jeudi 2 février 2012

VIENTIANE



MERCREDI 1 : à 6 heures 20, notre hôtesse a allumé les plafonniers, à 30 les roues du bus bruissaient sur la caillasse de la gare routière de Vientiane, curieuse impression d’une gare à allure de désordre dans un pays qui nous a paru vivre le contraire.

Avec chacun un demi comprimé de somnifère nous avons dormi comme des loirs alors que nous redoutions le pire, dans ce drôle de bus aménagé de deux rangées de lits superposés, chaque couche large de 1 mètre environ étant pour deux, mieux vaut être amoureux dans ces cas là. Avantage : le gain d’une journée, mais inconvénient : nous n’avons rien vu d’un paysage que nous pensons néanmoins guère différent de celui déjà parcouru, de surcroît notre «Lonely Planet» ne révèle aucune vrai curiosité à voir ou à vivre dans le centre du pays, néanmoins c’est un petit regret de n’avoir pu faire la route de jour, pour voir qu’il n’y a rien à voir !

 Une fois les sacs déposés dans un coin de la réception, les chambres ne sont disponibles qu’à midi, nous sommes partis petit-déjeuner et après une petite réunion au sommet entre nous deux pour faire le point sur notre route et sur la façon avec laquelle nous allions organiser nos deux journées à Vientiane, nous avons pris un tuk tuk en direction du Musée National Laotien comme premier objectif. Un musée installé dans l’ancienne direction de la police coloniale, un bel immeuble du genre, où nous avons passé une bonne heure à vivre le Laos depuis le néolithique à nos jours, en passant bien entendu par l’histoire coloniale, la montée du communisme Laotien pendant la guerre d’Indochine et le triste épisode de la guerre du Vietnam tellement sortie de ses frontières qu’il s’avère que le Laos fût le pays au monde qui ait été le plus bombardé. Des milliers de bombes jonchent toujours son territoire et font un mort en moyenne par jour. Au rythme actuel du déminage, il faudrait 150 ans pour rendre le pays totalement sûr.

Bien entendu le Pathet Laos à travers une propagande on ne peut plus visible, vante sa révolution et ses faits d’armes à travers une collection de vieux clichés mais «y a photos» et le mérite aux chefs n’est pas usurpé. Tout à fait intéressant.

Encore une fois il est prouvé qu’un peuple ne peut, dans le temps, en asservir un autre par la force et malgré cela il y a encore des Politiques qui vendent le contraire aux leurs. Pire, des crétins qui applaudissent des deux mains.

Un retour à pied nous conforte dans l’idée que ce Pays est tout à fait à part dans ce Sud-Est asiatique. Il  y règne un ordre que l’on ne rencontre pas ailleurs, avenues larges et ombragées, rues propres, trottoirs en bon état, des poubelles partout, des bâtiments pas délabrés quand ce ne sont pas de beaux édifices, pas de misère rencontrée, pas de foule grouillante et exubérante, tout cela tranche avec le voisin du Sud. Néanmoins la vie semble rester à la décontraction et sans être aussi souriant que le Cambodgien, le Laotien est charmant et prêt à rire dès que l’on fait «le singe». Mon avis non partagé par Anne, le charme en prend un coup.

Nous avons acheté nos tickets de bus pour l’étape suivante auprès d’une petite agence proche de notre hôtel, ce sera un mini-van… Et nous avons récupéré notre vaste chambre, bien 30 mètres carrés, parfaitement équipée, et avec des fenêtres sur deux côtés de sorte que nous avons la vue sur la ville et à la fois sur le fleuve. Le hall a un peu vieilli mais classe, et comme c’est un hôtel boutique, l’antiquité s’affiche partout. Une bonne lessive pour Anne et une bonne douche pour nous deux, un repas dans le restaurant voisin et nous sommes repartis de plus belle à l’assaut de la ville : quelques beaux temples en chemin dont un avec un beau bouddha de 6 mètres 50 pour la nourriture spirituelle et pour l’estomac, un arrêt dans une pâtisserie française pour y boire un vrai expresso avec un bon gâteau comme chez nous. Vu la célèbre «foun-taine» en travaux, le palais présidentiel aussi, l’ambassade de France bouclée à double tour, l’église catholique fermée comme souvent… La maison du Seigneur doit être aux 35 heures… Et quelques belles boutiques ouvertes !

Puis nous avons rejoint notre quartier en longeant la rive du Mékong où venait de s’installer un marché de nuit que nous avons traversé d’un pas on ne peut plus lent, jusqu’à notre hôtel. Un exemple d’ordre, d’organisation, la multitude de stands à la structure tubulaire identique, une même toile rouge en couverture, l’on se croirait presqu’en Europe pour un marché de noël. Etonnant Laos.

Est-ce  parce que nous montons en latitude, mais aujourd’hui nous avons eu une température idéale, d’autant plus confortable que nous savons ces pauvres Français dans l’obligation de ressortir les vieux «Damart» de la naphtaline… Ah ce réchauffement de la planète, c’est fou comme ça jette un froid !

C’est à deux pas de notre «Inter City Boutique hôtel» que nous avons dîné sur le trottoir, dans une presque petite fraicheur, d’un super beau poisson «barbecueté» avec de bonnes frites françaises, un autre bienfait qui décidemment concerne aussi la bouffe, arrosés d’une «beerlao» bien fraîche… Des fois la diététique on lui dit merde !

