LUNDI
23 : nous sommes installés sur la rive du Mékong, une grande fenêtre, un
balcon sur le fleuve. J’aime bien dire «le fleuve» comme à quelques méandres
plus au Sud dans le delta, la petite fille de Sa-Dec le nommera… Marguerite Duras devenue grande, en
parlera plus tard avec révérence et
nostalgie dans ses romans.
Au «top
ten» des fleuves mythiques, le Mékong a une place d’honneur. En charriant ses
eaux depuis les pentes du Tibet, d’avoir nourri tant de peuples et de continuer
à irriguer tant de terres, il mérite même le podium à nos yeux. Nous avions eu
un choc émotionnel à remonter son courant au Vietnam, à «sauter» d’un bras à
l’autre, à prendre le bac pour le traverser plus en amont.
Nous le
voyions au loin à Phnom Penh, il est là à nos pieds à Kompong Cham.
Partis à
l’heure nous sommes arrivés à 15 heures. En dépit de trois arrêts «bouffe».
Pour le troisième c’est le chauffeur qui avait faim, nous autres, avions tous «grignoté»
aux deux premiers. Sitôt sa plâtrée de riz terminée nous sommes repartis de
plus belle comme s’il voulait effacer cet arrêt de trop. «A fond la caisse» le hyundaï, un coup à
droite, souvent au milieu, parfois sur la bande de gauche quand l’état de la
route était plus favorable, mais toujours «pied à la planche». Nous nous sommes
sentis revenir au temps de l’oléopneumatique, le bus se balançait comme une DS
de la première époque. Pour une fois le mécanisme d’inclinaison de mon siège
fonctionnait, la position relax et le balancement m’ont emporté et j’en ai piqué
un somme, Anne l’a fait plus tard… Pourtant une adorable petite fille de 3 ans sur
le siège de devant nous assurait le spectacle. A croquer, à nous donner des
envies d’adoption !
Le
Cambodge rural défilait de chaque côté tel que déjà décrit. A noter qu’au nord
du lac, que nous longions à distance, la culture est au riz. Que la campagne
doit être belle quand elle se nappe de vert. En fait la géographie du terrain
est sur deux plans : celui de la vie humaine et celui de la vie animale et
végétale. La différence entre les deux, 1 mètre en moyenne. Partons de la route
qui est «en levée» par rapport aux champs, aux rizières, avec de chaque côté
des tertres de mêmes niveaux sur lesquels est construit l’habitat, sur pilotis,
en planches, toits en tôle au mieux en tuiles. La plupart du temps, lorsque
l’agglomération se forme apparaît «le dur». Pour l’un est l’autre, la première
richesse s’affiche avec les rambardes : en inox, torsadé. Souvent la route
est bordée de mares et alors des chemins également en levée mènent aux espaces,
de niveau donc, où sont les maisons. Dans l’espace cultivable, des vaches et
des buffles, sur les voies de circulation, toujours le même trafic. Dans les
bourgades traversées, la même effervescence humaine.
En
arrivant sur Kompong Cham, l’hévéa est apparu en de nombreuses plantations, le
bas du tronc orné de sa saignée en spirale au terme duquel le petit godet…
C’est que nous approchions du Mékong.
Kompong
Cham fût la troisième ville du pays après Phnom Penh et Battambang mais Siem
Reap et Sihanoukville avec leur développement touristique sont passés nettement
devant. Ecrasée sous la chaleur nous l’avons trouvée alanguie sur la rive du
fleuve, et ce n’est qu’en fin d’après-midi que le monde a mis le nez dehors nous a-t’il
semblé. Le plaisir de l’autochtone est sans nul doute de venir prendre le frais
le long du fleuve, la famille, les copains, les copines, agglutinés sur la même
moto ou à remplir au-delà de la prudence les bennes des pick-ups. A déambuler
sur la promenade entre les gargotes qui ont dressé leurs cuisines roulantes,
les tables et les chaises. Nous nous sommes installés en face, à la terrasse du
bar mythique de la ville, le rendez-vous du routard branché, Il est en bonne
place dans les guides donc tout ce qui voyage passe par là. Nous y avons diné.
Avant,
nous étions allés sur l’autre rive voir sur place le vieux phare français. Fait
un tour de ville, découvrir le marché, un capharnaüm sans nom sur la terre
battue et sous les tôles, où les mouches s’étaient donné rendez-vous,
principalement aux étals de «bidoches». Pas grand-chose d’autre à voir si ce
n’est de petits villages Cham (D’où le nom de la ville) dans la campagne des
environs, avec leurs petites mosquées. Rien de bien neuf, nous en avons déjà
rencontrés, aussi en passant nous avons acheté pour demain nos tickets de bus
pour Kratie, plus au Nord sur le fleuve. Départ à 9 heures.
Deux beaux
bateaux de «croisière fluviale» sont amarrés à la rive terreuse du fleuve, l’un
est parti et l’autre semblait vouloir passer la nuit ici.
Nous, nous
sommes presque en face, dans une chambre VIP à 25 dollars dans un hôtel pour
«hommes «hommes d’affaires», le «must» de l’hôtel nécessaire pour être sur le
fleuve, voir le soleil s’y lever demain matin, un mobilier d’un luxe inouï pour
beaucoup d’extrême-orientaux, le sommet du mauvais goût pour nous. Rien que
notre lit qui est une monstruosité sculptée, doit peser une tonne. Les chevets
sont déjà insoulevables et ne parlons pas de l’armoire et de la commode. Un
bois exotique couleur merisier bien vernis ici. Même la baie, les portes avec
leurs chambranles sont de la même essence. Le mur ou repose la tête de lit est
festonné de stuc imitation du même bois, avec ange de chaque côté ( !),
avec falbalas à pompons du même acabit. La salle de bain répond de la même
inspiration, au milieu de la faïence, un frise avec des motifs tous les 30
centimètres, en chapeau, un faux diamant ! … Les gamins diraient «à
chier».
La qualité
du matelas nous promet cependant la nuit réparatrice qu’il nous faut après
notre «raid» sur Angkor… On a plus vingt ans !
