JEUDI 12 : commençons par le début, la nuit. Un demi « fait dodo mon p’tit
frère», et hop c’était parti jusqu’à 8 heures 30, plus dispo que réellement
frais (Anne affichera un petit coup de mou en fin de matinée) mais d’attaque
pour quadriller la ville… Mollo, au rythme lent du chaland qui passe…
... Comme
celui qui descend le Tonlé Sap, la grosse rivière qui descend du lac Tonlé au
nord duquel se trouve le site d’Angkor,
plus large qu’un fleuve de chez nous en dehors de « ma » Loire, et
qui se jette dans le Mékong à hauteur de la rue de notre hôtel justement,
encore plus large et qui est un boulevard à bateaux comme notre souvenir de les
voir arriver à Chau Duoc, à la frontière Vietnamienne, en garde de trace.
… Comme
celui qui lèche plus de vitrines qu’il n’a d’argent en poche, en se nourrissant
de nouveautés inaccessibles.
Justement
c’est la première chose que nous avons faite, rejoindre à deux pas le boulevard
qui longe l’eau, le remonter jusqu'à hauteur du centre et frapper à la porte de
la Canadia Bank, non sans avoir consulter quelques officines pour la
comparaison et autres banques locales au passage. Pas de change pour ces
dernières et conclusion : il nous a fallu changer nos euros en dollars
puis les dollars en riels, monnaie locale, pour avoir un change intéressant. Le
commerçant accepte « son » riel du bout des doigts, vos euros vous pouvez
vous les laisser an fond de la poche, personne n’en veut, tout est affiché en
dollar y compris la babiole dans la première bimbeloterie venue, comble
d’ironie, avec notre euro nous avons obtenu un meilleur dollar qu’au Crédit
Lyonnais, la semaine avant de partir !
Y parait
que l’on ne peut pas gagner à tous les coups… C’est vrai !
Avant, pour
mieux nous replonger dans l’esprit qui règne dans ces contrées nous avions fait
un bain de tête dans le bouddhisme, comme le nageur le fait avec ses pieds
avant de rejoindre le bassin d’une piscine, en rentrant dans le premier Vat
rencontré. Le hasard avait placé sur notre route le Vat Ounalom, qui a repris
du service depuis que les Khmer rouges ont arrêté le massacre, et qui était en
pleine effervescence. C’est là depuis que réside les hauts dignitaires du rite,
et dans ce lieu d’une belle beauté architecturale de stupas, dans le temple où
l’or du décor se le dispute aux peintures murales racontant la vie du Bouddha,
d’une statuaire imposante de bouddhas,
petits grands et davantage, debout, assis ou couchés, des offrandes partout, un
moine sans âge assis dans sa robe de safran aux multiples décors laissant
comprendre son importance, en position du lotus, bénissait les visiteurs qui
venaient s’incliner religieusement devant lui : atmosphère d’encens et de
lumière. Sur le côté quelques musiciens aux mains délicates jouaient à l’image
de leurs instruments à cordes, une musique d’une pareille délicatesse, lancinante,
une musique intersidérale !
Sur le
parvis s’apprêtait à être organisé une cérémonie de dons collectifs à en juger
l’accumulation de chaises disposée avec pour chacune, sac de riz, offrandes
diverses et faux argent, ici en orient on fabrique une fausse vraie monnaie
pour l’affaire.
Nous
aimons, et c’est fort de cet impromptu voyage
initiatique, que nous avons véritablement senti que notre «croisière
jaune » débutait véritablement. Deuxième couche en nous rendant au Vat
Phnom juché sur une petite colline boisée, la seule de la ville. Ce serait le
premier temple dans l’histoire du Pays.
Un marché
croisé au préalable, où nous nous sommes nourris de ses mille couleurs et
senteurs très loin d’être toujours appréciées par Anne qui n’apprécie pas
vraiment l’odeur du poisson séché, des étals improbables, des sourires qui le
sont tout autant, les cambodgiens, cambodgiennes surtout méritent en le matière
le podium !... Mais c’est dans un autre marché que nous avons déjeuné de
crevettes épicées au grill et de riz, le marché central abrité dans une énorme
coupole « art déco », un beau reste du Protectorat, il y en a peu,
abrité c’est beaucoup dire car il déborde de partout : tout ce que l’homme
fabrique est ici, tout ce qu’il mange aussi, enfin l’homme d’ici car nos
estomacs d’occidentaux ne fonctionnent pas avec les mêmes codes gustatifs ni
avec les même normes que nous appelons sanitaires.
Passons la
super et ultramoderne galerie marchande rencontrée au passage, « le
Printemps local » sauf qu’au dernier étage la jeunesse s’y retrouve à
faire de l’acrobatie en patins, à faire la guerre ou la course en vidéo ou à
rêver d’un autre monde au cinéma 3D… Pour nous, une terrasse qui domine la
ville. Plus loin , un ensemble de bâtiments échoués pas sans charme, au centre
d’une mer grouillante de petits commerces sur trottoirs défoncés, de cycles et
de voitures en tout sens, l’on y fait l’école comme au temps des Français,
est-ce là que mon cousin a fait autrefois l’école comme coopérant- nous en
parlerons au retour- les fenêtres n’ont plus que leurs volets, ouverts sur une
jeunesse qui a montré à notre passage furtif dans leur cour plus d’intérêt que
logique, les profs d’ici ont l’air à la même noce que les nôtres chez nous.
