SAMEDI
4 : s’il faut aller à Phon Savan, c’est avant tout pour découvrir «la
plaine des jarres», c’est aussi pour prendre la mesure de ce qu’ont été les
bombardements américains sur cette région qui a eu le privilège d’être l’une
des plus arrosées en la matière. Mais, nous l’assurons, c’est autant pour
parcourir les 220 kilomètres de Vang Vieng à Phon Savan, à travers le Laos des
profondeurs… Une route superbe, le plus beau trajet routier que nous ayons fait
depuis le début de ce voyage.
Un bon
point pour rattraper notre petite déception concernant notre étape passée que
nous avons ce matin abandonnée sans aucun regret. D’un côté nous avons fait la
route qu’avec des «falangs» (français au départ et blanc par extension),
contrepartie du mini-van fréquenté que par nous «les blancos» (bien que notre chauffeur ait essayé de
racoler sur le passage du «Laos» pour combler les places vides mais sans trop
de succès en dehors d’une jeune femme qui a fait avec nous quelques kilomètres
armée de son gros sac de concombres et d’une bassine), mais d’un autre nous
étions tous les deux confortablement installés à l’avant, avec le chauffeur, le
coude à la portière pour moi. Comme des «pachas», nous avons amplement profité
du spectacle. L’on nous annonçait 8 heures et nous n’en n’avons mis que 5 et
demie malgré l’infinité de côtes et de virages.
Une route «spectacle»
mais défoncée, la continuité de la mythique nationale 13 qui va jusqu’à Luang
Prabang, qui nous menait à la croisée des chemins, là où nous avions à
bifurquer vers l’Est, là aussi où notre chauffeur avait décidé que nous
«cassions la croûte», des pâtes archis bouillies pour Anne et la soupe à l’eau
de vaisselle pour moi, un plat typique lao. Voilà ce que cela peut donner :
après une grosse vaisselle d’une dizaine de personnes ayant mangé tous
différemment, vous récupérez le fond de votre évier de tout ce qui traîne comme
déchets d’assiette, vous rincez bien pour enlever toute trace de savon, vous
récurez vos gamelles avec de l’eau bouillante pour obtenir le bouillon, vous y
plongez vos restes d’assiettes, une cuillère d’huile pour faire les yeux et
avec tout ça vous obtenez une soupe lao pas mauvaise du tout. Si vous ne savez
pas maitriser l’idée que cela peut vous suggérer, vous manger en regardant le
plafond !
D’ailleurs
ce qui était vendu sur le petit marché d’à côté ne dépareillait pas.
Cap à l’Est
pour la deuxième partie du voyage et là, la magie est montée au fur et à mesure
que la route, devenue meilleure, faisait de même. Notre mini-van grimpait en
caracolant de flanc de montagne en flanc de montagne à nous retrouver dans un
massif gigantesque à l’image d’un océan vert qui se serait déchaîné en une
houle infinie. Une géographie superbe, une pastorale montagnarde à la Beethoven,
la nature d’autant chantante que l’homme n’était pas loin puisqu’en territoire
des «Lao Thoeng», les Lao des Hauts plateaux, et des «lao Thaï» leurs jumeaux
des plaines de haute altitude. Nous serpentions d’un regroupement de maisons à
un autre comme d’autant de petits hameaux, habitat de bois, de paille et de
bambous ; greniers à riz et constructions diverses. Ainsi notre route qui
était en même temps l’axe de la vie sociale du village, imposait de faire avec
les gens, les enfants, la basse-cour et les cochons, les chiens… La circulation.
Sûr
qu’aujourd’hui samedi c’est «jour de la lessive», linge et vêtements au séchage
pavoise comme un nuancier le long de notre parcours et avec le soleil qui a
fait son apparition depuis le début de la matinée, donnedes airs de fête à la
journée.
