SAMEDI 21 :
heureux en son temps le voyageur des années 30 qui découvrait les ailleurs dans
leur authenticité, heureux André Malraux qui foula la région bien avant que le «tourisme» ne soit devenu
une industrie.
Oublions bien vite que
si ce n’était pas ainsi nous ne serions probablement pas ici aussi facilement,
oublions aussi la vilaine ségrégation par l’argent qui empêcherait «le modeste»
de découvrir le monde comme pourrait le faire aisément «le nanti»,
oublions tout cela mais reconnaissons que le retour de la médaille est grande
souffrance. Découvrir Angkor, dont on a rêvé depuis tout jeune en ce qui me
concerne à travers les timbres d’un Cambodge qui parlait le français, plus tard
par la lecture passionnante de «la voie Royale», bref que ce soit pour moi ou
pour Anne, découvrir «la cité Khmère sortie de la jungle» englués dans la
foule, c’est juste comme organiser un repas intime au fast-food du coin un
samedi soir !
Il y a de quoi «être
colère» car il y a des lieux «sacrés» qui réclameraient «silence et intimité»
pour pénétrer l’esprit des lieux, et non pas babillage et gesticulation. Reste
que si nous avons survécu à la première mi-temps du match ce matin,
l’après-midi fût de moins bousculée à plus calme pour finir.
Le phénomène Angkor-Vat
y est pour beaucoup très certainement, ce matin nous avions commencé par ce
site et toute la gente touristique du matin présente à Siem Reap semblait s’y
être donné rendez-vous et lorsque nous sommes re-passés en fin d’après-midi
pour faire la photo à la belle lumière, le site semblait dégorger de toute la
gente touristique présente à Siem Reap l’après-midi, à croire que la rotation
se faisait suivant l’axe du déjeuner… Ce qui plaisanterie mise à part ne serait
pas étonnant car le tourisme chinois est d’importance sur le site et l’on
sait que leurs circuits sont encore plus expéditifs que les nôtres. Le temple
d’Angkor Vat est probablement pour beaucoup le seul endroit d’Angkor qui soit à
leur programme avant de passer à autre chose en prenant par exemple l’avion
pour sauter à 500 kilomètres de là ! Je déforme à peine, viendra un jour
où ils auront 5 semaines de congés par an ce qui leur donnera le temps de le prendre.
Revenons à ce pourquoi
nous sommes là. Ces sites sont passionnants à découvrir, comme l’avait été
Borobudur et Prembanan à Java, et le
joli trésor Thaïlandais qu’est le petit temple khmer de Pimaï, réplique
d’Angkor, pour ne citer que ces trois exemples voisins. Sauf que le site
d’Angkor est vaste car multiple, hindouiste ou bouddhiste.
Ce matin par le
menu :
ANGKOR VAT : Dans
ses beaux restes, c’est le temple «montagne» dans toute son exemplarité, c’est
donc le plus illustre, le plus spectaculaire des temples d’ Angkor et l’on
comprend son succès touristique : un ensemble monumental construit dans un
gigantesque rectangle de 1 kilomètre 500 sur 1 kilomètre 300, la tour centrale
s’élevant à 55 mètres du sol, au milieu d’autre tours répondant d’une symétrie
parfaite s’élevant à 31 mètres. Statuaire importante en grande partie disparue,
bas reliefs remarquables en plusieurs tableaux qui s’enchaînent sur 800 mètres
et tout le reste suivant cette démesure, murs d’enceinte, et douves immenses,
esplanades multiples, etc.
Alliance exceptionnelle
de la spiritualité hindouiste et de la symétrie, Angkor Vat est une réplique miniature de l’univers. Le
Roi Suryavarman II (XII ème siècle) en est le constructeur pour servir de
temple avant qu’il ne devienne son mausolée.
Enfin, nous y avons
retrouvé nos amis les singes, pas trop pour Anne qui reste rancunière de quelques
agressions à son encontre.
BANTEAY KDEI :
Imposant monastère bouddhique du X ème siècle, construit sous Rajendravarman,
entouré de cinq murs concentriques sur une emprise au sol de 500 mètres par
700. Largement en ruines, la tour centrale n’avait en fait jamais été terminée.
En face un grand bassin d’ablutions de 800 mètres sur 400, réservé au roi et à
ses épouses… On ne peut s’empêcher de penser qu’il y avait assez de place pour
qu’il puisse se marier avec toutes les belles filles de la communauté !
