MERCREDI 15 : la gare routière «grandes distances» est impressionnante d’organisation en regard de ce que nous avons rencontré depuis un mois, c’est qu’en Chine l’on ne s’amuse plus. Un grand hall avec un parking à bus sur trois côtés et des portes de contrôle partout. Un parc de véhicule en très bon état, des Mercédès et des Volvos, et des marques chinoises qui aujourd’hui «pondent» du matériel qui, au moins en façade, n’a rien à leur envier. Bizarrement pas de bus coréens… Et nous avons fait le voyage dans un Volvo astiqué comme un sou neuf.
La sortie
du Kunming nous a livré la démonstration des ambitions de la ville, des
quartiers entiers sont réduits à des tertres impressionnants de gravois, le
renouveau s’affichant avec un futurisme sans complexe. De larges artères sont
d’ores et déjà en place et les noeuds aériens autoroutiers sont en chantier
pour relier toutes ces voies. A comparer notre cher Haussmann faisait dans la
dentelle.
Et c’est
donc par l’autoroute que nous avons ralliée Xiaguan, encore appelé «nouveau
Dali» en usurpation au nom de la veille
ville de Dali, située à 14 kilomètres plus au Nord, véritable pépite
touristique. En fait nous avons cheminé dans un large sillon, parfois s’évasant
en petit plateaux, dans le massif montagneux, entre la voie ferrée et
l’ancienne route tout au long de laquelle s’égrainent de jolis villages et de
petites villes. Ce qui est remarquable, c’est l’évolution de l’habitat, souvent
«fermier» dont chaque unité est bâti suivant une disposition en carré, à savoir
un grand bâtiment d’habitation avec un étage; au fond, de chaque côté un bâtiment
agricole de construction identique, sans étage, pour le reste un haut mur de
ceinture avec une grande porte parfois ornée d’un portique. Les plus anciens
sont en terre, la génération suivante est en brique, peinte en blanc, souvent
avec les arêtes en gris ardoise. Les toits en tuiles «canal», les lignes
faitières courbes aux extrémités à la manière des pagodes. Sur les murs des façades
et des pignons, des cartouches ronds ou rectangulaires dans lesquels
s’inscrivent des caractères chinois. Des frises décorées voire de fresques
illustrées de paysages. L’Unesco tombe là-dedans et classe toute la région «sans
coup férir», sans exclure la moindre parcelle, d’autant que les bas de
montagnes sont sculptés de terrasses plantées, comme toutes les zones plates
qui forment un damier irrégulier de champs qui alternent différentes cultures
allant du vert foncé au jaune «colza»… Un enchantement pour les yeux.
Après la
traditionnelle halte sur une aire de parking où nous attendaient de quoi nous
vider la vessie et nous remplir l’estomac, nous sommes arrivés en début d’après-midi
à Xiaguan , le temps de négocier un mini-van lilliputien comme savent fabriquer
les chinois, nous étions à 15 heures à la guesthouse sélectionnée sur le guide,
à Dali «old town», qui par bonheur avait une chambre de disponible en train de
se faire nettoyer. Une guesthouse installée précisément dans une maison de
ville, d’inspiration architecturale de celles décrites.
Pour
revenir sur l’arrêt «toilettes», je me dois de signaler qu’un Occidental se
heurte en Chine à un petit problème de pudeur à vous «couper la chique». A cet
arrêt précis, tout était carrelé, ce qui est déjà un signe de modernisme, et
presque propre, ce qui est un signe d’installation qui ne remonte pas à la
dernière dynastie, et gratuit, ce qui n’explique pas cela. Pour les «hommes», à
la place des urinoirs vous trouvez un caniveau, chacun grimpe sur la marche et
tout le monde pisse dans la rigole. Pour la grosse commission c’est pareil,
même installation mais il faut être à cheval, un pied de chaque côté et l’on
pousse l’un derrière l’autre avec cependant des murets d’un mètre pour éviter
que celui de devant ne vous dépose sa marchandise sur les chaussures. La
dimension «musicale» n’est pas à déconsidérer, bien que je fus en présence d’instruments
à vent uniquement, notre chenapan de Mozart aurait aimé. Pas de paroles, mais
des bruits étouffés pour «pousser», plus aigues de soulagement avec au milieu
les raclements habituels de gorges. Selon Anne pour les femmes c’est pareil.
