mercredi 25 janvier 2012

KRATIE



MARDI 23 : D’abord l’on dit «Kra-tché», because le nom  en cambodgien s’écrit Krâchéh en se prononçant comme je viens de le dire, et ceux qui prononcent autrement, c’est qu’ils ne sont jamais venus ici…Comme nous, avant d’être mis au parfum par quelques rencontres faites depuis que nous sommes dans ce charmant pays.
Ce n’est pas « notre » compagnie habituelle de car qui était concernée ce matin, mais la «Thong Ly Transportation», toujours des cambodgiens chinois, le business c’est eux comme à peu près partout dans la péninsule indochinoise. Nous 15 minutes en avance et eux 45 minutes en retard… Bon, mieux vaut cela que de tomber en panne. Et puis nous avons (j’ai surtout) pris beaucoup de plaisir à patienter au carrefour, là où la préposée de la compagnie est installée à une table sur le trottoir devant le bureau qui lui est vide, au milieu du «tas» de clients » et du tas de paquets, beaucoup de plaisir à observer la circulation. Ces sacrés deux roues à moteur tirent vraiment tout et n’importe quoi. Vu ce matin le record, 5 passagers sur la selle du même engin, 3 jeunes hommes et deux garçonnets assis l’un derrière l’autre… Vraiment un truc que l’on ne pourrait pas faire chez les nudistes quand on est un garçon… Imaginons un instant le coup de frein un peu violent !
Les Cambodgiens Khmers ont parfois de belles mobylettes, les Cambodgiens chinois ont souvent de belles et grosses Toyota et parfois de belles et grosses Lexus, ainsi parle la rue au Cambodge.
La « Tong Ly transportation » irrigue aussi un tas de destinations avec des minibus à partir de Kompong Cham. Bourré de partout, l’un était en partance pour je ne sais où, des routards voisins de chaises ont embarqué mais une «anglo-saxonne» toute de noire vêtue et bien propre sur elle s’est mise à faire de la résistance en voyant le spectacle, il ne lui restait qu’un petit strapontin sur lequel elle ne pouvait réellement ne poser qu’une fesse alors qu’elle avait payé pour les deux. Le spectacle dans le spectacle. Elle voulait attendre le lendemain quand elle a compris que c’était tout les jours comme ça.
Et notre Hyundaï est parti, bon train de stop en stop où ça montait tellement plus que ça ne descendait, qu’il a fallu sortir les petits tabourets, et coudes à coudes nous sommes repartis comme dab à slalomer au milieu des gens, avec toujours des coups de trompe à répétition style «tire-toi de mon chemin».
D’abord la route a traversé de grands espaces voués au riz. La belle moquette quand tout est au vert. Puis véritablement pour la première fois, nous avons de côte en côte pris un peu d’altitude pour un paysage de plateaux. La route fait une grande boucle vers l’Est jusqu’à flirter avec la frontière du Vietnam. Le manioc est réapparu, l’hévéa aussi, d’autres cultures non identifiées et la nature ensuite s’est faite plus pauvre, les gens aussi avec des îlots de grande misère, pilotis courts sur des maisons qui devenaient au mieux des cabanes, la palme tressée prenant le pas sur la planche. La mob au pied parfois quand même, j’imagine l’investissement.
Et l’arrivée sur Kratie. Le bus allait plus loin et nous nous sommes retrouvés plantés sous le cagnard de 13 heures bien sonnées à un carrefour, à l’entrée de la ville. Le premier tuk tuk a été assez long à passer, il était plein, en deux mots nous l’avons invité à revenir et il est revenu. 1 dollar c’est toujours bon à prendre, et nous voilà à nouveau installés sur la rive du Mékong…Le fleuve. Pas de réservation cette fois-ci, j’avais repéré l’hôtel sur le guide, un immeuble de l’époque française, que nous avons pris malgré l’absence d’internet, pas étonnant que notre mail n’arrivait pas à partir. Nous sommes bien.
Après nos pâtes/quelque chose pour Anne et mon riz/quelque chose pour moi au premier restaurant rencontré, nous sommes de « théière en théière », le thé chaud ça «dessoiffe» (c’est du berrichon), partis à la conquête de la petite dizaine de rues qui viennent pour la moitié s’échouer sur celle qui borde la promenade qui longe le fleuve.
Si vous avez l’âme gaie, Kratie, petite bourgade de 80 000 habitants (où sont t-ils ?), est le charme du bateau échoué sur une berge et transformé en joyeuse et colorée «cour des miracles». Au contraire, si la poésie ne vous convient pas, c’est une poubelle à ciel ouvert. Il faudrait un test au carbone 14 pour dater ce qui jonche le sol (lui-même défoncé) : papiers, bouteilles, vieux sacs… Nous aurions la date de  construction de la toute première maison.
Et dire que le grand projet du coin c’est de développer l’écotourisme, j’imagine que c’est pour faire venir «les verts» pour ramasser tout ça !
Un grand marché neuf se construit, en attendant tous les trottoirs font «marché». La Pagode aussi est en travaux, d’ailleurs il y a plein de travaux partout et ce qui ne l’est pas devrait l’être. La promenade est impraticable à la promenade, tellement envahie avec côté rue, la succession de ceux qui vendent, avec la chaussée pour ceux qui consomment, sauf que les caniveaux sont pleins de déchets, et côté fleuve, tout ce que les premiers sont capables de produire comme immondices avec de temps en temps des tables et des chaises pour ceux qui souhaitent «faire terrasse »… Et tout le monde est joyeux au point de se demander si ce n’est pas nous qui «pétons» les plombs avec notre propreté.
D’ailleurs nous faisions nous-mêmes «terrasse» quand le chauffeur de tuk tuk de ce matin, qui devait nous pister, nous est tombé dessus, femme et gosses aux bras. Une fort bonne chose, nous nous  sommes entendus pour un programme d’enfer pour demain.
Quelques petits bateaux vont sur l’île d’en face, des passeurs aussi, on voit quelques toits émerger de la verdure… Et le soleil s’est joliment couché sur le fleuve.
Dans la journée nous avions croisé le haut lieu de la «routardise» de passage, un bar/resto/ guesthouse, nous y sommes retournés dîner pour quelques fifrelins (au son de la musique latino, et dans la nuit avec les murs «orangés» de la salle, nous nous serions crus à Cuba), avec l’ordi sous le bras pour la wifi … Et nous y avons acheté nos tickets de bus pour le Laos. C’est’y pas bien tout ça !

