DIMANCHE
12 : Anne s’est dite sereine, de mon côté un fond d’inquiétude m’habitait
et dès 11h30, nous étions en attente à la gare routière depuis une petite
heure, il me tardait de voir notre «sleeping bus» pointer son nez… Et il le
pointa à dix minutes de midi et la moitié du poids sur l’estomac disparut,
l’autre moitié quelques minutes plus tard, les bagages dans la soute. Pour la place se fût un peu
plus compliqué, non seulement le bus n’avait pas la même configuration que celle
que nous pensions mais les places réservées se trouvaient en bas et plutôt en
arrière plutôt qu’en haut et plus vers l’avant. Pas de «chiotte» en prime,
notre Daewoo n’était pas du dernier cri. Qu’importe nous étions dans ce
«putain» de bus et c’était l’essentiel.
Evènement
aimable, le couple de jeunes Japonais qui avaient été nos compagnons d’aventure
dans le mini-van de la veille, et avec lesquels nous avions échangé quelques
mots entre œillades de solidarité dans le péril, se retrouvaient dans «le
plumard» d’à côté. Ils avaient achet leurs
tickets de bus à Udomxaï, comme quoi c’était possible contrairement aux informations du Lonely-Planet, avec cependant
le risque qu’il n’y ait plus de place ce que nous ne pouvions nous permettre. Une
petite Equatorienne faisant ses études supérieures en Chine à proximité pour
composer avec nous un quintette de
voyageurs noyés dans une population chinoise criarde et montée sur des ressorts.
Le temps
que l’équipage avale son repas en 50 minutes, nous sommes partis dans un «
bordel» sans nom augurant d’un voyage mouvementé mais les choses se sont un peu
calmées par la suite. Nous avons repris très rapidement de l’altitude et avons
commencé à jouer à «saute-montagnes» cette fois-ci, et comme de se faire
véhiculer dans la position quasi allongée n’est pas faite pour supporter
agréablement une route de jour - une bonne route à deux voies avec le même
spectacle végétal et humain déjà décrit depuis que nous sommes dans le Nord du
Laos, des gens peut-être plus typés, dans les villages des faciès chinois plus
en abondance - le passage des frontières fût la bienvenue pour marcher un
peu, une fonction plus normale en pleine journée.
Les
passages, le Laos d’abord et la Chine après, nous a pris 1 heure et demie, sans
complication. Les Chinois y sont allés d’une fouille rapide de nos bagages, et
la douane et la police des frontières se sont montrés plutôt aimables en nous
souhaitant la bienvenue, une jolie fliquette dans son uniforme vert et sous sa
casquette, plutôt grande, m’a même dit avec un sourire plein de ses belles
dents blanches, que Paris était romantique, Florence aussi (qu’elle situait en
France), et Blois. Pour rappel des agences de voyages chinoises organisent des
mariages et lunes de miel dans nos
fameux châteaux de la Loire… Et après avoir avancé nos montres d’une heure (le
décalage), nous sommes repartis. Le paysage s’est révélé moins montagneux de
l’autre côté, beaucoup de plantations sous voiles plastiques, des bananeraies
sur plusieurs hectares avec chaque régime protégé dans un sac, des plantations
d’hévéas dont certaines en production… La Chine en marche.
Une petite
heure après, nous arrivions à Menglun, première ville de ce nom après la
frontière, une cité qui sort du passé pour entrer dans le modernisme, où l’on
nous a gratifié d’une heure pour dîner, ce que nous fîmes entre nous cinq, dans
un restaurant du coin à 100 mètres de la gare routière. Du riz frit avec du
porc et de l’œuf, émincés plus ce qu’il faut pour relever le tout… Sans qu’il
ne sorte du bol pour autant ! Dans une théière en fer qui avait sans nul
doute connue la jeunesse de Mao, du thé
comme il se doit.
La nuit
était largement tombée avant de reprendre le chemin de Kunming, à nouveau dans
«le bordel» car nous avions fait un petit changement de passagers. Quelques
kilomètres plus loin, Anne a noté sur une borne le chiffre de 674 kilomètres
pour rallier notre but, et puis que faire dans la nuit lorsque vous êtes
allongés et bercés dans un bus, même à 19 heures 30 vous cherchez le sommeil,
après avoir avalé un demi-somnifère… Et ce ne fût d’autant moins facile que
nous étions installés sur les roues.
***
REMERCIEMENTS ***
L’actualité
de l’Indochine Française a fait partie de mon enfance de fils de militaire, et
mon père gendarme a été à deux doigts de rejoindre en 1954, à quelques mois de
Dien Bien Phu, ce qui allait plus tard devenir le Vietnam , mais c’est dans le
Pacifique que «Dame fortune» l’a envoyé, sa famille dans son sillage.
Une fois
le conflit terminé, à son retour un précieux ami de la famille qui n’avait pas
bénéficié de la même chance, m’avait donné une photo de buffle dans les rizières
et un billet d’une piastre des années 50 que j’ai conservé comme une relique
depuis cette fameuse année 54, je n’avais pas neuf ans... 58 ans plus tard,
après la découverte il y a 10 années de la Cochinchine, de l’Annam et du
Tonkin, nous venons Anne et moi, en traversant le Cambodge et le Laos, de faire
le tour de cet Extrême Orient autrefois « français », qui nourrit tant
de fantasmes par le passé dans nos esprits et nos cœurs d’occidentaux… C’est ainsi
que pour moi une petite porte ouverte dans l’enfance vient de se refermer avec
bonheur.
Après la
route du Cambodge, nous publions celle parcourue au Laos, une évolution
géographique du Sud au Nord cohérente, pour des peuples, parce que forgés par une
histoire différente en dehors du trait d’union colonial, qui ne se ressemblent
guère.
Quelques
idées fortes pour résumer notre appréciation : le peuple Cambodgien sans
aucune hésitation, sa gentillesse et sa beauté, les plus beaux enfants de la terre ; le Nord du Laos
dont chaque paysage ou presque ressemble aux premiers matins du monde dans la
lumière du matin ; le Mékong, ses rivières et le peuple de l’eau quelque
soit la latitude où il vit et nous n’oublions pas notre «coup de cœur» passé
pour le delta ; l’ incontournable Angkor en oubliant bien vite l’agression
touristique.
Nous
retrouvons avec plaisir la Chine que
nous avions rejointe par le
«Transsibérien» il y a quelques années, dans ce Yunnan que nous ne connaissons
par contre pas. Au Sud, c’est le juste prolongement des Nord Vietnam et Laos,
au Nord ce sont les marches du Tibet, toutes premières terres du Mékong, ce
fleuve que nous remontons «à grandes enjambées».
Nos
remerciements renouvelés à tous ceux qui par la lecture, les commentaires et les
mails nous ont accompagnés tout au long de notre route. Avec le plaisir que
nous avons à regarder les nouvelles diffusées sur «TV 5 Monde», ils sont «la corde de rappel affective» de nos
escapades dans les ailleurs.
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