mercredi 29 février 2012

MANDALAY



LUNDI 27 (suite) : notre vol s’est parfaitement bien passé malgré une montée dans les airs très agitée, à croire que le ciel bas d’aujourd’hui voulait nous renvoyer au sol… Ce ne fût pas le cas et l’avion de la «China Eastern Airlines» est arrivé sans encombre à Mandalay, 10 minutes plus tôt que l’heure de son décollage… En effet nous nous doutions bien qu’en avançant vers l’Ouest nous allions faire reculer la pendule et en arrivant, celle de l’aéroport affichait 90 minutes de moins. Avec 1 heure 20 de vol, nous étions donc bien partis 10 minutes après être arrivés.
Il nous en a fallu beaucoup plus pour nous entendre sur un prix de course raisonnable pour remonter sur Mandalay, l’aéroport est à quelques 45 kilomètres au Sud de la ville, attendre aussi que le mini-van soit complet, et ce n’est que vers 16 heures de la nouvelle heure que nous étions au Silver Swan Hôtel, dans le centre de Mandalay, et qui n’avait l’air de ne pas avoir d’autre chambre de libre que celle proposée. Et demain, il nous faudra changer de piaule pour les deux nuits complémentaires car il est prévu suivant notre «road-book» que nous restions deux jours complets  ici.
Sans m’étendre prématurément sur la route, nous avons été étonnés des premières images de la Birmanie, disons du Myanmar pour respecter l’appellation que les Birmans ont voulu redonner à leur Pays à l’indépendance retrouvée.
Justement avant le dernier conflit mondial, la Birmanie faisait partie de l’Empire des Indes de la Couronne britannique, et le Myanmar en a, à notre surprise, conservé les traces dans l’aspect «déglingué» de la route parcourue et du quartier dans lequel nous nous retrouvons. Dans la pauvreté rencontrée; dans la mise des gens avec les hommes souvent en sarong, il est vrai comme en Indonésie aussi; dans les moyens de locomotion : vieilles voitures, deux roues qu’ils soient à moteur ou pas, d’un autre âge, véhicules hippomobiles et ainsi de suite. Une étrangeté par ailleurs, ici les conduites sont à droite comme par ailleurs en «terres anglo-saxonnes» mais la circulation se fait aussi à droite comme dans les «terres non anglo-saxonnes» comme si à l’indépendance on avait voulu chasser l’Anglais deux fois. Pour ajouter à la confusion, il y a aussi quelques conduites à gauche mais que l’on se rassure, les deux roues ont tous le guidon au même endroit, m’attendant au pire j’ai bien regardé !
Un petit côté «Cambodge» m’avait il semblé tout de suite au premier contact avec la campagne, sentiment vite balayé par le fait qu’il n’y a aucune unité architecturale, de la construction disparate, du bois et du bambou, du béton utilitaire suivant une expression que j’aime bien quand l’utile ne prend pas la peine d’être agréable.
Nous avons été étonnés par les jeunes femmes, avenantes, avec des grosses joues bariolées d’une pâte ocre. Anne a découvert dans notre guide qu’il s’agissait d’une pâte à base d’écorce broyée, il nous reste à savoir si l’esthétique est le moteur de cette pratique disons «moyenâgeuse» pour faire court.
Notre surprise a été de découvrir qu’à l’hôtel, internet était non seulement accessible mais qu’en plus la «wifi» fonctionnait à tous les étages et même bien…Aussi lorsqu’en fin d’après-midi, je suis pédestrement parti à la quête d’une agence de voyages pour voir quelles sortes de prestations, on pouvait trouver, Anne en a profité de faire salon pour mettre notre blog à jour. Bon, ne chantons pas  trop vite victoire, trouverons-nous internet à chaque bled où nous ferons étape, la question reste posée, Mandalay a beau être qualifiée de village, c’est en réalité une assez grande ville.
MARDI 28 : le taxi retenu auprès de la petite agence que j’avais rencontrée hier en fin d’après-midi, était à nous rejoindre, pile au sortir de notre petit déjeuner, à 8 heures comme prévu. Une Toyota en bon état, meilleur que la denture du monsieur qui malgré sa jeunesse avait l’émail bouffé par une espèce de chique de feuilles roulées, qu’il renouvelait en permanence. En début de journée, on pouvait comprendre ses 3 mots d’anglais à travers son sourire violet mais en fin d’après-midi, son grognement devenu, ne pouvait que rester sans écho de notre part.
Le principal est que le programme prévu ait été accompli, dans le désordre: La rencontre avec des artisans, la visite de temples (comment y échapper), celle de l’ancien Palais Royal et enfin la découverte de la colline de Mandalay, seul relief qui s’élève au centre de la vaste plaine environnante, sur laquelle l’homme n’a pu faire autrement que d’y afficher, encore et toujours sa foi.
