DIMANCHE
18 : nous étions à peine arrivés au village pour prendre notre bus que nous
avons vu arriver Koko dans sa belle chemise. Contre toute attente, il était là
pour nous dire un dernier «au revoir» avec un petit cadeau pour Anne. Nous
n’oublierons pas que si la Birmanie à quelques côtés détestables, elle a
aussi matière à séduction, comme par exemple
la gentillesse de ses populations, toutes ethnies confondues.
Ce matin
notre bus était aussi déglingué que celui de l’aller, un peu plus confortable
de siège peut-être, nous ne savons plus très bien, toujours est-il que nous
sommes arrivés vers 12 heures 45 soit 6 heures de route pour 190 kilomètres, avec
deux arrêts d’une petite demi-heure chaque, presque 40 kilomètres/heure de
moyenne ce qui n’est pas si mal compte tenu des conditions de circulation. Même
route à l’envers, même contrôle des mouvements des étrangers à chaque
déplacement (il faut toujours donner le numéro de son passeport à l’achat de chaque
ticket de bus, données déposées au chek-point à chaque sortie de ville), mêmes
paysages avec la montagne au départ, la plaine humide des bras de l’Irrawaddy
ensuite, quelques rizières bien vertes
Voyageait
avec nous un couple de Niçois de notre âge en voyage sur quatre mois, arrivés
par le même bus que nous à Ngwe Saung et descendus dans le même hôtel, donc
croisés à de multiples occasions dont le dîner partagé d’hier au soir, et nous
avons ce matin décidé de descendre dans le même hôtel qu’ils avaient eu la
précaution de réserver… Eux. Les rues de Rangoon en milieu de journée de ce
dimanche étaient très calmes et notre taxi pris en commun est arrivé en un
temps record à notre hôtel, le May Shan Hôtel, cette fois-ci en plein centre
ville à deux pas de la pagode «Sulé», l’articulation «dorée» entre quartiers
des quatre points cardinaux.
Demain
nous verrons mais ce soir nous sommes dans une chambre sans fenêtre, toute en
carrelage du sol compris au plafond… Pas d’autre choix, une grande première
pour nous. Mais nous avons Tv 5 monde et surtout «internet» et la «wifi», et vu
le courage qui nous animait, après notre installation, nous avons passé le
reste de l’après-midi à mettre à jour nos petites écritures, avant de mettre le
nez dehors avec nos nouveaux compagnons de route pour un dîner amélioré avec
nappe et serviettes en tissu dans le restaurant d’un grand hôtel à proximité, joyeusement
complété pour une fois par une bonne glace dans un bistro «branché» juché au 20ème
étage d’une tour d’où l’on peut admirer les lumières de Rangoon.
LUNDI 19 :
une chambre très petite et sans fenêtre ; l’appel à la prière de la mosquée d’à
côté ; des oreillers «bibendum» suivant la coutume asiatique, le genre à vous
faire dormir le regard braqué sur vos orteils ce dont vous n’avez que faire dès
lors où vous savez qu’on ne vous les volerons pas dans votre sommeil et que
vous fermez les yeux par principe de toutes les façons; une clim qui vous tombe
sur la tête à vous inciter à garder votre chapeau et un extracteur d’air
silencieux comme un robot de cuisine ; ajoutons la guigne sur l’indigeste
gâteau, la mélodie d’un perforateur à 8 heures pour des raisons de travaux au
dernier étage… Pour 39 dollars une nuitée ça va, mais pour trois «bonjour l’andouillerie»,
pour rester poli, ce qui n’est pas tout à fait évident en pareille occasion.
A 9 heures
nous étions à arpenter le quartier à la recherche d’une guesthouse ou d’un
hôtel plus conforme à nos attentes. En matière de guesthouse, avis aux amateurs
d’adresses «poubelle», nous avons un vrai choix à leur proposer. Désolé pour
nos amis Indiens, mais dans le domaine ils sont imbattables !... Du coup nous
avons foncé à «l’hôtel Central», le grand hôtel où nous avions dîné hier au
soir. Nous avons eu bien du mal à arracher la dernière chambre à prix correct
et nous sommes dans le super confort pour 50 dollars, super «p’tit déj» annoncé
inclus, il nous fallait finir dans le confort pour dorer un peu plus l’image
que nous voulons conserver d’une Birmanie qui a plutôt peiné à nous séduire au tout
début.
Dans cet
ordre d’idée, nous avions décidé de rejoindre le lac Kandawgyi plus au Nord, un
grand lac naturel bordé d’un beau parc, l’ensemble situé dans un rare quartier
résidentiel de Rangoon. Ce lac Royal, traduction de Kandawgyi, l’est
véritablement dans sa belle verdure se mirant dans ses belles eaux, ce qui
tranche avec le reste d’une ville très souvent salement bétonné et aux
trottoirs défoncés et surpeuplés. Dans
une belle bouffée d’oxygène, nous avons déjeuné au bord de l’eau avant de
rejoindre notre quartier par le chemin des écoliers, une longue marche qui nous
a fait découvrir un marché improbable que l’on pourrait, suivant un clin d’œil à
une célèbre enseigne française, appeler «les vieilles galeries», dont l’allure
est plus proche d’un vieux cargo rouillé, échoué sur le récif et envahi par les
crabes que d’un grand magasin dont un ensemble d’escalators depuis longtemps
immobilisés dans la crasse témoignent pourtant du passé.
