mardi 24 janvier 2012

KOMPONG CHAM



LUNDI 23 : nous sommes installés sur la rive du Mékong, une grande fenêtre, un balcon sur le fleuve. J’aime bien dire «le fleuve» comme à quelques méandres plus au Sud dans le delta, la petite fille de Sa-Dec le nommera…  Marguerite Duras devenue grande, en parlera  plus tard avec révérence et nostalgie dans ses romans.
Au «top ten» des fleuves mythiques, le Mékong a une place d’honneur. En charriant ses eaux depuis les pentes du Tibet, d’avoir nourri tant de peuples et de continuer à irriguer tant de terres, il mérite même le podium à nos yeux. Nous avions eu un choc émotionnel à remonter son courant au Vietnam, à «sauter» d’un bras à l’autre, à prendre le bac pour le traverser plus en amont.
Nous le voyions au loin à Phnom Penh, il est là à nos pieds à Kompong Cham.
Partis à l’heure nous sommes arrivés à 15 heures. En dépit de trois arrêts «bouffe». Pour le troisième c’est le chauffeur qui avait faim, nous autres, avions tous «grignoté» aux deux premiers. Sitôt sa plâtrée de riz terminée nous sommes repartis de plus belle comme s’il voulait effacer cet arrêt de trop.  «A fond la caisse» le hyundaï, un coup à droite, souvent au milieu, parfois sur la bande de gauche quand l’état de la route était plus favorable, mais toujours «pied à la planche». Nous nous sommes sentis revenir au temps de l’oléopneumatique, le bus se balançait comme une DS de la première époque. Pour une fois le mécanisme d’inclinaison de mon siège fonctionnait, la position relax et le balancement m’ont emporté et j’en ai piqué un somme, Anne l’a fait plus tard… Pourtant une adorable petite fille de 3 ans sur le siège de devant nous assurait le spectacle. A croquer, à nous donner des envies d’adoption !
Le Cambodge rural défilait de chaque côté tel que déjà décrit. A noter qu’au nord du lac, que nous longions à distance, la culture est au riz. Que la campagne doit être belle quand elle se nappe de vert. En fait la géographie du terrain est sur deux plans : celui de la vie humaine et celui de la vie animale et végétale. La différence entre les deux, 1 mètre en moyenne. Partons de la route qui est «en levée» par rapport aux champs, aux rizières, avec de chaque côté des tertres de mêmes niveaux sur lesquels est construit l’habitat, sur pilotis, en planches, toits en tôle au mieux en tuiles. La plupart du temps, lorsque l’agglomération se forme apparaît «le dur». Pour l’un est l’autre, la première richesse s’affiche avec les rambardes : en inox, torsadé. Souvent la route est bordée de mares et alors des chemins également en levée mènent aux espaces, de niveau donc, où sont les maisons. Dans l’espace cultivable, des vaches et des buffles, sur les voies de circulation, toujours le même trafic. Dans les bourgades traversées, la même effervescence humaine.
En arrivant sur Kompong Cham, l’hévéa est apparu en de nombreuses plantations, le bas du tronc orné de sa saignée en spirale au terme duquel le petit godet… C’est que nous approchions du Mékong.
Kompong Cham fût la troisième ville du pays après Phnom Penh et Battambang mais Siem Reap et Sihanoukville avec leur développement touristique sont passés nettement devant. Ecrasée sous la chaleur nous l’avons trouvée alanguie sur la rive du fleuve, et ce n’est qu’en fin d’après-midi  que le monde a mis le nez dehors nous a-t’il semblé. Le plaisir de l’autochtone est sans nul doute de venir prendre le frais le long du fleuve, la famille, les copains, les copines, agglutinés sur la même moto ou à remplir au-delà de la prudence les bennes des pick-ups. A déambuler sur la promenade entre les gargotes qui ont dressé leurs cuisines roulantes, les tables et les chaises. Nous nous sommes installés en face, à la terrasse du bar mythique de la ville, le rendez-vous du routard branché, Il est en bonne place dans les guides donc tout ce qui voyage passe par là. Nous y avons diné.
Avant, nous étions allés sur l’autre rive voir sur place le vieux phare français. Fait un tour de ville, découvrir le marché, un capharnaüm sans nom sur la terre battue et sous les tôles, où les mouches s’étaient donné rendez-vous, principalement aux étals de «bidoches». Pas grand-chose d’autre à voir si ce n’est de petits villages Cham (D’où le nom de la ville) dans la campagne des environs, avec leurs petites mosquées. Rien de bien neuf, nous en avons déjà rencontrés, aussi en passant nous avons acheté pour demain nos tickets de bus pour Kratie, plus au Nord sur le fleuve. Départ à 9 heures.
Deux beaux bateaux de «croisière fluviale» sont amarrés à la rive terreuse du fleuve, l’un est parti et l’autre semblait vouloir passer la nuit ici.
Nous, nous sommes presque en face, dans une chambre VIP à 25 dollars dans un hôtel pour «hommes «hommes d’affaires», le «must» de l’hôtel nécessaire pour être sur le fleuve, voir le soleil s’y lever demain matin, un mobilier d’un luxe inouï pour beaucoup d’extrême-orientaux, le sommet du mauvais goût pour nous. Rien que notre lit qui est une monstruosité sculptée, doit peser une tonne. Les chevets sont déjà insoulevables et ne parlons pas de l’armoire et de la commode. Un bois exotique couleur merisier bien vernis ici. Même la baie, les portes avec leurs chambranles sont de la même essence. Le mur ou repose la tête de lit est festonné de stuc imitation du même bois, avec ange de chaque côté ( !), avec falbalas à pompons du même acabit. La salle de bain répond de la même inspiration, au milieu de la faïence, un frise avec des motifs tous les 30 centimètres, en chapeau, un faux diamant ! … Les gamins diraient «à chier».
La qualité du matelas nous promet cependant la nuit réparatrice qu’il nous faut après notre «raid» sur Angkor… On a plus vingt ans ! 





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