Passionnants ces artisans comme ces forçats qui passent leurs journées à taper comme des sourds sur un paquet (renouvelé toutes les heures) de feuilles d’or intercalées dans des feuilles de papier de bambou (qu’il faut fabriquer par ailleurs), pour les mincir au maximum. Une fois que c’est fait, la feuille est découpée en 6 et l’on recommence. Tout ça pour dorer les Bouddhas du pays alors que de toute part la population misère. L’Homme est sympathique, j’éprouve même beaucoup d’affection à son encontre, mais Dieu qu’il est «con» !
Passionnant de voir de chaque côté d’une rue consacrée à la taille du marbre par nombre d’ateliers en plein air, des sculpteurs faire «du bouddha» de toutes les tailles et dans toutes les positions. Dans la poussière de marbre les hommes, pas toujours adultes, meulent et frappent, et les femmes polissent.
Passionnant de voir d’autres hommes sculpter le bois à coup de ciseaux et de mailloches, des panneaux décoratifs et des marionnettes à partir des personnages du panthéon bouddhique, voire du ramayana, avec comme étau leurs deux pieds à deux orteils de la frappe.
Passionnant de voir ces femmes assises en tailleur à même le sol, tisser sur des métiers de fortune,  broder avec des fils d’or ou de couleur, des perles, des scènes épiques appartenant à une Birmanie à jamais disparue.
D’aucuns réclameraient la reconnaissance de leur adresse, la notoriété en récompense et là il ne s’agit que de mercenaires de la représentation parfaite d’un modèle, que peut être le chef d’œuvre si le supplément d’âme est absent ? Mais le travail est admirable et l’abnégation de l’ouvrier désolant.
Et puis les temples, creusets de la dévotion bouddhique, un univers étrange pour l’Occidental, exotique, incompréhensible même lorsque l’explication est connue… Comment comprendre l’intensité de la dévotion collective envers un Bouddha, simple modèle de sagesse, guide spirituel et non Dieu rédempteur, tout le mystère de l’Orient. Temples aux parois d’or, stupas solitaires ou alignés comme une armée en position de bataille, dorés ou d’une blancheur immaculée. De ceux visités, en fin de journée nous les confondons, retenons un superbe monastère doré au nom inutile à retenir, bel ensemble d’architecture monumentale en bois ciselé au moindre centimètre carré.
Retenons surtout de cette journée le long moment passé à la pagode Paha Mahamuni qui renferme une statue de bouddha de 4 mètres de haut et qui pourrait dater de plus de 2000 ans. Des milliers de pèlerins défilent pour l’embellir de sa feuille d’or au point qu’il en est complètement boursouflé sur 15 bons centimètres d’épaisseur. Des familles entières arrivent de partout en processions, familiales justement, confiant la destinée de leur enfant à Bouddha, à ce bouddha, allons comprendre. Les gosses en habits de cérémonie sont sérieux comme des premiers communiants et font l’objet d’un véritable mitraillage photographique au point que nous étions nous même sollicités pour les mettre «en boîte».
Bien sûr, les marchands du temple sont de tous les espaces, à comparer Lourdes fait figure de kermesse paroissiale… Oui là, en ces lieux et dans cette dévote foule, nous étions en Inde.
Visité l’ancien Palais et forteresse de Mandalay, ancienne demeure des deux derniers souverains composée d’un véritable complexe d’édifices rouge et or, au milieu d’un immense jardin (plutôt brûlé dans la chaleur de mars, le mois le plus chaud) lui-même à l’intérieur de remparts suivant un carré de 3 kilomètres de longs, nous sommes dans le gigantisme, et de douves toujours en eau… Comme nous!
Grimpés, avec la voiture, sur la colline de Mandalay pour terminer, éminence boisée de 231 mètres de hauteur au pied de laquelle «se vautre» la ville. Toujours des temples et ses bouddhas «en veux tu, en voilà», la foule et la gente commerçante qui va avec. Pour nous encore un instant d’exotisme, surtout découvrir un superbe panorama sur Mandalay plus beau de loin, dans le soleil déclinant, que de près dans la poussière et la pauvreté !
Enfin le meilleur moment de la journée était sûrement de ne rien faire au moment du repas alors que tout continuait de s’agiter par ailleurs, nous avons trouvé refuge dans un superbe oasis de verdure et de tranquillité et nous nous sommes offerts un repas étoilé afin de fêter le 28 février, un anniversaire à nous, il y a 35 ans nous nous voyions pour la première fois dans un troquet des Champs Elysées. Pour un peu de plus notre repas se finissait mal, nous n’avions pas assez de sa monnaie d’opérette, nos dollars étaient trop fatigués et du coup le Patron dépêché sur les lieux a pris nos euros à contre cœur.
A 17 heures, nous étions à notre hôtel, épuisés de chaleur et regrettant presque la froidure du pays tibétain.