MERCREDI 25 : si l’on parle chiffres, nous sommes partis pas loin de 8 heures en tuk tuk à faire en gros 100 kilomètres en 7 arrêts sans compter les stops photos. Dépose devant l’hôtel à 16 heures 30  sonnés. Une belle et bonne journée à découvrir la rive gauche du Mékong, ses habitants dans leurs activités, sur plus de 35 kilomètres au Nord de Kratie pour commencer et pas loin de 10 en direction du Sud pour terminer.
Premier arrêt, incontournable dans la région, voir les Dauphins de l’Irrawaddi, espèce menacée  de couleur gris-bleu et qui fait 2 mètres 50 de moyenne. IL n’existe que peu de colonies, ici bien sûr mais aussi au Laos, au Bengladesh et en Birmanie dans le fleuve du même nom.
 Ce fût un bon moment de grand calme au milieu des eaux du fleuve. Nous n’étions que nous deux dans notre bateau et notre «jeune marin d’eau» douce a mis peu de temps pour repérer les bestioles, avant de rejoindre les quelques autres bateaux pour en voir d’autres. Anne était un peu déçue de ne pas les voir faire des sauts mais le dauphin d’eau douce doit se la couler comme ça ! Toujours est- il que nous les avons bien vus, avant que la foule ne commence à venir et nous en étions bien contents.
Voila, ça c’est fait !
Deuxième arrêt, découvrir toute une famille fabriquant au pied de la maison, des petits réceptacles en bambou pour recevoir un mélange de riz gluant aux haricots et lait de coco, c’est plutôt sucré et cela se vend aux bords des routes. Première opération, l’on scie dans de la canne de bambou des sections de 30 centimètres, deuxième pour passer les morceaux de bambou au feu de sorte à brûler, sans carboniser, la partie externe afin de l’attendrir, troisième intervention, avec une machette l’on amincit la canne de l’essentiel et des femmes ensuite, au couteau, en ramène l’épaisseur finale à 4à5 millimètres. Un tube est donc obtenu, bouché naturellement et prêt à recevoir «la gourmandise» préparée d’autre part, protégée par un bouchon de fibre de bambou récupérée ensuite. Pour déguster, Anne n’a pas goûté mais moi oui et c’est bon, il suffira d’éplucher le bambou comme l’on fait d’une banane, si l’on peut dire. Evidemment le «krolan», cette spécialité de Kratie, sur les trottoirs de Paris ou d’ailleurs en métropole, le fiasco serait au rendez-vous !
Y- savent pas ce qu’est bon !
Troisième arrêt pour voir une autre famille, toujours au pied de la maison, extraire le jus de palme, avec un godet posé au bout d’une hampe florale sectionnée et qui de faite «jute». Il suffisait de lever le nez pour voir les palmiers équipé de la sorte en tête de la stipe. Nous avons goûté et c’est bon, très bon. Ce jus est ensuite filtré et chauffé dans un chaudron et au terme du processus, que nous n’avons pas complètement suivi, l’on obtient une pâte sucrée qui est très bonne aussi, Anne y a reconnu un goût de caramel.
