VENDREDI 2 : a que voila une bonne journée, une super et superbe journée à sillonner la plaine de Bagan en calèche, sauter de temple en stupa et Bouddha est le premier à savoir, si toutefois il y a derrière ce personnage mythique une quelconque réalité ce dont nous doutons plus que fortement, l’Unesco en second, que s’ il y a un endroit sur terre où il lui est fait autant honneur c’est en ce lieu, ici en Birmanie.
Bagan
est le site archéologique le plus important du pays. Les rois d’alors en introduisant
le bouddhisme Théravada dans le centre
du Myanmar, soucieux de donner corps à leur foi, ont construit plus de 4400
temples en 230 ans, entre les XI et XIIIème siècle, avant que les Mongols
envahissent les lieux… Une folie !
Aujourd’hui
il en reste la majeure partie, même après le séisme de 1975 qui secoua
fortement la région en endommageant nombre de temples importants qui furent à
la suite l’objet de programmes de restauration lancés par l’Unesco avec l’aide
des artisans locaux. Certains des édifices s’en retrouvent «corsetés» de
l’intérieur et parfois au cœur même des reconstructions en prévision
d’éventuels autres tremblements de terre.
Hier
au soir, à notre arrivée à l’hôtel, notre «rickshaw» nous a mis dans la foulée,
en contact avec l’heureux propriétaire d’une calèche et nous avions retenu sa
proposition. Ainsi de 9 heures ce matin jusqu’au coucher du soleil, nous nous
sommes faits traîner à l’allure de son canasson à travers les principaux
temples. Suivant une comptabilité précise nous en avons visités pas moins de
18, du plus gros, le «Pahto Dhammayangyi» au plus haut, le «Pahto Thatbyinnyu»
en passant par le plus beau, le «Phaya Ananda».
Sans
entrer dans les détails qui forcément existent pour les différencier et leur
donner leur spécificité propre, il s’agit en général de grosses constructions
de briques en forme de pyramides de base carrée et à degrés formés de terrasses
finissant par un stupa en forme de flèche, souvent dorée. A l’intérieur un
couloir épousant la forme extérieure et desservant aux quatre points cardinaux
des espaces où siège Bouddha dans de gigantesques proportions la plupart du
temps, devant une population agenouillée priant dans des génuflexions
étonnantes, leur modèle d’existence… La population et les touristes car si le
tourisme est à la hauteur du site, le curieux birman voire asiatique en compose
le principal et semble y venir pour nombre en pèlerinage, à pleins cars voire à
camions remplis bien au-dessus des ridelles. Beaucoup de jeunes gens car ce
serait « grandes vacances» en Birmanie.
Qui
dit «tourisme» dit «commerce» et l’on ne peut accéder aux sites qu’en se
frayant le passage à l’armée de petits vendeurs qui en prolongement des rangées
de boutiques sous paillottes, sont avides de placer leur marchandises. Mieux vaut
en prendre son parti pour accepter l’agression qui avec les Birmans reste
douce, il faut le reconnaître.
Trois
poses au milieu de cette journée «hautement culturelle» :
Par
bonheur au détour d’un chemin creux, au sortir d’un village, nous sommes tombés
sur une cérémonie, un peu à l’image de la manifestation à laquelle nous avions
assisté à Mandalay. Défilés d’enfants dans des rites d’initiation, habillés
comme des petites et petits princes, sur des chevaux cette fois-ci et les
familles dans tous leurs atours sur des chars à bœufs. En contrepoint, élection
de la reine et du roi parmi les jeunes gens, musique et régalade pour tous en
accompagnement inévitable.
La
seconde fût la halte «repas» dans un oasis de tranquillité au centre et
pourtant loin de la campagne poussiéreuse et écrasée sous la touffeur de cette
journée de mars.
La
troisième, une petite récréation chez un des artisans d’objets en laque,
spécialité chinoise mais aussi birmane en cet endroit : fabrication de l’objet,
en bois de tek ou de bambou; enduisage, peinture et ponçage, les trois mamelles
du laqueur, dessin et gravure pour compléter et finir le travail. Reste qu’au
pays de la pauvreté, le résultat reste cher à l’acquisition surtout pour ceux
qui n’ont pas de place dans leurs sacs et besoin de rien
Le
clou du spectacle de Bagan, c’est le «sunset» sur la plaine et son immensité de
temples. Un dernier temple «le Buledi», l’un des rares sur lequel l’escalade
est possible, je dis «escalade» car vu la raideur des escaliers qui permettent
de rejoindre les terrasses c’est le mot juste, et c’est en surplombant
l’immensité que nous avons assisté au coucher de l’Astre, jetant ses derniers
feux sur l’univers de stupas de Bagan.
Et
notre cochet nous a ramené à notre hôtel, et nous avons pris une douche méritée
et bien nécessaire, et nous avons été diner au resto d’à côté, qui en deux
repas est devenu «notre cantine»… Et à près de 23 heures Anne dort les lunettes
encore sur le nez devant TV 5 Monde, et moi, dans la position du Bouddha couché
je vais aller la rejoindre au royaume des songes.
SAMEDI
3 : comme nous en avions l’intention, nous avons démarré la journée en douceur,
et en musique, car au moment d’aller prendre le petit déjeuner vers les 9
heures, sous une sorte de véranda qui fait kiosque à l’autre bout du jardin de
notre guesthouse, une sorte de motel avec plusieurs bâtiments sans étage
compartimentés en chambres avec petite terrasse devant chaque, ce qui serait
très bien si l’entretien suivait, une cérémonie passait sur la route, avec gamins
à l’honneur et jeunes filles en fleurs, et tout le «tintoin».