JEUDI 2 : avec un breakfast comme ça dans le ventre, l’on est paré pour l’épreuve, mais ce n’est pas une raison pour dépenser ses forces bêtement en partant à perpette à pied et c’est en tuk tuk que nous avons rejoint l’Arc de triomphe laotien.

A Vientiane il y a un arc de triomphe comme à Paris, vu de loin c’est presque pareil, vu de près le style néo-khmer fait la différence. Construit dans les années 60 avec un béton américain prévu à l’origine pour construire un aéroport il a comme sobriquet  « la piste verticale ». D’en haut, l’on y voit la ville à 360° et principalement la large avenue qui ramène au centre ville, face au Palais de la présidence. Anne n’est pas complètement d’accord avec moi qui pense que l’inspiration urbanistique des «grands frères de l’internationale» est patent… mais pas épatant !

D’ailleurs, dans le style d’ici, de gros immeubles semble signifier une démonstration de puissance du régime.

En revenant, nous nous sommes arrêtés au Centre Culturel Français pour y rencontrer la cousine d’une de nos amies, mais nous l’avons loupée à 48 heures près alors qu’elle était en poste depuis 7 années. Pas de chance mais nous avons passé un bon moment avec un de ses collègues laotien, et un aussi bon à assister aux répétitions d’un groupe français de «fanfare-rock» qui préparait pour ce soir un concert… De concert avec des musiciens de la fanfare de l’armée laotienne… Et vive la musique qui réunit les cœurs !

Cap, toujours sur le chemin du centre, sur les marchés : celui des tissus, tissage de soie, vêtements mais aussi bimbeloterie en tout genre pour en composer l’autre mamelle commerciale ; et plus loin des produits frais, sauf qu’un nouveau et géant bâtiment est en construction et que le marché par dans tous les sens dans l’attente en cornaquant les trottoirs… Enfin ça sent l’Extrême Orient de Papa ! Et puis Anne nous a fait un caprice. Nous étions passés hier devant une pizzéria et je crois bien qu’elle a passé la nuit à en rêver, un vol de pizzas dégoulinantes de fromage fondu, un truc pas trop compliqué à guérir et nous avons fait une entorse au «manger local». Pendant que nous y étions le «sundae» est venu compléter l’évasion culinaire… Anne cale au riz !

Deux sites visités dans la première partie de l’après-midi :

Le Vat Si Saket pour commencer, un temple du début du XIXème d’influence siamoise. Un superbe temple à colonnes entouré d’un cloître tout à fait élégant, l’ensemble renfermant… 6400 statues du bouddha, non je ne fais pas d’erreur de zéro ! Rien que dans une multitude de petites niches sur les parois du cloître, viennent se loger plus de 2000 bouddhas d’argent et de porcelaine, au-dessous sur des sortes d’étagères qui courent le long des murs, plus de 300 de grandes tailles et je fais grâce de la comptabilité restante.

Le Pha That Luang pour continuer et finir, car autant terminer notre découverte de Vientiane par le monument national le plus important du Laos, qui symbolise à la fois la religion bouddhique et la souveraineté laotienne, malin non ! Sur une emprise au sol de près de 70 mètres sur autant, une forêt de stupas dorés à quatre pans, en terrasses concentriques et surmontés d’un stupa géant à quatre pans aussi, entouré de feuilles de lotus, le tout doré. La flèche à quatre côtés ressemblerait à un bourgeon de lotus allongé pour symboliser la croissance d’une graine de lotus germant au fond d’un lac vaseux pour fleurir à la surface, métaphore du passage de l’ignorance à l’illumination par le bouddhisme… Le profane n’y verra probablement qu’une grosse pâtisserie dorée.

Comme la chose était assez loin du centre de Vientiane, Le tuk tuk qui nous avait véhiculés nous a attendus  pour nous ramener à l’hôtel et c’est tout naturellement qu’à l’arrivée nous nous sommes montrés curieux  de savoir pourquoi notre chauffeur parlait si bien le français.

Notre «Monsieur» de 56 ans, il est vrai distingué dans sa mise ordinaire, est tout simplement médecin, il l’a été pendant sept années en Ouzbékistan, mais aujourd’hui il préfère chauffer le tuk-tuk pour gagner plus. Nous ne nous sommes pas étendus sur les décennies écoulées mais nous avons fort bien compris qu’il ne les avait pas vécues simplement, et que la ville n’était pas aujourd’hui facile pour le citadin, la croissance du pays l’entraîne à  répondre aux charges qu’engendrent le progrès. Si le «politique» (appelons-le comme ça) lutte contre la misère et développe les campagnes, il est sévère et pour ne citer qu’un exemple, le chômeur chronique serait menacé de prison !

Si le choix de changer de nationalité m’est demandé, je ne choisirai peut-être pas « laotien » !

Un retour à la chambre à 16 heures nous a complètement convenu, et nous a permis, Anne dans son livre électronique et moi sur mon cahier informatique, de faire relâche en attendant de voir si le poisson de ce soir sera aussi goûteux que celui d’hier au soir. Et puis nous ferons un petit tour de foire, à la fraiche, les stands aux marchandises de toutes sortes commencent à se monter suivant un rituel qui semble immuable… La mécanique de l’existence.

Demain, départ à 9 heures 30 pour Vang Vieng plus au Nord sur le Mékong, trois heures de route seulement.









1 commentaire:

  1. chauffeur de tuk-tuk... ça m'ouvre des horizons.
    Anne et son sundae... ça me rappelle des souvenirs malais.
    Pascal

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