MERCREDI 29 : faire de l’argent a été notre premier souci de la journée, les quelques fifrelins récupérés à l’aéroport par un premier change de précaution n’ont pas été au-delà des premiers 24 heures. Le desk de l’hôtel nous ayant fourni l’adresse de la banque susceptible de faire le change, il n’a suffit que d’une bonne marche pour nous retrouver à pied d’œuvre, ce qui ne fût pas le plus compliqué. En effet le moins simple était à venir, supporter le tri de nos dollars rejetés aux 4/5 au prétexte que ceux présentés en premier avaient eu une vie avant d’aboutir dans notre poche, pourtant en dehors de la trace d’une pliure en leurs milieux, nos billets sont en bon état. Du coup de colère contenue, nous leur avons refusés leurs billets de «monopoly» ne les trouvant pas à la hauteur des dollars retenus, et ils se sont mis à trois pour nous trouver des coupures sans pli et non tachés. Ils n’ont pas aimé du tout, se sont même sentis un peu vexés devant l’hilarité des quelques touristes qui faisaient la queue. Sûrement pas très malin de notre part mais ça soulage.
Nous ne savons pas ce qui c’est passé par la suite car nous avions autre chose à faire, assurément rien, que peut-on attendre d’exécutants d’une banque appartenant vraisemblablement de surcroit à la «junte».
Les autres choses étaient de faire un tour de marché à proximité, juste un petit tour car il nous a paru très vaste. Un beau marché comme nous aimons, avec les couleurs, les odeurs, trottoirs et rues  encombrés d’étals et fumant des cuisines ambulantes, foule bigarrée, vendeuse pour une partie et acheteuse pour l’autre dans un ballet totalement désordonné mais répété depuis la nuit des temps … L’immersion dans le bouillonnement humain du Sud-Est asiatique.
Deuxième objectif, trouver un taxi pour rejoindre la petite ville d’ Amarapura à onze kilomètres au Sud de Mandalay. En trouver un de libre c’est aller au devant d’un hôtel, assez simple lorsque l’on a un plan, le plus compliqué est de pouvoir négocier un prix correct et comme le tarif se fait à la tête du client et que la nôtre respire le dollar, nous avons vite compris que la solution de la moto taxi serait la bonne, et ainsi, immergé dans la «sauvagerie» de la circulation nous avons pris la direction de la campagne, une campagne qui ressemble d’avantage à des faubourgs sans fin dès lors où la route est source de vie comme peut l’être la rivière.
Amarapura, ancienne capitale au XIXème siècle dont il ne reste pratiquement rien, est un haut lieu touristique de la région, «because» son célèbre pont piétonnier, érigé en 1849, et qui dans son état premier en dehors de petits tronçons, la plus longue passerelle en teck au monde, excusez du peu !
Un couloir aérien de planches en tek sur piliers de tek, de1 kilomètre 200 de long au dessus des rizières et autres plantations, traversant surtout le lac Taungthaman pour passer d’une rive à l’autre. De chaque côté un village de pêcheurs, des temples et invariablement des échoppes et des gargotes avec le monde qui va avec. Mais ce qui est authentique c’est le trafic incessant des populations qui empruntent le pont, les moines qui vont d’un monastère à l’autre comme si le Bouddha d’une rive était différent de celui de l’autre.
Des bateaux de pêche de chaque côté avec des pêcheurs plus malins que d’autres et qui ont compris que le gros poisson était celui qui avait la peau blanche et le portefeuille bien rempli… Mais tout ça se fait dans la bonne humeur et dans la joie, le Birman et surtout la Birmane sont confondants de gentillesse.
Nous avons bien entendu fait l’aller d’un pas nonchalant et le retour au même rythme non sans nous être «cocalisés» au milieu de l’effort, j’ai failli me laisser tenter par un mulot des rizières cuit au barbecue mais l’envie de nous prélasser dans un fauteuil devant une vrai assiette m’en a empêché, et c’est donc correctement attablé que nous avons dégusté une friture du lac.
Nos petits gars avaient choisi de nous attendre, et à 14 heures ils étaient au rendez-vous, et trois quart d’heure après nous étions dans notre confortable et grande chambre et nous y avons passé l’après-midi à l’ombre et à la fraîcheur. Le programme du jour était court mais fort réjouissant et nous l’avons voulu ainsi. Et puis que voir de plus à Mandalay, un nom à faire rêver pour une ville sans charme particulier.
Comme les deux soirs précédents, nous rejoindrons au 8ème étage le restaurant et nous ferons une veillée courte car demain, c’est réveil peu après 5 heures pour un petit déjeuner à 6 pétantes car le taxi est commandé pour le quart… Direction la rivière, l’Irrawaddy, que nous descendrons jusqu’à Bagan, à 10 heures de navigation.





