Dans un recoin des cours, plusieurs restaurants de rue, regroupés sous un vaste
hangar ouvert, a envahi la place pour servir de cantine scolaire.
Plus loin
l’Université des Beaux Arts n’est plus que ruine.
Un ultime
effort nous a poussés à rejoindre sur un vaste rond-point le monument de
l’indépendance, appelé aussi de la victoire, une copie approximative en béton de la tour
centrale d’Angkor Vat, qui depuis 1958 commémore la fin du protectorat
français, signé en 53… Vous avez dit victoire ?
Et puis
comme programmé, un tuk tuk nous a ramené peu après 17 heures à l’hôtel pour
finaliser la suite de notre programme, tickets de bus avec les p’tits gars de
la réception et les hôtels avec internet, ce qui fût fait avec satisfaction.
VENDREDI
13 : la vie jaillissait du lycée d’hier, la mort plane à jamais au dessus
de celui visité aujourd’hui ! C’est que cet imposant ensemble scolaire
était devenu sous les Khmers Rouges, le principal centre de rétention du Pays, et,
la torture la plus cruelle et l’extermination étaient pratiques journalières.
17000 personnes ont vu leur vie volée entre les murs et dans les cours du Lycée
Tuol Svay Prey devenu le centre S 21. C’est maintenant un musée de l’horreur,
éloquent, et comme les tortionnaires tenaient méticuleusement les registres,
des salles entières offrent aux visiteurs, entre autres documents, matériels de
torture et d’exécution, les portraits des suppliciés.
Les
Cambodgiens des campagnes et des montagnes avaient « génocidé » leurs
frères des villes, il faut dire que les américains avec leur tapis discontinu de
bombes anticommunistes avaient grandement attisé la haine et alimenté les
troupes de Pol Pot, et de ses comparses par la suite !
Dans les
deux grandes cours les frangipaniers en fleurs inviteraient bien à tourner la
page mais derrière le sourire charmeur du Cambodgien, il y a pour toutes ces
familles sans deuil possible, une génération marquée pour la vie.
Pour nous,
pas vraiment le goût de compléter la visite par celle des charniers du S 21, à une dizaine de
kilomètres de la ville, mais l’envie de passer au plus vite de la misère cambodgienne
à la splendeur khmer, et de nous faire « tuk tuker » en direction du
musée national.
Il occupe
un ravissant bâtiment traditionnel construit dans les années 20, en pur style
khmer, au centre d’un beau jardin, et renferme la plus belle collection au
monde de sculptures couvrant le millénaire de la flamboyance dynastique khmère,
civilisation khmer qui a rayonné sur presque toute la péninsule indochinoise, y
compris les territoires Ouest devenus Thaïlande il y a bien longtemps, y
compris le delta du Mékong dont les Viets se sont emparés au XVII ème siècle.
Au centre
de cet ensemble architectural faisant cloître, un patio arboré que des mains
initiées à l’art topiaire ont sculpté avec grande harmonie autour de bassins et
de grandes jarres débordants de nénuphars et lotus en fleurs… Une salutaire
décontamination après les horreurs matutinales.
Plutôt
agréable le moment de détente sur une terrasse devant le Tonlé Sap, nous en
avons même profité pour organiser notre avenir jusqu’à Angkor dans la lancée
avec l’aide de la petite agence voisine, avant de rejoindre le Palais Royal
dont l’ensemble fait beaucoup penser à celui de Bangkok, en plus modeste comme
si le Cambodge devait toujours rester le partenaire pauvre de ses deux voisins.
Beau tout de même. Sous un ensemble de toitures khmères classiques, ornementées de mille ors, l’on n’a
pu qu’admirer la beauté de la salle du trône, les différents pavillons et
surtout, le fleuron, la pagode d’argent, appelée ainsi par le fait que son sol
est constitué de plus de 5000 dalles d’argent pesant chacune 1 kg. Des Bouddhas
partout, je ne recommence pas le délire, ici un bouddha d’émeraude, là un autre
grandeur nature en or et paré de près de 10 000 diamants dont un de 25
carats, les Khmers Rouges ont aussi beaucoup saccagé et détruit mais « ça »
ils n’ont pas osé.
De beaux
jardins, vastes et remarquablement ordonnés, ponctués de stupas en veux-tu en voilà !
Des moines de toute part… Largement exterminée, la gente monastique s’est
depuis amplement multipliée… Pour le plaisir des yeux en ce qui nous concerne
tous les deux.
En un
vaste espace clos et caché à la vue par une verdure dense, se niche le Palais d’habitation
qui ne se visite pas.
Question
visite justement, nos petits pieds réclamant repos, c’est notre hôtel qui fût
notre ultime destination du jour, il était 16 heures passées, bien temps de
rejoindre les confortables fauteuils d’osier pour y passer comme les deux soirs
précédents, le reste de la journée.
C’est « bus »
demain matin, direction la côte jusqu’au mardi 17, Kep pour une nuit et
Sihanoukville pour deux, avant de retrouver avec plaisir Phnom Penh pour une
après-midi et une soirée, pour une quatrième nuitée au Golden Noura Villa - qui
nous aura superbement convenu - avant de poursuivre.
On l’aura
compris, nous sommes tombés sous le charme de Phnom Penh.