MERCREDI
18 : Le prospectus de la compagnie annonçait 6 heures de route mais nous
n’en n’avons mis que 5, pour 230 kilomètres, compte-tenu des conditions de
circulation c’est plutôt bien, et ce tout en ayant eu un arrêt «casse-croute» à
mi-chemin, celle expéditive du déjeuner à midi 30 en plus, les Cambodgiens
comme beaucoup d’asiatiques ne mangent pas forcément beaucoup à chaque fois,
mais à chaque fois dès que la faim revient. Partout à chaque coin de rue, et
même à plein trottoir, il y a matière à faire un repas.
Rien de
spécial à dire sur la route de plus de ce qui a été dit les jours précédents sauf
que nous avions une flèche comme chauffeur et que nous avons évité le «carton»
à deux reprises, mais il menait son vieux Daewoo d’une main de maître. Nous
étions au deuxième rang à droite avec le sentiment d’être un peu protégés par
le premier. Anne avait même l’avantage, étant du côté vitre, d’avoir en guise
d’aumônière pour loger son sac à main dans lequel elle trimbale notre fortune,
l’espace entre l’habillage intérieur du car qui était enfoncé et la tôle de la
carrosserie… Le grand luxe !
Nous
sommes installés comme des princes autour d’une jolie piscine, le bungalow dans
un joli cadre de verdure, mais ce ne fût pas simple. Le temps du tuk tuk (nous
sommes un peu au dehors de l’agglomération), nous étions à l’hôtel à 14 heures 45 mais
installés qu’au bout de trois quarts d’heure seulement en dépit de notre
voucher en poche, réservation pourtant effectuée et heureusement payée auprès
d’une petite agence de Phnom Penh jeudi dernier. L’Hôtel était soit disant
complet mais le tarif n’était surtout pas le bon et le problème a dû être
résolu par une bonne série de coups de fil, avec la direction nous supposons.
Il est vrai
que nous avons deux nuits pour le prix d’une. Belle chambre et salle d’eau super
équipée, lit à baldaquin «style colonial» avec moustiquaire, robes de chambres
et j’en passe. Nous avons joué les «français» en restant cependant très
courtois… Mais ferme et nous avons gagné !
« Are
you professional or not ? » et BING!... Mon anglais même ramené à sa plus
simple (et mauvaise) expression s’est montré efficace, le Khmer doit-être
susceptible !
Rien à
dire de plus, nous avons pris notre temps à nous installer pour passer les deux
nuits prévues dans cet oasis, avant de jouer les hippopotames (je parle pour
moi et pas pour la gazelle) dans la bonne eau claire de la piscine, nous
prélasser dans les chaises longues malgré un ciel mitigé (mais il fait très
chaud) et nous avons diné sur la terrasse la nuit tombée, chaleur aussi et au bord
de l’eau, d’un poisson à la mode de la région.
Demain sera
un autre jour et nous partirons flâner dans Battambang : 140 000
habitants cachés et agglutinés je ne sais où, ville étirée principalement sur
la rive droite de la rivière «Stung Sangker» qui se jette, à quelques dizaines
de kilomètres, plus à l’Est dans le lac Tonlé.
JEUDI
19 : Après une nuit réparatrice de 8 heures, levé 8 heures, une vraie
grasse matinée en voyage. A 10 heures juste sonnées nous étions prêts et nous
avons affrété le tuk tuk qui attendait le chaland à la porte de notre hôtel et
prix convenu nous sommes partis dans la campagne en direction du Sud pour
visiter en premier le petit village de Vat Kor. Sa particularité : il
conserve quelques vieilles maisons khmers, du début du siècle dernier. Elles
sont telles que je les ai déjà décrites, sur pilotis et plantées au milieu de
beaux arbres souvent fruitiers sur lesquels s’ouvrent de larges vérandas. Nous
en avons visité deux particulièrement belles, réalisées dans des essences
devenues rares (la déforestation a fait ses dégâts), chaque bois par ses
qualités ayant sa destination, celui-là pour l’ossature, l’autre pour les
parquets, un troisième pour les menuiseries, etc…
De beaux
meubles qui respirent «la colonie» et surtout tout l’équipement utilitaire pour
la vie « traditionnelle » de la famille khmer. Une maison réussie se
doit de posséder deux escaliers, l’un orienté vers le Nord pour «la prospérité»
et l’autre vers le sud pour «le bonheur», toujours avec un nombre impair de
marches. Chacune avait «sa» grand-mère pour nous la faire visiter avec
présentation des ancêtres. Leurs maisons leur avaient été confisquées par les
Khmers Rouges, les femmes réquisitionnées pour les champs et les rizières et
les hommes pour les travaux durs, dans les mines de pierres précieuses au nord
de la région notamment, il en périra une dizaine de milliers. Bien sûr nos deux
grands-mères parlent le français, l’une d’elle d’un milieu d’enseignant, institutrice
en retraite elle-même, a croisé dans sa jeunesse la route du grand Charles en
visite dans la colonie… La petite histoire dans la grande. Une femme de grande
classe, l’autre était une petite grand-mère repliée un peu sur elle-même avec
un très joli petit visage.