lundi 27 février 2012

LE VOL POUR LA BIRMANIE


LUNDI 27 : nous terminons notre séjour Chinois aujourd’hui, notre vol est pour le tout début de cet après-midi, l’avion de la «China Eastern Airlines» doit décoller à 14 heures 5 en direction de Mandalay.
Pour mieux situer notre route à travers le Yunnan, nous en publions le tracé avec la carte. Pour la logique de notre itinéraire depuis Phnom Penh, nous aurions de très loin préféré rejoindre la Birmanie (Myanmar) par la route mais le poste frontière terrestre est fermé aux voyageurs individuels. L’aérien est actuellement la seule possibilité d’entrer dans ce Pays, avec une relative nouveauté, la possibilité d’entrer par Mandalay et de sortir par Rangoon, ou le contraire. Il y a peu de temps, il fallait ressortir par où l’on était entré.
Au Yunnan, nous ayons délaissé le Mékong qui nous avait servi de fil conducteur jusqu’en Chine, il traverse la région mais plus à l’Ouest que la route qui a été la nôtre. C’eut été tentant que d’en rejoindre les rives mais dans le temps qui nous était compté, nous avions plus intéressant à découvrir, Dali, Lijiang et Shangri-La, sans oublier au passage les gorges du Yangzi. Notre premier voyage en Chine avait été plus «urbain», celui-ci fût plus rural, avec une approche du pays tibétain comme cerise sur le gâteau. Nous avons adoré les vielles villes de Dali et Lijiang bien que nous savons que le futur de la Chine ne se lit pas dans ses belles pierres mais plutôt dans ses villes qui deviennent des mégapoles.
Mais la Chine c’est surtout «les Chinois», la jeunesse chinoise instruite et avide de modernité que le passé et le présent «communiste» de leur pays ne bridera pas éternellement. D’ailleurs, si la conduite politique le demeure, que reste t’il de «communiste» dans la vie du Chinois. A la campagne peut être, dans l’exploitation des terres, mais en ville?  Notre monde ne va pas faire l’économie d’évènements politiques inévitables si les honorables dirigeants de la Chine n’entament pas à temps les réformes souhaitables… L’intelligence et la quête du savoir ne peuvent s’accommoder d’absence de liberté. Le business et le commerce tout autant.
Mais pour l’heure oublions la Chine, nous partons pour la Birmanie, du Mékong nous allons redescendre en suivant le cours de l’Irrawaddy, faire la connaissance de ses rives et de ses habitants,  les Birmans que nous allons voir vivre tout au long des trois semaines à venir.

***REMERCIEMENTS***
Comme pour les deux fois précédentes où nous quittions un pays pour passer à un autre, nous tenons à remercier celles et ceux qui nous ont gratifiés d’un petit mot, au titre des commentaires sur notre blog ou par mail, c’est à chaque fois «un petit bonbon» pour nous, mais nous avons pris le parti de ne pas répondre par le même moyen, nous saurons le faire directement au retour.

***AVERTISSEMENT***
Nous avons eu des problèmes d’édition de nos pages en Chine pour des raisons d’inaccessibilité à «Blogger», le service de Google qui nous héberge et en délicatesse avec le régime Chinois, ou le contraire, sauf curieusement à Dali ce qui nous a permis de nous mettre à jour jusqu’à cette étape. Par la suite c’est Marc-Olivier qui a pris le relais à partir des éléments que nous lui avions adressés par mail, internet bien que surveillé ayant continué de fonctionner.
A ce sujet, si nous ne pouvons accéder aux commentaires à partir du blog, nous en avons pris connaissance par le fait que nous les recevons en parallèle sur notre boite «e-mail».
Pour la Birmanie, c’est le problème d’accès à «internet» qui aux dires de ceux qui ont fréquenté le pays, risque tout simplement de se poser. Même si l’air du temps est à l’ouverture, il est peu probable que «les choses» aient évolué si rapidement, aussi nous nous attendons à être contraints au silence… Auquel cas les pages birmanes de notre blog et les photos seront publiées à notre retour fixé au 22 mars.
Mais ""s’est""-on jamais !

KUNMING / SHILIN


VENDREDI 24 : celui qui voyage trouve régulièrement que le monde est petit, de le dire devient même le truisme le plus banal. Il y a une poignée de minutes, nous étions dans le hall du «Camélia Hôtel» en grande discussion avec des Tourangeaux, mieux un couple «Deschamps»  de Saint Hyppolite à 15 kilomètres d’Ecueillé, «mon payse». Ils sont partis de France le 10 janvier, comme nous, et arrivent de Lijiang, sans être montés plus au Nord, donc presque comme nous, après avoir commencé par la Birmanie, donc à l’inverse de nous. En fouillant, sûr que nous aurions trouvé des connaissances communes mais ils étaient en partance pour le Sud du Yunnan, leur taxi pour la gare routière du Sud arrivait, et nous en partance pour… Notre chambre.

Nous allons ressortir dîner, tout à côté, mais notre lit sera le bienvenu ce soir, non que nous n’avons pas dormi la nuit passée dans notre «sleeping bus», mais pendant tout le trajet nous avons été secoués comme des pruniers. Un beau bus chinois rouge comme ils savent en faire sans l’aide de personne. A l’intérieur, trois rangées de lits superposés pour un total de 42 couchettes de 60 centimètres de large chacune au grand maximum. Nous avions hérité des deux places arrière droites avec balancement assuré à chaque virage, et dans un pays montagneux, les virages, c’est le lot de chaque cent mètres !

Donc d’abord il faut «s’amariner» comme si c’était «force 5» et acquérir un réflexe musculaire pour rester dans sa couchette. En bas le garde fou de ma couchette était réduit à rien du tout, juste de quoi me coincer la raie des fesses dans 30 centimètres de barre pour me caler, le nez dans la cloison. Anne à l’étage était à peine plus gâtée en matière de sécurité mais la chute possible plus douloureuse. Rien que des jeunes, nous aurions dit une classe d’université en voyage avec leurs deux anciens profs de français, anciens vu l’âge, en retraite donc!