Quatrième arrêt. Le terme de «notre montée» était de rejoindre le village de Sambor, ancienne cité pré-ankorienne dont il ne reste rien (ouf), mais qui possède un temple nommé «le temple aux cent colonnes», en activité bien évidement et il fait même l’objet d’un pèlerinage, temple exceptionnel car ce n’est autre que le plus vaste du Cambodge. C’est vrai il est rutilant aussi bien de l’extérieur avec ses colonnes (108 en vérité), qu’à l’intérieur avec son autel de bouddhas dont une de belle hauteur et ses peintures murales, plafond compris. Beau stupa doré à côté.
Nous avons déjeuné en face, sur la terrasse d’une gargote surplombant la rive du fleuve, le Mékong dont nous avons suivi le cours, pour arriver là.
Sur le retour le cinquième arrêt qui fût l’étonnement de la journée. Nous l’avions entre aperçu à la montée, nous nous sommes arrêtés à la descente. L’attraction de la région. A cet endroit le Mékong enserre dans ses bras une quantité d’îles, d’îlots, d’îlets et même de bancs de sable. Au lieu dit Kampi, une installation incroyable a été installée sur les premiers bras du fleuve, enjambés par une passerelle en planches.  En épis de chaque côté de cette passerelle, une dizaine de carbets en forme de pontons plus ou moins longs, dominent d’un mètre les eaux du fleuve qui forment de petits rapides. L’endroit s’appelle d’ailleurs «Kampi Water Rapids». Sur la passerelle il y a foule, déjà pour y accéder ce n’est pas simple avec les marchandes et marchands installés partout, et sur les pontons, sur des nattes et protégés par les toits de palmes, s’agglutinent les familles qui viennent y passer la journée et faire trempette dans le courant, entre chaque ponton. Toute la « bouffe » est proposée sur place, du mini poulet au poisson, en passant par le riz, les beignets de toutes sortes, bref de tout ce qui peut se manger dans ce pays … Des cambodgiens dans leurs habitudes, un grand moment de dépaysement.
Autre arrêt, le sixième, celui qui nous a permis de monter sur la colline Phnom Sombok dans un méandre du fleuve. Un joli petit temple domine le paysage et la vue à 180°  sur le fleuve est superbe. Mais pour y arrive, il faut «se taper» 369 marches et vous êtes accueillis par Bouddha, qui vous gratifie d’un beau sourire «zen» alors que vous êtes au bord de la mort !
Traversée de Kratie pour filer vers le sud pour finir. Au sortir d’une rivière, s’est installé un village flottant peuplé de familles d’origine vietnamienne et nous resterons là quelques instants pour un septième et ultime arrêt du programme, à regarder la magie de la vie des peuples de l’eau.
Du Mékong, certes nous n’avons pas mis un orteil dans son eau, nous verrons plus tard,  mais nous nous sommes largement baignés dans son atmosphère, et c’est saoul de soleil, de chaleur, de vent, de cahots et d’images que nous ferons un bon dodo ce soir… Au retour du «Red Sun Falling», la bonne adresse d’hier au soir.
Demain, cap sur la Laos.












2 commentaires:

  1. Ça me rappelle l'escalier du passage du buisson.

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  2. Ce n'est peut-être pas le Laos, mais ça m'y fait beaucoup penser.
    Ça me rappelle, certaine photos que j'ai pu moi-même faire. Que de bons souvenirs vous me permettez de me remémorer.
    Amusez-vous bien.
    Laetitia

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