Ce n’est
pas parce qu’ «un guide touristique» vous dit que la chose est à faire qu’il
faut pour autant s’y précipiter, surtout que c’est la meilleure façon de se
retrouver invariablement au milieu des visages pâles. Eh bien, nous l’avons
fait quand même, à savoir un tour de «bamboo train», une spécialité de
Battambang. C’est comme chez Disney, de l’amuse touriste, mais c’est plus sympa.
Et puis il n’y a pas de honte à jouer de temps en
temps les «mickey» ! Vous prenez un essieu avec une poulie pour
l’arrière et un moteur, une courroie entre les deux, plus un essieu libre pour
l’avant ; par dessus vous posez un plateau de bois et de bambou. Vous
posez le tout sur une voie ferrée désaffectée, étroite bien sûr, qui ne sert à
plus rien d’autre vu l’état des rails tordus par la chaleur et les tassements
du ballast, et vous avez une draisine sur laquelle l’on vous emmène en
promenade chaotique en pleine nature, 7 kilomètres à l’aller comme au retour,
et comme il faut se croiser, c’est celui qui est dans le sens de l’aller qui
laisse le passage. Ainsi les deux «pilotes» concernés, prennent le plateau à
pleines mains et les essieux pour sortir le matériel hors du chemin et une fois
le prioritaire passé, redéposent le tout pour poursuivre le voyage. Ca ne sert
à rien, ça distrait et de fait c’est fort plaisant.
Par
bonheur sur le retour nous avons «monté» deux petites pêcheuses et un jeune
homme qui faisaient du «bamboo-stop» et notre plaisir fût décuplé par cette
souriante compagnie.
Nous
aimons particulièrement déjeuner ou dîner dans les marchés au milieu de la
population et à notre série, après celui de Phnom Penh, nous pouvons rajouter
le bon moment passé à celui du marché du centre ville de Battambang. Nous sommes
tombés sur une perle de cordon bleu mais en cela il n’y a rien
d’extraordinaire, c’est toujours de la
bonne cuisine, pas sophistiquée comme celle de nos grands-mères.
Restait à
faire pédestrement le tour cette ville qui n’est pas sans charme, grouillante
d’une population affable comme partout dans le pays, beaux restes de bâtiments
d’autrefois, beaux temples… Jusqu’à pousser à la gare, désaffectée comme l’on
s’en doute, la pendule est arrêtée à 8 heures 05 et l’on ne saura jamais si c’est
arrivé un matin ou une après-midi. Les rails vont se perdre dans la verdure au
Sud, c’est là plus loin sur la ligne où nous avions fait de «bamboo train», et
au Nord, servir d’axe à un quartier de planches et de tôles, pavoisé de linge
multicolore qui sèche et débordant de gamins joueurs... La misère serait moins
pénible au soleil !
Deux coups
de cœur : vue au passage une petite école installée dans une petite
boutique ouverte sur la rue et insérée au milieu des autres en activité
commerçante. Un tableau noir, une vingtaine de gamins et de gamines appliqués
autour de deux institutrices assises l’une à côté de l’autre, ce qui nous a
semblé représenter deux niveaux de cours. Récréation souriante à notre passage.
Rencontrées aussi deux petites soldates de charme à faire regretter à la
jeunesse de chez nous la suppression de la conscription.
A 15
heures nous étions de retour dans notre havre de verdure où nous avons passé le
reste de la journée à l’image de l’après-midi d’hier (il faut bien profiter de
notre bonne aubaine), au son des cui-cui dans les arbres, se sera à celui de
sortes de grillons par la suite, des geckos enfin… Et des touc-toucs des
moteurs de tuk tuk qui passent à proximité. Nous sommes à l’écart du trafic,
mais il en passe !
Il a fait
chaud aujourd’hui.
Demain
notre bateau pour Siem-Reap (Angkor) est à 7 heures, notre «pétrou» de ce matin
est convoqué pour 6 heures 30. Ce n’est pas très tôt ici, beaucoup de monde est
déjà levé et les rues à l’heure du laitier sont déjà animées.
Je réalise que je t'ai jamais entendu parler anglais :D
RépondreSupprimerCharles
Bingo pour la cuisine du marché !!!et aussi l'hôtel avec piscine!!!
RépondreSupprimerDemain commence ce pour quoi on vient au Cambodge ds une ville qui ne déçoitpas...Bises des philippines F et D
Eh bien nous il fait froid, gris et triste...mais nous avons du vin blanc frais comme vous en avez rêvé à Krong Kep !!!!
RépondreSupprimerBises
Comme DAB j'adore vos photos ! Merci
RépondreSupprimerLe passage sur les rails donne envie, j'aurais bien aimé y être.