Avec le demi somnifère inévitable, nous avons tout de même trouvé le sommeil peu après minuit et comme nous sommes arrivés à 8 heures 30, nous avons donc dormi convenablement entre les différents arrêts pour «le pipi» et pour compléter la charge en dormeuses et dormeurs. Sur les coups de 5 heures du matin, nous sommes restés moteur éteint sur le bas-côté, j’ai redouté la panne mais nous sommes repartis, une pause probablement demandée par le moteur, avec deux chauffeurs qui alternent, la conduite peut être continue.

En forme satisfaisante donc, et puis surtout ragaillardis par le plaisir de retrouver un peu de chaleur… Nom d’un Chien Lion du Tibet (nous en avons vus et c’est impressionnant), car nous avons vraiment eu froid dans ces hauteurs !

Les deux bananes et les quelques gâteaux d’hier au soir étant loin, nous avons décidé de «bruncher» sérieusement à l’hôtel ce matin pour nous conduire jusqu’au soir et après une bonne reprise de souffle dans l’atmosphère douillette d’une vraie chambre, nous avons dès la fin de la matinée, pris la direction du Temple d’Or, à une dizaine de kilomètres au Nord du centre ville.

Encore des escaliers et toujours des marches pour atteindre ce haut lieu du bouddhisme Yunnanais, qui domine la ville du haut d’une colline boisée, afin de découvrir un pavillon de bronze (ils sont fous ces Chinois), abritant un beau bouddha, temple qui n’est certes qu’une copie d’un original se nichant du côté de Dali, mais qui date tout de même du XVIIème siècle... A ses côtés, une étonnante statue dorée du dieu de l’étoile polaire, et en face un étendard en bronze représentant la grande ourse dont bien entendu l’étoile polaire, encadrée par le soleil et la lune reliés par une inscription taoïste signifiant «le vent et la pluie sont en harmonie, la paix règne sur le monde»… A méditer !

Mais le site est bien autre chose, en cours de montée, on franchit des portes monumentales qui donnent accès à d’autres lieux de cultes, à des cours bordées de pavillons dont certains offrent des collections d’estampes qui pour une fois ne se limitent pas aux fleurs et aux oiseaux mais à de belles scènes champêtres , militaires, à des collections de bronzes anciens et curieusement de l’époque des années 30 ; à des terrasses et jardins à la chinoise, donc très beaux, avec des arbres, parterres et massifs de camélias, de magnolias, bambous, rhododendrons et j’en passe, un beau petit plan d’eau, rivière artificielle et petit pont de marbre, une belle allée bordée d’une étonnante statuaire en bronze. Et puis en arrière du temple d’or, au plus haut du tertre se dresse la tour de la cloche où il faut encore monter pour voir la ville de Kunming hérissée de ses buildings et de gratte-ciel sur fond de montagne auréolée nous a-t-il semblé d’une brume de chaleur.

La bousculade sera vraisemblablement pour ce week-end, aujourd’hui vendredi la promenade s’est déroulée dans le calme. Nous étions montés en taxi, nous sommes revenus en bus qui nous a déposés pas vraiment proche de l’hôtel, prétexte à une rentrée à pied au rythme du légionnaire. La foule, c’est justement pour demain, nous essaierons de ne pas nous lever trop tard car nous avons rendez-vous avec la «forêt de pierres» et ce n’est pas tout près!



SAMEDI 25 : il y a bien longtemps, Dieu a inondé le monde Occidental pour punir les hommes, et conjointement en Orient, il a fait reculer les eaux pour les récompenser en lui donnant de belles et bonnes terres et un bien joli spectacle. D’ailleurs il aurait fallu faire un miracle pour faire autrement que de prendre «la flotte» d’un côté pour pouvoir arroser l’autre. Toujours est-il que lorsque l’océan s’est retiré dans cet endroit qui allait devenir plus tard la Chine, il a laissé derrière lui une bien belle «forêt de pierres» que l’on appelle en chinois tout simplement «Shilin», un des sites les plus touristiques du Pays. Ingrate probablement, l’Unesco a classé l’endroit au patrimoine de l’humanité par l’Unesco, alors que le Père Noé qui a sauvé l’espèce vivante est tombé dans les oubliettes de la reconnaissance.

Il y a donc 270 millions d’années, estimation d’experts, la mer recouvrait toute cette région et en se retirant, elle a laissé à découvert 26.000 hectares de pitons rocheux karstiques, en calcaire de couleur grise comme la pierre ponce, ces pics prennent sous l’effet de l’érosion qui s’en est suivie, des formes acérées et étranges parfois, certaines se dressant à plus de 30 mètres. Sur l’ensemble, 80 hectares sont livrés à la visite dans le cadre d’un parc particulièrement beau… Et c’est à cette «forêt de pierres», à près de 90 kilomètres à l’Est de Kunming que nous avons consacré notre journée.