Avantage, pas de porte qui se coince, ni de verrou qui ne marche pas. Ca c’est
la version moderne car nous avons souvent rencontré des toilettes où «la dépose»
se faisait côte à côte !
Nous
sommes ici en territoire «Bai», un peuple à l’histoire riche et qui a donné
durant des siècles du fil à retordre à l’Empire Céleste qui n’a réussi à
absorber qu’au XIVème siècle cette région qui après avoir été bouddhiste de la
première heure était devenue musulmane. Du reste ce qui parfois n’est pas sans
poser quelques problèmes, il y a encore une bonne partie de la population de la
région qui se réclame de cette religion… Pourquoi pas, il y a bien des Chinois
catholiques et même juifs !
De son
histoire Dali a conservé une partie de ses murailles et quatre superbes portes
situées aux quatre points cardinaux. A l’intérieur un quadrillage de rues en
damier, chacune étant bordée de maisons anciennes, les plus animées de
commerces aux façades en bois avec petit étage d’habitation sous les enseignes
peintes en lettres d’or, le tout sous toitures de tuiles rondes. Pendouillent
de partout des lampions chinois rouges. Une ambiance de kermesse, des milliers
de badauds dans les rues, des Chinois essentiellement. Nous avons réussi à traverser
la ville de la porte Sud à la porte Nord sans rencontrer le moindre touriste
occidental, entre ces deux extrémités : 1 bon kilomètre et demi sans
exagérer.
Nous nous
posons à Dali deux jours, pour demain nous avons acheté une escapade pour la
journée qui consiste à faire le tour de l’immense lac sur la rive duquel nous
nous trouvons, et après-demain nous poursuivrons la découverte de Dali, à peine
entamée en cette fin d’après-midi.
En
attendant «dodo» sous la couette car il ne fait pas très chaud dans notre
«piaule», nous venons de nous apercevoir qu’il n’y avait même pas de chauffage,
juste une couverture chauffante, alors que nous nous trouvons à 1900 mètres
d’altitude et entourés de sommets aux crêtes enneigées de plus de 4000
mètres !
JEUDI 16 :
journée jubilatoire autour du lac Er Hai. La trouée entre montagnes, qui nous a
permis de cheminer jusqu’ici, s’évase en plaine étroite pour laisser place à un
lac d’altitude de 42 kilomètres de long et de 6 de large, qui en aval ira mêler
ses eaux avec celles du Mékong. La ville de Xiaguan est à l’extrémité Sud et le
Dali «historique», où nous sommes, donc à 14 kilomètres plus haut sur la rive
Ouest, large et plantée alors que la rive Est, est en pied de massif sur une
bonne partie de sa longueur. Lac très poissonneux avec plus de 40 espèces, «pain
béni» pour la population pêcheuse et piscicultrice. Elle y pratique même encore
à la traditionnelle pêche au cormoran.
Nous avons
fait cette circonvolution dans le sens des aiguilles d’une montre suivant 7 arrêts
principaux sans compter les haltes d’opportunité :
* Visite de Xizhou, un petit village de 10.000
âmes, c’est comme ça en Chine, avec de vieilles maisons «Bai». Des ruelles
pavées d’une propreté exemplaire avec des portes qui ouvrent sur des couloirs
communs qui desservent des patios autour desquels se répartissent des bâtiments
d’habitations, chaque patio abritant une famille toutes générations regroupées,
environ 20 personnes en moyenne, au milieu du bazar habituel, des chiens et
parfois des chats, nous avons vu de la volaille et des vaches. Sur la place des
dizaines de camelots et de gargotes avec tables et gens qui se restaurent le
nez dans le bol de riz. Vu de curieux «boulangers» qui fabriquaient à la chaîne
de fameux pains fourrés de viande et d’épices, en forme de pizza. Dans les
échoppes, tous les petits métiers qui ont disparu de chez nous. Dans les rues,
sur les chemins, des charrettes à ânes.
* Visite à
Zhoucheng d’une fabrique de batiks (nous avons retrouvé la fabrication des
nappes que nous avions achetées à Simataï au pied de la Grande Muraille, il y a
quelques années), et visite du marché local aux couleurs de la population «Bai».
Sur une place directement sortie d’un film sur la Chine d’autrefois, sous deux
gros arbres bicentenaires, des étals d’une rusticité émouvante, de beaux fruits
et beaux légumes, de la viande découpée à la demande à croire que les bestioles
étaient venues « à pattes» le matin même.