TA PROHM : Un
temple, en réalité le monastère du Roi Jayavarman II, fin du XII ème mais abandonné rapidement à la jungle… Le coup de
cœur comme pour tout le monde. Séduction totale par cette nature désordonnée qui
est venue envahir la construction ordonnée de l’homme, l’ordre et le désordre
pour une alliance d’une autre vraie spiritualité. Cette jungle a été «mise au
pas» depuis mais reste l’essentiel, d’énormes fromagers venant de leurs racines
pénétrer et enserrer la construction pour l’étrangler à la manière d’un serpent
constricteur avec le paradoxe de la consolider.
Comme pour le reste,
des pans entiers de la construction en ruine.
A notre demande de
restaurant, notre tuk tuk- man nous a proposé une gargote du coin pour nous
sustenter, surtout retrouver un peu l’ombre et le calme. En fait, nous nous
sommes retrouvés assis au milieu des souvenirs, des tee-shirts, sacs à mains,
étoles et tout ce qui peut se vendre à un touriste, ces gens sont formidables,
la cuisine est sous une tôle à l’arrière, et la boutiquière fait à manger. A
côté de nous un couple de Japonais nous
a-t-il semblé.
Et requinqués, nous
avons ainsi poursuivi notre programme cette après-midi :
TA KEO : Petit
temple de la même époque, celle de Jayavarman V, au Xème siècle, mais très haut
tout de même puisqu’à 50 mètres au dessus du sol. Allure austère du fait qu’il
ne possède aucun ornement. D’un beau grès peut-être difficile à sculpter. Belle
grimpette pour nous, Anne a calé pour la fin de la tour, il est vrai que le
vertige était menaçant.
ANGKOR THOM :
L’autre «grand morceau» de la journée, la cité fortifiée d’Angkor Thom
autrement dit le «Grand Angkor», dernière Capitale de l’empire Khmer construite
par le plus grand souverain des dynasties d’Angkor, Jayavarman VII. Entre ses
remparts disposés en carrés, l’emprise de cette cité et ce qu’il en reste à
travers quelques monuments, couvre plus de 10 kilomètres carrés et aurait été
habitée par un million d’habitants… Nous avons «exploré» le site jusqu’à la
dernière marche si l’on puis dire, notamment :
Les remparts justement avec cinq grandes
portes aux quatre points cardinaux, deux se trouvant à l’Est. Quelques témoins
de la statuaire d’origine dont des éléphants, et, des bas reliefs à l’une de
ces portes, dignes des grands temples du Bouddhisme, version «petit véhicule».
Non loin, la terrasse des éléphants qui servait de tribune pour les cérémonies
publiques qui se déroulaient sur l’esplanade qui lui faisait face. L’enceinte
royale qui contient le Palais Céleste dont il ne reste que deux bassins et les
vestiges d’un temple.
Le Baphuon, qui fût
probablement l’un des plus beaux temples d’Angkor en étant, par la
superposition de ses terrasses, la représentation pyramidale du mythique mont
Meru, mais qui a perdu aujourd’hui son sommet. L’un des flancs, sur toute la
longueur, représentait un gigantesque Bouddha couché dont on devine qu’une
partie de la tête.
Le Bayon, l’autre coup
de cœur, la structure de ce temple forme un ensemble de couloirs voûtés et
d’escaliers escarpés et compte 54 tours ornées de 216 visages monumentaux d’
Avalokiteschvara, Avatar sorti de ne je sais où mais inspirateur spirituel du
monarque, au sourire énigmatique qui ne serait autre que la reprise justement
du visage du Souverain mégalo.
Ce temple fut découvert
alors qu’il sommeillait enfoui dans la jungle mais aujourd’hui la place est
nette et donne tout son lustre à cette construction exceptionnelle de beauté.
Ces temples comprennent
tous plusieurs niveaux, de longs couloirs vous font passer par de multiples
portes qui se franchissent en plusieurs marches, les escaliers pour gravir les
tours ont toujours des pentes plus proches de la verticale que de l’horizontale
avec des marches de fait très hautes pour peu de profondeur… Si les Khmers
d’antan avaient d’aussi petites pattes que les Cambodgiens d’aujourd’hui,
monter au Ciel devait se mériter.
Souvent des escaliers
de bois avec pente un peu moins raide sont là pour rendre les ascensions moins
périlleuses, surtout à la descente, néanmoins nous avons fini cette première journée
sur les rotules, heureusement que nous n’étions pas bousculé par un guide animé
par le rendement, heureusement car nous avons fureté partout.