Rien de plus à commenter sur notre promenade par une belle journée de chaleur et de ciel bleu. Au départ, nous avons été impressionnés par la gare routière de l’Est, très excentrée du centre ville, bien au-delà des nœuds autoroutiers aériens et que nous avions rejoint en taxi. Cette gare est d’un gigantisme que nous étions habitués à qualifier «d’américain» et qui augure encore une fois s’il en était nécessaire, de ce que la Chine est entrain de devenir. Autour de cette gare, toute une économie s’est développée représentant probablement une vie de l’ordre d’une petite sous-préfecture française, et à proximité poussent des zones d’activité avec les bâtiments en construction tout à fait impressionnants. Faut dire que la gare routière de l’Est, c’est la porte commerciale tournée vers les mégapoles de la côte Sud de la Chine, Shanghai, Canton, Hong Kong, pour ne citer que celles qui nous sont les plus connues.

Pour rejoindre Shilin, une belle autoroute traverse en bus une campagne vallonnée cultivée en terrasse, avec de vieux villages mais aussi avec des quartiers de nouvelles constructions qui témoignent à travers cet énième exemple que le XXI siècle est ici en marche à grand coup de pelleteuse.

A 16 heures 30, nous étions de retour au Camélia Hôtel, à nouveau «plein les bottes» comme n’a pas manqué de dire Anne, aussi nous ne sommes ressortis que pour dîner à proximité, pour garder encore quelques forces pour demain.



DIMANCHE 26 : le musée des minorités du Yunnan est à 14 kilomètres au Sud de Kunming… Mais toujours dans l’agglomération qui de verticale est devenus aérée, avec belles résidences, beaux hôtels, golf et parc divers… Donc avec beaucoup de monde surtout un jour comme le dimanche. Par contre le musée est quasiment vide, un peu retiré sûrement pour le tourisme et d’objet banal pour le citadin chinois qui croise à longueur de temps le «minoritaire» qu’il soit d’une peuplade ou d’une autre, le Yunnan plus qu’une autre région de Chine en regorge comme déjà dit.

Pour les «nez longs» que nous sommes (c’est comme ça que l’on nous appelle sous cape… Fou rire assorti), c’est au contraire passionnant surtout pour ceux qui ne cessent de s’émerveiller devant la diversité humaine, la diversité et sa richesse, une richesse sur la voie du «placard» suivant le phénomène de la mondialisation de l’espèce qui avance de conserve avec celle des marchandises. Bien, pas bien, le sujet n’est pas là, c’est que c’est inévitable… Une minorité d’aujourd’hui étant un  agglomérat qui s’ignore déjà !

Beaucoup de beaux objets de la vie domestique et rurale : du tissage, tissus et métiers; de la poterie, pots divers et illustrations de leur mise en œuvre; instruments de musiques à vent et à percussion d’une inventivité à couper le souffle (même pour les instruments à vent ce qui est un peu bête!), des costumes étonnants de coquetterie pour des femmes à la vie frustre…Etc…

Autant que les collections, le bâtiment est surprenant dans son architecture, il y a de «le Corbusier» dans son élaboration, un «Fada» chinois l’aura conçu suivant une inspiration identique, intégrant le rationnel à la nature. IL est certes en panne d’entretien, le Yunnan a probablement des  investissements plus productifs à faire en priorité, mais il lui faudrait pas grand-chose pour lui redonner du lustre… Pour en faire un musée d’Art Moderne.

Pour la sculpture sur une grande pelouse à Orsay, ce serait le rêve !

Juste en face, un autre musée, à ciel ouvert celui-là, sous la forme d’un «village des minorités». Sans nous faire écraser, nous avons donc traversé la belle route à quatre voies avec un superbe terre plein central planté et fleuri depuis des kilomètres comme pour un concours d’horticulture, pour aller nous y balader. Le principe bien connu, que nous avons grandement apprécié sous d’autres latitudes, repose sur la construction en grandeur réelle de maisons des minorités, mais là aussi le nombre fait que ce parc est immense, beaucoup trop pour des gens qui commencent à traîner les pattes, en conséquence après en avoir survolé un bon tiers nous avons rebroussé chemin, Anne voulant garder quelques forces pour lécher quelques vitrines en centre ville, ce n’est pas parce que c’est dimanche que l’on ne peut pas «magasiner» car tout ou presque est ouvert 7 jours sur 7 en chine… Pratique mais pas vraiment un modèle de Société !

Avant de reprendre un bus, plutôt qu’un taxi comme pour l’aller, nous avons surtout apprécié la partie consacrée à la minorité tibétaine, apprécié à nouveau la beauté de cette peuplade par les quelques danseuses et danseurs qui se produisaient. Appréciés d’autre part aussi des numéros avec des éléphants, personnellement j’ai toujours eu un coup de cœur pour ces pachydermes qui sont patauds et habiles à la fois, et dotés d’une vive intelligence en prime… Tout parallèle avec une idée «sotte et grenue» qui viendrait comme ça s’imposer à l’esprit, serait….