Le
quartier est à la même image, les rues ressemblent à des «cités de la joie»,
grouillant d’habitants qui vivent d’autant plus dans la rue que leurs murs ne
peuvent tous les contenir pour la vie diurne. Comme il y a autant de monde dans
la rue que dans les étages, à défaut d’ascenseur le «monte et descente-charge»
se fait par les ficelles, chaque appartement dispose de la sienne, avec un sac
en plastique en guise de nacelle qui navigue entre le bas et le haut.
S’il y a
des pagodes partout, des temples indous et chinois, une synagogue même, il y a
aussi de nombreux temples et églises chrétiennes, au passage nous avons assisté
à un morceau de messe catholique, bellement chantée par une population indienne
touchante de religiosité. Il y a longtemps que nous n’avions pas vu d’église
aussi remplie au point que de chaque côté les parvis étaient «chaisés» comme
des travées, les hommes endimanchés et les femmes dans leurs plus beaux saris,
l’œil de Shiwa entre les deux yeux à l’instar de la vierge Marie, son rejeton
de sauveur de l’humanité dans les bras, qui dans un syncrétisme de bon aloi se
retrouvait de cette manière «indiennisée» pour mieux séduire.
A deux
pas, la gare de Rangoon, vieux vestige anglais qui n’a pas du recevoir un seul
«sou» depuis qu’ils sont partis, les trains birmans ont la réputation de rouler
au pas, à voir l’état des voies et celui du matériel roulant, l’on imagine le
divorce inéluctable que produirait la vitesse entre les deux parties du couple
ferré.
Il y a dix
jours, nous étions assez fatigués par les mauvais transports du pays pour
apprécier véritablement notre premier séjour à Rangoon , à ce second, notre
semaine au bord de l’océan d’où nous revenons, nous a redonné une telle «pêche»
que nous «voyageons» la ville avec la séduction au cœur, à la croisée de l’Asie
du Sud-Est, du Sous-Continent Indien et de la Chine, la Birmanie offre entre
ses ethnies, les chinois et les indiens justement, un melting-pot des plus
colorés et, nos réserves mises à part… Des plus sympathiques. Cette ville, même
à travers ses quartiers «poubelles» dégage une certaine séduction à qui sait
ouvrir sa sensibilité.
Le soir
nous avons retrouvé «les Niçois» au dîner au même endroit qu’hier, au
restaurant de ce qui est devenu notre hôtel entre temps, et nous avons prolongé
la soirée à philosopher jusqu’à une heure tardive, sur l’étrangeté de la «la
bête humaine» qui dans sa grande diversité peuple dans un si grand désordre de
conscience et de «rituels» cette minuscule planète qui est la nôtre… Créée par
un grand horloger ?
Pas Suisse
en tout cas !
MARDI
20 : le bonheur que cette chambre, bonheur complété par un break-fast à la
hauteur du bon standing de cet hôtel propre à nous faire vivre nos derniers
jours birmans dans la sérénité… De fait nous étions à 10 heures frais et dispos
pour «attaquer» le big bazar de Rangoon, maintenant à deux pas de «chez nous»,
et nous y avons fait nos dernières emplettes en prenant tout notre temps. Break
déjeuner dans le patio du super resto-boutique que nous avions déjà fréquenté
et après avoir déposé nos paquets à l’hôtel nous avons filé d’un coup de taxi
au musée installé dans la maison où vécu la famille de Aung San Suu Kyi.
De ce
musée, nous n’avons vu les toits de la bâtisse qu’à travers les branchages des
arbres du jardin, car il était fermé. Alors qu’il restait ouvert aux étrangers
tout en étant interdit à la population histoire qu’elle aille nourrir le culte
du Père ailleurs, force a été de constater que les grilles étaient cadenassées
pour tout le monde… Anne en était toute dépitée. Pour une poignée de fifrelins
de plus à la course, le taxi nous a déposé devant la Paya Shewedagon, non pour
la revoir mais pour une balade dans un parc voisin, curieux mélange de «jardin
d’acclimatation» et de «parc mickey»
dans une version autant désuète que désespérante de niaiseries et de
mauvais goût, ce qui va souvent de pair...
Mais
voilà, le secret du bonheur est de savoir se contenter de ce que l’on a à
disposition, du moins dans un premier temps, et pour l’heure les gamins qui ont
un peu les moyens y viennent faire quelques tours de pauvres petits manèges ou
se confronter à quelques machines électroniques tout autant d’un autre âge. Reste
à être branché «poésie» pour regarder tout cela avec un air attendri, d’autant
que le jardin est joli entre décrépitude des installations et louable
entretien.
Toujours
dans le même quartier, face à la splendeur de la Paya Shewedagon : l’autre,
celle que j’avais taxé de «pipi de chat». Il est vrai qu’à comparer la Paya
Wizaya, construite par «la junte» en 1980 histoire de s’attirer les bonnes
grâces de la population, mérite à peine le détour, raison de la gratuité pour
les étrangers de son accès probablement, sauf que l’intérieur réserve la surprise
d’une belle décoration peinte, dont le plafond décoré d’un étonnant zodiaque
bouddhique.
Comme nous
n’avons probablement pas assez marché tout au long de ce voyage, nous avons
rejoint le centre ville à pied à travers le patchwork immobilier de la ville au
lustre passé entre béton moderne plus utilitaire que fantaisiste, et béton
lépreux, entre villas récentes et baraques d’autrefois. Notre route nous a fait
passer par le marché du matin et c’est par hasard que nous sommes «tombés» sur
la peinture que nous avions vainement cherchée entre deux achats en début de
journée, un petit coup de «calme-soif» au passage et hop, direction notre bel
hôtel pour y couler le reste de l’après-midi, entre ordinateur, TV 5 Monde et
tri complémentaire de nos affaires pour ramener nos sacs aux normes acceptables
de poids.





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