Et puis nous
sommes redescendus pour rejoindre de virage en virage un vaste plateau cerné de
montagnes que le lointain colorait de bleu, et rapidement apparut Phon Savan
perdue dans les montagnes, loin des axes
principaux du Laos, la nationale 13 et le Mékong.
Côté
positif, nous n’avons eu qu’à traverser la route pour rejoindre notre hôtel, un
coup de pot, côté négatif, notre hébergement n’est pas folichon, à l’image de
la ville : la nationale comme axe
principal un village horizontal que l’on devine partir en quartiers sans âme
d’un côté comme de l’autre, des constructions sans style, un commerce
utilitaire, décidemment nous avons du mal à nous laisser séduire par les
agglomérations de ce pays. La spécialité de la région, en dehors du site
archéologique des jarres, c’est «la bombe» et toute la collection des engins de
mort qui l’a accompagnéé. Dans notre hôtel du reste est exposée la panoplie
complète et les boutiques et restaurants pavoisent parfois d’élément de la
sorte. Un curieux effet qui s’explique en Orient baignée par la philosophie
bouddhiste aux effets bien éloignés des sentiments pleurnichards entretenus par
nos religions du livre.
Si, un
truc drôle, une sorte de centre de soins, installé dans une grande boutique, une
huitaine de lits avec chacun la potence à transfusion, vides avec des draps
bien propres, le tout aligné, avec l’écran plat de télévision sur le mur du
fond. Sur le côté l’espace pharmacie ou derrière un comptoir les boîtes sont
ordonnées. Une équipe de trois personnes en blouse blanche, donc supposée
médicale, était affairée autour d’un
ordinateur posé sur un bureau disposé en forme d’accueil.
La grosse croix verte de pharmacie au milieu de réparateurs de motos, d’appareils électroniques et de téléphones mobiles : c’est le coin de la remise en état de l’homme et de ses outils, un univers devenu indissociable.
La grosse croix verte de pharmacie au milieu de réparateurs de motos, d’appareils électroniques et de téléphones mobiles : c’est le coin de la remise en état de l’homme et de ses outils, un univers devenu indissociable.
Tout est
visible du trottoir mais ce que nous ne savons pas, c’est si l’homme de l’art
qui officie dans cet établissement ne serait pas en fait un ancien chauffeur de
Tuk tuk, histoire de brouiller un peu plus les cartes !
Nous avons
eu du mal à trouver une agence avec laquelle nous entendre pour le «trip» de
demain, en choix de sites et en prix (ils sont fous ces Laos), partant du
principe que nous voulions éviter la formule mini-van collectif de base. Question
«restaurant», itou la même chose sauf que ce n’est pas cher mais pas de cuisine
alléchante du tout, ce sont des gamins de la rue qui nous ont demandé de finir
nos assiettes que nous n’avions pas terminées, émouvant, seule la bière Lao
était délicieusement fraîche comme le temps de ce soir, Anne avait sortie sa
petite laine.
DIMANCHE 5 :
Hier nous avions discuté le prix pour trois, un partenaire inconnu, en arrivant
ce matin nous étions 5 et au moment de partir, enfin, nous étions 7… Moralité
nous étions devenus un groupe comme nous ne voulions pas, que faire d’autre que
de rediscuter le prix à la baisse … Ce fût fait et nous sommes partis pour
la journée.
Au
programme, les deux sites de Jarres des trois des plus importants du plateau,
visites de villages M’hongs, et quelques sinistres séquelles des bombardements.
L’important
c’est donc concentré sur «la plaine des Jarres» et dont les différents sites
sont dans un rayon de quelques dizaines de kilomètres de Phon Savan.
Le site 1
est le plus vaste en contenant 334 jarres groupées sur une petite colline et
sur un de ses versants. La plus grande
fait plus de 2 mètres 50 de diamètre et pèse environ 6 tonnes. Le site est
criblé de cratères de bombes et si la zone est en principe déminée, seuls 7
sites le sont sur 90 répertoriés, il est conseillé de ne pas s’écarter du
chemin balisé.