Anne aurait bien voulu acheter une parka, légère, pour remplacer la sienne de couleur blanche, trop salissante, mais le problème est que pour un article de même qualité, le prix est plus cher dans le circuit des magasins en Chine, en relatif ce qui est déjà étonnant mais comble d’ironie, en absolu aussi… Cherchez l’erreur, et vous aurez la clé du commerce.

Pour bien me faire comprendre, pour un article de qualité sans même qu’il soit question d’une grande marque (parce que ça c’est encore faire appel à un autre ressort de la consommation, celui du snobisme), le produit «made in china» est moins cher chez nous qu’ici.

Ca dégoûte et en traînant les chaussures, au milieu d’une foule en balade dominicale, non sans avoir constaté que Kunming était décidément une belle ville et qui n’a pas terminé sa métamorphose (même un dimanche, les grues sont opératives); nous avons rejoint notre accueillant hôtel.

Boire un bon thé, faire le tri pour des sacs plus légers (un rêve), regarder TV5 monde pour s’évader un peu en notre culture (hier au soir nous avons aimé regarder l’émission de Ruquier) … Avant de retrouver notre cantine d’à côté.

Demain nous tournerons la page de la Chine… Avec un gros «navion» pour Mandalay.


















jeudi 23 février 2012

SHANGRI-LA


MARDI 21 : la température est en dessous de zéro, il gèle. Quand vers 13 heures, nous sommes arrivés à Shangri-La, il neigeotait même et les caniveaux étaient encombrés de restes de congères. Nous avons empilé les couches, Anne a ressorti son «Damart», bref nous caillons.

La route était déjà annonciatrice de la rigueur qui nous attendait. Sur les 200 kilomètres que nous avons faits, le premier tiers nous était connu puisque nous avons repris la route qui rejoignait le Gangzi, et ce n’est qu’un peu plus avant que nous avons poursuivi notre route vers le Nord au lieu de bifurquer vers l’Est dans la direction des gorges. Et puis nous n’avons cessé de monter pour franchir un col, puis deux et peut-être trois, tous entre 3500 et plus, nous ne les avons pas comptés et comme tout est inscrit en chinois y compris les chiffres nous ne le savons pas: ambiance de rochers et de terre avec une plantation rabougrie, quelques passages verglacés avec des flancs des montagnes partiellement enneigés.

A la redescente, nous avons retrouvé les sapins, puis la route au terme d’une multitude de lacets et nous rentrions dans un autre monde, celui du pays Tibétain. De plateau en plateau, le décor se fit steppe, avec les yaks et les cochons noirs pour nous accueillir, des moutons aussi. Plus loin, Shangri-La  à 3160 mètres d’altitude adossée contre le relief, en avant porte des hauts sommets du massif himalayen…  Nous l’avions voulu, nous y sommes !

Nous y étions en quelques sortes déjà au départ, tout d’abord le tableau de bord du chauffeur était équipé d’un petit moulin à prières, tout doré, qu’il relançait régulièrement nous assurant ainsi une divine protection je suppose, le risque est que pour l’avoir il fallait qu’il lâche régulièrement son volant, mais nous ne sommes pas à un paradoxe près. De plus, derrière nous, sont montés deux couples de vieux (si, si …Ils avaient au moins 60 ans), avec une tête bien burinée par le soleil et crevassée par le froid, émergeant d’une chapka pour les hommes, et d’un gros bonnet de laine avec une casquette pardessus pour les femmes. L’armoire à habits sur le dos, lainage, parka, robe épaisse jusqu’aux chaussures, voilà des gens qui ont été prévoyants. Derrière Anne, un des deux bonhommes a passé son temps à spasmodier des incantations obscures au fond de sa gorge, parfois dans une diction légèrement chantante, et rien ne l’a perturbé. La femme de son copain, a passé son temps à roter et entre deux éructions, à cracher dans un sac de plastique, que les chauffeurs mettent toujours à disposition, un service bien utile au pays du glaviot. Elle est ressortie, son sac au tiers plein au bout de la main. Voilà pourquoi nous avions déjà une première approche de la rusticité qui nous attendait… Mais pas encore des conditions climatiques vers lesquelles nous nous jetions bien innocemment.

Petit point sur Shangri-La, qui s’appelle en réalité Zhong Dian : un Britannique du nom de James Hilton publia un roman intitulé «Lost Horizon» en 1933, inspiré d’un article que l’Américain Joseph Rock avait publié dans le «National Géographic», roman adapté au cinéma par la suite par Frank Capra sous le même titre. C’est l’histoire d’une contrée appelée Shangri-La, aussi paradisiaque que mythique, que nombre d’aventuriers prirent à la lettre, la cherchant partout, et certains d’entre eux l’ont vu en Chine, pour certains dans la plaine de Lijiang et pour d’autres dans cet altiplano tibétain.

Les Chinois flairant le bon coup touristique se sont jetés sur l’os et c’est Zhong Dian qui le 17 décembre 2001 a remporté la mise… Donc sauf à être ringard, Zhong Dian est mort, vive Shangri-la, c’est aussi simple que cela.

