VENDREDI 10 : pour changer, ce soir nous avons posé nos sacs dans une «cabane bambou » grimpée sur de hautes pattes au milieu d’un jardin fleuri avec vue sur la rivière en contrebas. Dis comme ça, c’est le rêve sauf que l’équipement est spartiate, ce bungalow «à la tahitienne» n’est pas tout jeune. Nong Khiam est un gros village assis au milieu d’un écrin de montagnes, «en banquette» sur les deux rives d’une rivière sublime, avec un grand pont de plus de 250 mètres pour relier les deux morceaux. Une petite route asphaltée transversale, trouvant de part et d’autre son passage dans les montagnes, la dessert, mais en arrivant par la rivière on a l’impression d’arriver à un bout du monde.
Du petit quai d’embarquement, où s’entassent les bâteaux à l’amarre, un énorme escalier aux marches démesurées mène aux maisons. C’est un vaste chantier de terre, tout est si défoncé que Nong Khiam donne l’impression d’avoir été victime d’un bombardement à retardement... C’est le monde moderne qui avance avec les buses d’évacuation des eaux, caniveaux et trottoirs qui font leur apparition. Une excellente chose pour les habitants que l’on imagine vivre dans une gadoue indescriptible à la saison humide.
Quant au site, il est deux fois plus magique que celui de Vang Vieng, à vous donner l’envie de vous enfoncer encore d’avantage dans ce Nord Laos époustouflant de beauté.
Nous venons de rallier ce trésor de paysage en 8 heures de navigation épique, à slalomer sur 114 kilomètres entre bancs de sable et rochers et à faire du «saute-rapides» à vous filer un petit coup d’adrénaline à chaque fois même si ces derniers restent modestes par rapport à ce que l’imaginaire pourrait supposer. En faisant un large détour, la route existe bien entendu mais nous doutons fort avoir eu le même plaisir que d’avoir remonté le Mékong, pendant les deux premières petites heures, et la Nam Ou le reste du temps, dans un cadre toujours montagneux, souvent de falaises et de pains de sucre karstiques nous annonçant déjà la Chine… Un petit air de baie d’Along terrestre pour ceux qui connaissent.
L’eau signifiant en Asie plus qu’ailleurs la vie, c’est donc en prime d’avoir eu le plaisir inlassable de la contempler une fois encore au fur et à mesure de notre progression, enfants tous nus virevoltant de santé dans la rivière, femmes à la lessive et sur le tard au bain, hommes à la pêche… Des scénettes de multiples fois décrites. Comment imaginer en nos contrées, un enfant d’à peine 10 ans, tout nu, seul sur une petite pirogue avec sa rame au milieu de la rivière, à un moment où nous n’avons vu strictement personne pendant de longues minutes de navigation !
Des jardins sur les berges quand elles le permettent, des vaches qui regardent les bateaux en l’absence de train, des buffles à la baignade.
Si la vie d’ici peut être vécue comme un long fleuve tranquille, la Nam Ou ne l’est pas plus que le Mékong , tranquille, son cours est régulièrement perturbé par un lit aussi souvent caillouteux que sablonneux et surtout par de nombreux rochers émergeants ou pire formant de hauts fonds engendrant des passages de rapides devant lesquels il faut être à son art pour les remonter. La technique est qu’il faut prendre son élan en poussant le moteur à son maximum et choisir le bon endroit pour ne pas y laisser sa coque et surtout, passer.
Notre bateau était une sorte de «longue queue» à moteur fixe, d’environ 8 à 9 mètres de long pour à peu près 1 mètre 20 de large, le pilote à la proue et les passagers répartis de chaque côté et tournés vers l’avant, un étroit passage entre les sièges. Les bagages entassés à l’arrière. Nous étions plutôt nombreux ce matin et notre bateau était chargé, 14 passagers, le pilote et son assistante, une femme un peu replète, jolie comme une Cambodgienne et avec des bons «biscoteaux» car dans le courant et à plusieurs reprises, elle a sorti sa rame pour redresser avec énergie et adresse notre bateau.
Ce qui ne nous a pas empêché de quelques fois talonner ni même de nous échouer. En plein rapides, notre moteur pourtant à fond, a refusé l’obstacle à la manière d’un cheval prenant peur au moment de sauter une barrière, et le courant nous a déportés sur un lit de caillou. Branlebas de combat, de lutte contre les éléments, nos deux experts de la navigation fluviale en ces eaux, ont sauté à l’eau justement, bouts en mains, afin d’éviter la dérive, et, juste le temps d’enlever les chaussures, tout le monde a suivi, avant de rejoindre, eau à mi-cuisse, le sable brûlant de la rive devant une palanquée d’enfants hurlant de plaisir.
Ainsi avons-nous fait bien 300 mètres dans les broussailles, pieds nus, pour nous retrouver un peu plus en amont de la rivière à rejoindre notre bateau qui avait été tiré à bout de bras par notre vaillant « capitaine » et son aide, qui sans barguigner se sont remis de leurs efforts en vidant sous nos yeux leurs gamelles de riz, assis en tailleur sur la dune. Voila la vie simple, personne n’avait été averti qu’il fallait être ainsi prévoyant, sauf que Anne a toujours de la ressource, et nous avons calmé nos estomacs émotionnés avec des gâteaux secs, des bananes et des mandarines.
30 minutes après nous repartions à l’assaut de la rivière… Pas toujours tranquille !
Par bonheur nous étions plutôt bien assis. Si la plupart des passagers se sont «payés les 8 heures de tape-cul», le postérieur sur un banc de bois et les reins contre l’intérieur du plat bord, notre «flûte enchantante» était équipée de 6 sièges individuels dans le sens de la marche, dont 4 parfaitement rembourrés, et nous en avions chacun un… Ce qui ne nous a pas empêché d’être lessivés à l’arrivée, au sens figuré mais aussi un peu au sens propre car si nous n’avions pas bénéficié du cycle lavage, nous avons eu amplement le rinçage… Et la chaleur aidant, le séchage par la suite… C’est-y pas bien tout ça !
De l’autre côté du pont, les lumières d’un restaurant nous ont attirés, et nous nous y sommes jetés sur ou dans nos assiettes, «sur» ou «dans» je ne sais plus très bien, les deux probablement. Nous y avons revus un Suisse en ballade, nous nous suivons depuis le mini-van pris à Vang Vieng, retrouvés dans le même trip à la plaine des jarres, croisés dans les rues de Luang Prabang, cette fois-ci c’est la dernière fois, il remonte vers Hanoï à l’Est et nous prenons la direction de l’Ouest.
Comme il va être bientôt 22 heures, je vais «fermer boutique» et plonger dans notre grand lit à ressorts y rejoindre la Miss qui «pionce» depuis 90 bonnes minutes… Ca n’a pas de résistance ces gens de la ville !
Pendant ce temps là le ventilateur ventile tout en faisant danser la moustiquaire qui est restée pliée au tressage de bambou du plafond. Demain il faut que nous attrapions le bus local à destination d’Udomxaï , plus à l’Ouest sur le chemin de la Chine, ou un mini-van qui partirait à 11 heures à ce que nous avons compris, nous verrons ça au petit déjeuner demain matin.
j'ai compris ton truc. Tu es un ruminant.Tu broutes du voyage et des aventures pendant la journée et tu les régurgites le soir sur ton blog. Tu dégustes 2 fois. En prime, tu nous laisses les reliefs, qui sont encore assez goûteux.Sans la poussière, la chaleur, les nouilles recyclées et en plus gratos ...on aurait tort de se plaindre!
RépondreSupprimerPascal
Vous est vraiment une bande de malade !!
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