C’est
Anne qui avait eu l’idée des vélos, et à peine 200 mètres faits nous avons
rebroussé chemin pour en louer deux et nous sommes repartis sous le ciel gris,
temps couvert sur Bagan ce matin, lumineux cependant, le paradoxe des pays
chauds. Objectifs : le marché dans le centre de Nyaung U ; rejoindre au Nord du
bled la grève où nous avions débarqué l’avant veille ; dénicher un restaurant
où passer un bon moment ; trouver en route, à un moment ou à un autre, un cyber
café pour mettre à jour le blog et visiter en clôture un temple imposant qui de
son énorme stupa doré émergeant de la cime des arbres, nous nargue presque
depuis notre chambre.
Non
seulement il y a une atmosphère d’Inde en Birmanie, du moins de ce que nous
avons vu jusqu’ici car nous pensons que les choses devraient être différentes
plus au Sud, mais il y a aussi quelques similitudes avec l’Afrique noire. Le
vaste marché témoigne parfaitement de cela si l’on fait abstraction de la différence
de peuple. Des étals tout de guingois posés sur le terre battue quand les
marchandises ne sont pas posées à même le sol sur des bâches en plastique
partant en lambeaux, et produits posés en vrac sans souci de présentation. Si
une bonne partie du marché est protégé par une toiture en tôle, ce n’est qu’une
mosaïque de «dépenaillures» qui prend le relais pour le reste, mais rien
lorsque le marché déborde sur le parking terreux. Ce qui change, c’est ce
peuple de Birmanie au visage lumineux.
En
poussant plus loin nous avons retrouvé la rive de l’Irrawaddy, plongée dans
l’inactivité relative, il n’y a pas à tout moment un bateau au long cours qui
part ou qui arrive, et les petits passeurs
ne suffisent pas à créer l’effervescence. Quelques boutiques sous
paillottes avec des hommes somnolant dans des chaises longues de bambous, en
attendant la reprise des affaires. Ici comme ailleurs sous les tropiques la
nervosité n’est pas de mise. Au bout de la grève un pauvre village de pêcheurs
fait de bois et de bambous sous tôles, quelques femmes lavent le linge à la
rivière, des enfants sautillent et courent par jeu.
Sur
le plan que Anne n’avait pas oublié d’acheter à notre arrivée, en payant les
dix dollars nous permettant d’accéder aux sites, j’avais repéré l’existence
d’un super «resto» donnant sur le fleuve et force est de constater que la
grande terrasse couverte du dit établissement s’est montrée si accueillante que
nous y avons déjeuné avant de reprendre le chemin pour passer à l’épisode
«internet» et ce n’est qu’au deuxième cyber café qu’Anne a pu en une bonne
heure mettre à jour le blog, par contre les quelques mails complémentaires que
nous avions l’intention de passer n’ont pas pu partir… Les Chinois nous ont
«emmerdés» avec leurs restrictions des services Google durant les deux semaines
écoulées et là ce sont les galonnés Birmans qui freinent le débit de la toile.
Le
haut débit était du côté du ciel car durant la même heure, et nous avons eu de
la chance, il a plu comme «vache qui pisse», le Berrichon en est resté à cette
poétique image pour parler de pluie tropicale qui est du genre plutôt rare
entre Bourges et Châteauroux. Par contre les vaches y sont légion. Et ce n’est
que lorsque les deux débits se sont taris que nous avons repris nos bécanes
pour rejoindre par des chemins sablonneux bien détrempés, notre quartier, au
Sud de l’agglomération, là où il y a notre guesthouse et en face la «Paya
Shwezigon» qui associe ruine, pagode et monastère en pleine activité, sans
parler de la cohorte de marchands et surtout de marchandes car ce type de
commerce est surtout exercé par les femmes, grosses joues encadrant toujours un
beau sourire, la taille ceinte par l’inévitable sarong, le longyi comme appelé
ici, et un bagou de marchandes de cravates.
Retenons
l’énorme et néanmoins élégant stupa, tout de peinture dorée et de feuilles
d’or, les cours occupées de beaux bâtiments aux toits découpés tout aussi
dorés… Et pour ne pas changer, des bouddhas partout !
A
16 heures «à la maison», avec la chance d’être passés à travers les gouttes, et
il en a tombé encore par la suite, nous nous sommes laissés glisser
tranquillement jusqu’au diner, pris sur la terrasse couverte de «notre
cantine», sous le portrait de la belle Aung San Suu Kyi. Hier en croisant le
propriétaire des lieux, je lui ai exprimé mon contentement de voir son portrait
affiché dans sa salle et tout fier il est allé me chercher un grand dessin au
crayon qu’il avait commis et qui la «portraitisait» de manière plus ou moins
adroite, si je puis dire, en me déclarant son admiration à son encontre… Parce
qu’elle aimait le peuple.
Nous
a manqué notre petit divertissement du soir, à savoir la présence de notre
petit et distingué «chef de rang». Pète sec mais souriant, haut comme trois
pommes sans être tout jeune, juste une tête de plus que vous lorsque vous êtes
assis, bien coiffé et petites lunettes, chemise blanche écornée et nœud
papillon fatigué, gilet marron clair avec pince dans le dos, pantalon noir et …
Tongs poussiéreuses dans les pieds !
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