* Visite
du petit temple de Jiang Wei, en bout de lac, où de vieilles bigotes locales se
dévouaient à un panthéon si nombreux de Dieux et d’Avatars, au milieu desquels
un Bouddha surprenant (et vive le syncrétisme avec une pincée de chamanisme),
qu’elles ne doivent pas avoir assez de la journée pour en faire le tour. Il fallut
faire montre de dévotion en joignant les mains sous peine de les jeter dans la
consternation et y aller de notre petit billet.
* Visite
du village de pêcheurs de Shuang Lang où nous avons pris un bon thé au bord de
l’eau, après avoir avalé le sac repas (le contenu que l’on se rassure) fourni
avec l’escapade. Nous étions 5, un jeune Allemand, un jeune chinois travaillant à la guesthouse pour traduire les
propos du chauffeur «Bai», sur la tête duquel on aurait pu mettre des plumes
pour le faire tourner un western américain… La démonstration (certes un peu
rapide), comme quoi les Indiens d’Amérique viennent de ces peuples
minoritaires, mais pas des Hans qui représentent un peu plus de 90% des
Chinois.
* Stop
photo de la rive à Hai Yin, devant un petit ilot avec un joli temple posé
dessus, comme ça au milieu des eaux. La poésie chinoise est aussi riche que la
vie du péquin de base est âpre !
*Et pour
boucler notre tour, dernier arrêt à l’entrée de Xiaguan, où la population en
mal de baignade se retrouve sur de grands promontoires qui avancent sur le lac.
Nous y avons trouvé plus de promeneurs que de candidats à la trempette, quelques
hommes d’âge mur, bouée autour de la taille. Le Chinois n’est pas un expert en
natation, nous nous en étions déjà rendu compte sous d’autres latitudes!
Quelques
arrêts d’opportunité en bord de route, disais-je, pour aller à la rencontre des
travailleurs et des travailleuses des champs, où nous avons découvert en partie
le contenu de toutes ces parcelles cultivées, dans le désordre: pois que l’on
peu difficilement qualifier de petits, poireaux, oignons et aulx, plantes à
graines comestibles qui n’ont pas de traduction ni en français ni en anglais,
du colza (nous avions bien vu). J’ai lu d’autre part, qu’il y aurait aussi du
maïs, du coton et du tabac. Bien que nous en ayons une petite idée en ce qui concerne
le passé, nous serions curieux de savoir comment l’organisation de
l’exploitation de la terre se passe actuellement.
Nous avons
vu des arracheurs et arracheuses d’ail se faire mal parler par ce qui semblait
être un encadrement droit dans ses bottes, et ces femmes réagir en lui criant
après, tout en continuant la besogne. Quand l’homme compte si peu, la femme est
vite son égale, comme cette femme sans âge que nous avons vue extraire de la
terre du bord du lac pour en remplir un sac énorme et ensuite le transporter
dans son dos, charge retenue par une sangle cernant son front, avant de la
déposer quelques dizaines de mètres plus loin sur le chantier de construction
d’une maison. Nous avions mal pour elle. Vu aussi peu après, suivant un
contraste saisissant, tout un rassemblement en «habits du dimanche» qui
«banquétait» pour fêter une maison neuve, la cuisine se faisait dans la ruelle
d’à côté… Bref, nous avons «vécu» cette après-midi, la Chine rurale que nous
n’avions vue que de loin lors de notre premier voyage où nous avions «sauté» de
ville en ville, entre Pékin et ShanghaÏ.
Ce soir, nous
étions partis pour manger «indien», donc nous avons trouvé un Chinois qui
faisait «l’indien»… Nous avions envie de curry et de nam au garlic (souvenir,
souvenir…); un peu fort pour Anne, j’ai fini sa cassolette. Pour arroser cela
nous avions commandé un rouge sec du Yunnan. Une fois en bouche, l’oenologue de
chez nous ce serait aussitôt réinscrit à la prochaine rentrée universitaire
pour une formation complémentaire, moi ça m’a rappelé le «noa» de mon arrière
grand-père, au premier contact avec les papilles. Au second… Il n’y pas eu de second. Si la qualité d’un vin est d’être
«long en bouche» celui là fût des plus courts. A oublier, la prochaine fois
nous tenterons sa version en sucré.