Ce n’est pas après la
douche, une fois rentrés à 17 heures, que nous étions en état de faire autre
chose que de ne rien faire, d’autant que la ville nous venons de la traverser
pour la seconde fois, le site d’Angkor est à plusieurs kilomètres au Nord de
Siem Reap, et notre hôtel à la sortie Sud.
DIMANCHE 22 : pour
rentrer plus tôt, nous avions convenu de partir dès 7 heures. Direction la
partie Est du site suivant l’option «grand circuit» que nous avions décidée de
faire… Puisque nous ne reviendrons plus à Angkor, il nous reste tant de choses
à découvrir pour ne pas les voir deux fois dans notre vie, sauf exception, il y
a toujours des exceptions !
Nous sommes repassés
devant ANGKOR VAT, ce matin la lumière était plus belle, le tourisme « de
masse » n’était pas encore trop présent sur la longue jetée qui mène à
l’ensemble du site. Puis nous avons longé la muraille d’enceinte d’ANGKOR THOM,
que nue n’avions pas ainsi joliment vue et nous avons gagné plus au Nord les
Temples de ce complément de circuit :
PREAH KHAN : Ce
temple, entouré d’une belle enceinte et de douves comme dans la plupart des
cas, fût construit par Jayavarman II (dont nous commençons à prononcer le nom
sans trop buter) et figure parmi les plus grands ensembles d’Angkor. Ce fût
suivant le déchiffrage d’une stèle, un centre de culte et d’enseignement et
pour ce faire il est dédié à 515 divinités… Et dire qu’il y a une lecture
« monothéiste » tout à fait sérieuse de l’Hindouisme !
Des milliers de
serviteurs assuraient son fonctionnement, en organisant pas moins de 18 grandes
fêtes religieuses par an.
C’est un temple
bouddhique suivant un plan horizontal, ça change, avec un «stupa» à la croisée
d’un ensemble de couloirs qui finissent
presque toujours en éboulement, transformant les lieux en vrai labyrinthe,
c’est presque ludique de le traverser. De magnifiques linteaux sculptés et sur
les murs extérieur des «aspara » (danseuses célestes) ciselées mais nombre
ont perdues la tête pour alimenter les réseaux d’antiquités. Le sourire khmer
même figé dans la pierre à ses adeptes, presque ludique de le traverser. Les
fromagers ont ici aussi pris racine sur et dans l’œuvre de l’homme, les racines
du Ciel peut-être !
Pour accéder, de majestueuses allées bordées
d’alignements de personnages avec des portes monumentales, donnent grand
intérêt au site. La quasi-totalité des têtes sont absentes.
Quand on a eu le bonheur
de vivre l’activité effervescente des
temples Indous comme ceux de
Maduraï pour citer un exemple,
l’on s’imagine sans trop de peine celle qui devait régner ici, d’autant que le
visiteur est rare à cette heure matinale, il est permis de se projeter dans la
fiction.
La journée a débuté par une belle et
intéressante visite.
NEAK PEAN : Un
petit temple bouddhique cette fois-ci, au milieu des bois et de l’eau car
construit par le même auteur sur une île au centre d’un grand bassin entouré de
belles gargouilles monumentales en forme de têtes d’éléphant, de cheval, de
lions et d’homme dont on ne verra du bord que des formes vagues laissées par
l’agressivité du temps.
Peu de monde encore
mais beaucoup d’enfants qui vous proposent déjà leurs petites marchandises, des
femmes pour les boissons et tee-shirts en tout genre. Un quatuor d’éclopés pour
une musique lancinante avec ce qui leur restent comme membre, comme rencontré
hier à plusieurs reprises.
TA SOM : Pas
grand-chose à dire sur cet autre temple
bouddhiste, toujours du même Souverain,
beaucoup plus petit que le premier rencontré ce matin, la pierre, le végétal et
des enfants.
EAST MEBON : De
loin cela ressemble à un temple normal mais de près l’on découvre un espace
gigantesque de ce qui était en fait un réservoir public, avec au milieu
néanmoins le temple hindouiste comme une île de pierres à plusieurs terrasses.
A chaque angle des deux premières, un éléphant pas toujours complet, trompes et
défenses ont eu du mal à résister au temps depuis son constructeur, Yasovarman
II, toujours lui.
PRE RUP :
Construit par Rajendravarman II au Xème siècle, c’est un temple montagne de
forme pyramidale qui comprend cinq tours en forme de lotus aux derniers des
niveaux. Son nom qui signifie « tourner le corps » laisserait à
penser que sa fonction était les cérémonies de crémations.
