aussi de la victoire,  une copie approximative en béton de la tour centrale d’Angkor Vat, qui depuis 1958 commémore la fin du protectorat français, signé en 53… Vous avez dit victoire ?
Et puis comme programmé, un tuk tuk nous a ramené peu après 17 heures à l’hôtel pour finaliser la suite de notre programme, tickets de bus avec les p’tits gars de la réception et les hôtels avec internet, ce qui fût fait avec satisfaction.

VENDREDI 13 : la vie jaillissait du lycée d’hier, la mort plane à jamais au dessus de celui visité aujourd’hui ! C’est que cet imposant ensemble scolaire était devenu sous les Khmers Rouges, le principal centre de rétention du Pays, et, la torture la plus cruelle et l’extermination étaient pratiques journalières. 17000 personnes ont vu leur vie volée entre les murs et dans les cours du Lycée Tuol Svay Prey devenu le centre S 21. C’est maintenant un musée de l’horreur, éloquent, et comme les tortionnaires tenaient méticuleusement les registres, des salles entières offrent aux visiteurs, entre autres documents, matériels de torture et d’exécution, les portraits des suppliciés.
Les Cambodgiens des campagnes et des montagnes avaient « génocidé » leurs frères des villes, il faut dire que les américains avec leur tapis discontinu de bombes anticommunistes avaient grandement attisé la haine et alimenté les troupes de Pol Pot, et de ses comparses par la suite !
Dans les deux grandes cours les frangipaniers en fleurs inviteraient bien à tourner la page mais derrière le sourire charmeur du Cambodgien, il y a pour toutes ces familles sans deuil possible, une génération marquée pour la vie.
Pour nous, pas vraiment le goût de compléter la visite par  celle des charniers du S 21, à une dizaine de kilomètres de la ville, mais l’envie de passer au plus vite de la misère cambodgienne à la splendeur khmer, et de nous faire « tuk tuker » en direction du musée national.
Il occupe un ravissant bâtiment traditionnel construit dans les années 20, en pur style khmer, au centre d’un beau jardin, et renferme la plus belle collection au monde de sculptures couvrant le millénaire de la flamboyance dynastique khmère, civilisation khmer qui a rayonné sur presque toute la péninsule indochinoise, y compris les territoires Ouest devenus Thaïlande il y a bien longtemps, y compris le delta du Mékong dont les Viets se sont emparés au XVII ème siècle.
Au centre de cet ensemble architectural faisant cloître, un patio arboré que des mains initiées à l’art topiaire ont sculpté avec grande harmonie autour de bassins et de grandes jarres débordants de nénuphars et lotus en fleurs… Une salutaire décontamination après les horreurs matutinales.
Plutôt agréable le moment de détente sur une terrasse devant le Tonlé Sap, nous en avons même profité pour organiser notre avenir jusqu’à Angkor dans la lancée avec l’aide de la petite agence voisine, avant de rejoindre le Palais Royal dont l’ensemble fait beaucoup penser à celui de Bangkok, en plus modeste comme si le Cambodge devait toujours rester le partenaire pauvre de ses deux voisins. Beau tout de même. Sous un ensemble de toitures khmères  classiques, ornementées de mille ors, l’on n’a pu qu’admirer la beauté de la salle du trône, les différents pavillons et surtout, le fleuron, la pagode d’argent, appelée ainsi par le fait que son sol est constitué de plus de 5000 dalles d’argent pesant chacune 1 kg. Des Bouddhas partout, je ne recommence pas le délire, ici un bouddha d’émeraude, là un autre grandeur nature en or et paré de près de 10 000 diamants dont un de 25 carats, les Khmers Rouges ont aussi beaucoup saccagé et détruit mais « ça » ils n’ont pas osé.
De beaux jardins, vastes et remarquablement ordonnés,  ponctués de stupas en veux-tu en voilà ! Des moines de toute part… Largement exterminée, la gente monastique s’est depuis amplement multipliée… Pour le plaisir des yeux en ce qui nous concerne tous les deux.
En un vaste espace clos et caché à la vue par une verdure dense, se niche le Palais d’habitation qui ne se visite pas.
Question visite justement, nos petits pieds réclamant repos, c’est notre hôtel qui fût notre ultime destination du jour, il était 16 heures passées, bien temps de rejoindre les confortables fauteuils d’osier pour y passer comme les deux soirs précédents, le reste de la journée.
C’est « bus » demain matin, direction la côte jusqu’au mardi 17, Kep pour une nuit et Sihanoukville pour deux, avant de retrouver avec plaisir Phnom Penh pour une après-midi et une soirée, pour une quatrième nuitée au Golden Noura Villa - qui nous aura superbement convenu - avant de poursuivre.
On l’aura compris, nous sommes tombés sous le charme de Phnom Penh.