La note
totale fût, elle, plutôt salée, 20 euros ici ça commence à être une fortune…
Petite pensée pour tous ces gens qui ont trimé toute la journée pour
probablement ne pas ramener la moitié!
VENDREDI
17 : moins de monde dans les rues de notre «vieux Dali» dès ce matin, visite
même en solitaire, ou presque, de son petit musée. Si les collections sont
intéressantes principalement la série de statuettes de la dynastie Ming, en
gros du 14 au 17ème siècle, le lieu l’est presque d’avantage puisqu’il
s’agit de l’ancienne résidence du Sultan de Dali, composée de beaux bâtiments
entre jardins et cours intérieures communiquant par de jolies portes.
Le centre
de Dali a bien entendu conservé nombre de ses échoppes d’origine, parfaitement
restaurées pour la plupart, mais les rues sont entièrement refaites de belles
dalles intégrant par une suite de larges saignées et de petites cascades les
petits torrents qui dévalent des montagnes environnantes. Tout cela est
complètement beau mais il n’en reste pas moins que c’est du travail à la Violet
le Duc qui a fait fi de l’authenticité comme à Carcassonne et à Pierrefonds. Pour
retrouver un peu mieux l’atmosphère de la Cité, nous nous sommes donc éloignés
des 4 à 5 rues «à touristes», ainsi nous avons passé un bon moment au petit
marché local du matin pour y retrouver la population dans sa vie de tous les
jours. Déniché l’église catholique au fond d’une ruelle, détonnant mélange de
style, construite en 1927, qui connût bien des péripéties comme l’on s’en doute
mais depuis 1998 un regain d’activité. Après être ressortis de la ville hier au
soir par la porte Ouest, il nous restait à découvrir la porte Est, à l’autre
bout de la ville ce qui nous a permis de dénicher de belles et vieilles
maisons, aux toits envahis de mousse… Une promenade hors agitation qu’il nous a
bien fallu rejoindre pour déjeuner autrement que sur le trottoir où mal
installés dans des gargotes éloignées du centre. Et prendre un bon café à une
terrasse et voir passer les gens.
S’y faire
photographier aussi car au milieu de tous ces chinois c’est nous qui sommes
«des bêtes curieuses» ce qui fait tout drôle pour quelqu’un qui ne pense qu’à
photographier les autres. Se faire tirer le portrait comme ça, à la sauvette,
où être invité à poser au milieu d’autres. Le tourisme étranger est ici
vraiment réduit à sa portion congrue si je puis dire.
Cet
après-midi, nous nous sommes faits conduire d’un grand coup de taxi, à quelques
kilomètres plus au Sud, au départ d’une télécabine qui monte et pénètre cette
énorme chaîne de montagnes qui domine le lac vers l’Ouest, les montagnes
Cangshan qui culminent avec le pic Malong, à 4122 mètres.
Nous avons
été surpris de cette envolée dans les airs, avec une belle vue panoramique sur
le lac, à quelques dizaines de mètres de la canopée, que des pins en forêt
touffue, de passer les sommets les plus immédiats avant de plonger dans une
impressionnante faille pour s’y faire déposer au bout de 2 kilomètres 500 de
course. Au fond un filet d’eau qui cascade de rocher en rocher, ce qui doit
être impressionnant en période de pluie. De là partent des chemins de
randonnées dans de véritables canions de verdure et de pierre, faits en réalité
de milliers de marches en granit qui montent et qui descendent pour se faufiler
à saute-torrent.
Comme des
jeunes nous sommes montés aux premiers belvédères, et comme des vieux nous
sommes redescendus par le même chemin, faut dire que pour se lancer à la
conquête des crevasses et ravines, sans parler d’escalade, il faut partir dès
le matin.
Tout ça
nous a fait une journée bien remplie, à 16 heures 30 nous avions rejoint notre
guesthouse sans intention d’en bouger, Il y a moyen de s’y sustenter à
condition de ne pas vouloir être exigeants et c’est tout à fait ce que nous
allons faire dans quelques instants.
Demain
notre bus pour Lijiang est à 9 heures, c’est à moins de 200 kilomètres d’ici, au
Nord-Ouest, et nous continuerons à grimper puisque nous y serons à 2400 mètres
d’altitude.

J'ai bien rigoler sur celle là avec les wc :D
RépondreSupprimerCharles