En dehors du fait que
les parties construites en briques (un matériau que nous avons rencontré
plusieurs fois ce matin), soient en mauvaise état d’aspect, l’on constate que
l’appareillage en pierre à souffert de ses défauts de construction. En effet,
ces temples doivent en très grande partie leur mauvais état dans le fait que
les blocs, principalement de grès, soient posés les uns sur les autres,
souvent sans même une disposition en
quinconce et surtout sans aucun clivage les unes entre elles. Par bonheur la
région ne doit pas être des plus sismiques mais les assises n’ont pas du faire
l’objet de l’attention nécessaire pour supporter de tels poids. Des sculpteurs
hors pair mais des architectes plus inspirés que maître de leur art.
Comme Pharaon a envoyé Maître Hiram pour construire
le temple de Salomon, il aurait dû à l’époque envoyer l’un de ses disciples
pour former les Indiens et plus de mille ans après les Khmers auraient bâti
comme nos constructeurs de cathédrales… Petite histoire de l’architecture en
raccourci !
Nous avions notre tuk
tuk jusqu’à 16 heures et midi n’avait pas sonné à la fin de notre programme sur
les deux journées, aussi nous entamèrent les négociations pour un supplément de
visites , et moyennant une poignée de dollars en plus (le coco coûte très
cher au Cambodge, 1 dollar le gazole et 1,5 dollar le mélange), nous sommes
partis faire un crocher d’une bonne vingtaine de kilomètres dans la campagne
pour découvrir le plus proche des temples les plus éloignés (!), le Bakong,
pièce centrale d’un groupe de constructions appelé «groupe de Roluos»… Ce n’est
pas parce que nous étions passablement «crevés», avec la chaleur qui avait
repris de l’actualité depuis les 10 heures, qu’il nous fallait renoncer !
BAKONG : Heureuse
surprise de voir ce temple, atteint par une piste de latérite (mais accessible
d’autre part par la route), se découvrir au travers de frangipaniers de bougainvillées roses et blancs… Et au milieu
d’une armée de touristes Chinois, sous les parapluies aux couleurs du bonheur,
souvent le visage dans les linges pour éviter le soleil, derrière un masque
pour la pollution, les verres solaires cachant la vulnérabilité ultime…. Ce qui
n’empêche pas le minishort pour la jeunesse. Il nous fallait «subir» un dernier
assaut pour effectuer notre dernier assaut, celui d’un temple «montagne» dédié
à Shiva et construit par Indravarman Ier au IXème siècle.
Un ensemble très
intéressant : huit tours pas en très bon état, de briques et de grès, sur une
base en grès de 5 niveaux en pyramide, douze « stupas » ça et là, des
éléphants de pierre aux angles… Et nos derniers escaliers
« casse-gueule »… Là comme ailleurs les architectes ont manqué d’instruction.
Sur un côté se mirant
dans les douves, un monastère bouddhique, tel qu’on les fait maintenant et en
activité, la visite fût brève pour terminer sur une note moderne avec la cité
magique d’Angkor, et tourner la page.
Nous avons repris la
route, direction un bon restaurant choisi par notre chauffeur et nous avons
déjeuné sur une terrasse couverte en surplomb de la rivière Siem Reap d’un
excellent plat chacun arrosé d’une «cambodia» l’autre bière locale. Le mien
cuisiné au poivre vert me confortant dans l’idée que certaines recettes de la
cuisine khmère s’élèvent au rang de la meilleure gastronomie.
A 14h, nous étions de
retour à l’hôtel pour une après-midi «relâche» entre les parties communes, la
piscine et la chambre, repas pris sur la terrasse du rez de chaussée.
Demain, notre bus est à
10 heures 30 pour rejoindre la ville de Kampong Cham sur le Mékong en amont de
Phnom Penh, environ 290 kilomètres.
Je ne pensais pas que le touriste chinois s'intéressait aux VAT d'ANGKOR ou d'ailleurs.
RépondreSupprimerCharles
les photos sont magnifiques (surtout celles qui mêlent la pierre des temples et le bois des fromagers, bras de fer entre le minéral et le végétal... moi ça me fait totalement partir même si je suis clouée à mon petit tabouret devant cette toute petite fenêtre) et le récit des sculptures me donne des fourmis dans les doigts, les gradines et les rifloirs... faut dire que je suis à la recherche d'un sujet pour ma prochaine pièce... Merci !!!
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