Nous avons
sauté le site 2 jugé comme mineur (le mineur se saute et le démineur fait
sauter : facile à retenir), au profit du 3 qui a l’avantage de se situer
sur une colline arborée mais au milieu des rizières, un plus «beauté» même hors
saison. Les jarres y sont plus petites, moins nombreuses mais joliment en
perspective.
Dans la
région il reste environ 2500 jarres avec quelques couvercles. Elles sont donc
confectionnées dans de la pierre brute, taillée en forme de jarre et évidées.
Les archéologues estiment qu’elles datent de l’âge du fer du Sud-Est asiatique,
entre 500 et 200 ans av JC. Mystère quant à leur objet même s’il est assez
évident de penser qu’elles forment autant de nécropoles que de sites existants,
ce qui correspondrait bien aux pratiques animistes qui étaient en vigueur çà et
là, et encore de nos jours au Sulawési par exemple où le peuple Toraja loge ses
morts dans des cavités creusées dans les falaises. Certaines peuplades des
Andes conservaient leurs défunts, momifiés dans de grands pots en terre cuite.
Nous ne
retiendrons pas grand-chose de nos visites de villages M’hongs, la sympathie de
leurs habitants qui aujourd’hui ont tout abandonné l’habit traditionnel qui
nous avait charmé il y a 20 ans lorsque nous les découvrions dans le nord de la
Thaïlande. A noter que dans un village, quelques familles se sont fait la
spécialité de fondre l’aluminium récupéré des bombardements pour couler des
bracelets en forme d’anneaux, et curieusement des cuillères. Sans faire fortune
leur travail serait très bien récompensé par des ventes sur les marchés,
reposant sur des sentiments de compassion. Ca et là les corps de bombes sont
intégrés au paysage, pilastre de portail de bambou, support de grenier à riz,
que sais-je encore.
En passant
nous avons vu des coins de campagne truffés de trous de bombes, des bombes dont
la propriété était de rentrer dans le sol et d’y exploser pour tout ébranler.
Certaines explosent à retardement de nos jours provoquant au Laos, morts et
estropiés comme c’est aussi le cas au Cambodge. D’ailleurs notre véhicule s’est
fait bloquer quelques instants sur la route, une équipe de déminage était à la
tâche. Une bombe découverte dans le sol d’une rizière, à une centaine de mètres
de nous, que l’on entendit exploser bruyamment. En passant des hommes étaient
en train d’éteindre les feux de paille provoqués.
Plus loin
un vieux reste de char d’assaut russe, un matériel livré au Viet Cong et recédé
par ces derniers aux Laotiens et détruit par une bombinette de l’oncle Sam…
Voilà qui fait la fortune des marchands d’armes, chars d’un côté et bombes de
l’autre, à croire que la guerre n’existe que pour ces gens là !
En allant
dîner, nous avons jeté un petit coup d’œil à l’association MAG (Mines Advisory
Group), qui tient « show room » en ville, association dont faisaient
partis nos démineurs et démineuses de cette
après-midi. Les Chiffres sont édifiants. Plusieurs pays financent, les US
aussi… Formidable non !
En
revenant notre centre de soin avait un patient, couché mais tout habillé, le
docteur «House» du coin lui posait une perfusion. A côté du malade, son copain
assis sans précaution sur les draps propres du lit d’à côté. Dans la boutique,
aux pieds des lits, une motocyclette. Bonjour la prophylaxie… Il faut vraiment
être malade pour se faire soigner là !
Demain
c’est encore un mini-van qui nous emmènera à Luang Prabang, un rendez-vous
attendu. Se présenter à 8 heures 30, c’est juste en face, pour un départ à 9
heures… Au mieux.
Impressionnants, les jars. On imagine les oies, quand elles sont pleines (elles aussi).
RépondreSupprimerAvez-vous remarqué combien mes commentaires idiots donnent du relief au blog intelligent du sieur Christian ? De là à penser que je suis payé pour...
Pascal