Là aussi la vie moderne a dressé ses immeubles de partout, souvent énormes dans l’esprit architectural d’ici, bien costaux pour résister aux conditions parfois extrêmes, de chaque côté de larges avenues, pour faire du lieu une ville de plus en plus chinoise, celle des Han, donc, et de moins en moins tibétaine. Les Tibétains représentent encore 45% de la population tout de même, épaulés par des Naxi , des Yi, des Lisu, des Hui (musulmans chinois) des Pumi et des Bai. Enserrée dans ce béton glouton, plutôt joli mais froid, la vieille ville apparaît comme une pierre précieuse… Et sur la voie de la restauration en suivant le chemin de Dali et de Lijiang. C’est un petit trésor de vieilles ruelles de gros pavés et de vieilles maisons tibétaines de briques de terres cuites ou crues, de bois vernis ou peint, toujours très sculpté, et s’articulant autour d’une belle place vers laquelle la vie converge.

Après une bonne pose dans nos nouveaux quartiers de résidence, au centre du «village»  (une guesthouse fort sympathique ne serait-ce que pour sa chambre vraiment chauffée celle là), une double partie de scrabble dans les sièges confortables du salon, nous sommes partis à la découverte de la «Cité magique»  dont nous avons rapidement fait le tour, en nous promettant de mieux nous attarder ultérieurement car sans compter cette demi-journée, nous resterons ici deux jours pleins pour faire tranquillement les quelques découvertes inscrites à notre programme.

Trois petites choses :
  • La première est que dans une petite agence touristique de la place nous avons découvert un Tibétain complètement avenant et qui causait un peu le français, assez pour converser. Nous le reverrons demain matin car nous aurons à récupérer les tickets du bus de nuit pour redescendre sur Kunming que nous lui avons demandés.
  • La seconde est qu’au soir, la place débarrassée de ses cuisines ambulantes et étals d’artisanat, était livrée à la ronde des habitants, beaucoup en habits chamarrés de toutes les couleurs, et c’était joyeux, beau et émouvant.
  • Enfin, nous avons par la suite dîné de viande de Yak suivant un plat imprudent à ingérer sans être accompagné d’au moins un sapeur-pompier avec sa lance prête à fonctionner, dans un restaurant installé dans une magnifique maison traditionnelle, un gros pâté sous un toit unique, avec un large «patio» au centre qui monte jusqu’en toiture et tout autour les pièces sur 3 niveaux, des escaliers de partout, un décoration en mobilier, tentures et objets dont la liste serait longue à établir, et du monde partout. Ca m’a donné un peu l’impression d’entrer dans un dessin infernal d’Eisher, sauf que nous en sommes ressortis, Anne avec l’estomac «plombé».
MERCREDI 22 : effectivement le Yak a fait de la résistance du côté de la femme qui a passé une nuit à maudire ces ruminants d’un autre monde. L’homme, plutôt «blindé» de ce côté-là, a bien dormi, alors c’est tout seul comme un grand garçon que je suis parti récupérer nos tickets de bus auprès de notre gentil tibétain qui m’a expliqué en passant, qu’il avait appris «son» français tout seul sur internet, et boire mon café «en ville» le «cuisto» de la guesthouse étant soit disant en congé ! J’en ai profité pour faire un bon tour pour apprécier la jolie lumière du matin accrochant chaque angle et chaque recoin de maisons, et dieu sait qu’il y en a. De plus, les gens de la ville en étaient à l’installation de leur petit commerce. Le touriste, pas nombreux, puisque nous sommes hors saison, faisant comme Anne, la grasse matinée probablement.

Vers 11 heures, le teint pâle, la Miss était debout et le temps de réserver notre hôtel à Kunming, quand le lieu est excellent on le conserve, nous étions partis à la demie en direction du monastère Songzanlin, au Nord de la ville en grimpant tout droit, appelé familièrement «le petit Lhassa».

Le taxi pour faire les 4 kilomètres qui nous mènent au guichet: il faut bien que les 600 moines des lieux vivent, et une navette pour faire les 2 suivants pour nous faire la grimpette complémentaire pour être au pied de la colline monastique.

Le monastère de Songzanlin est l’une des grandes lamaseries de la secte des «Bonnets jaunes» , la plus grande et la plus belle de Chine, non compris  bien entendu celles de l’état autonome du Tibet qui, rappelons le, est sous la coupe chinoise depuis 1959. C’est d’ailleurs l’un des deux «Bouddhas vivants» qui la dirigeait avant d’aller rejoindre l’autre, le Dalaï Lama, à Dharamsala en Inde.

Notre beau monastère donc, et le qualificatif n’est pas usurpé, fût construit en 1679 mais passablement ravagé par le talent des gardes rouges durant la révolution culturelle. L’ensemble architectural fût reconstruit par les moines et habitants de Shangri-La, mais il en porte néanmoins quelques traces.

L’approche est saisissante, au centre d’un ensemble de constructions qui n’est autre que les logements des moines, imbriqués les uns aux autres suivant l’allure d’un village traditionnel, se dressent d’une façon étagée des temples sur des terrasses, autour d’un grand escalier qui mène à la grande salle de prière du grand temple.

A l’extérieur, partout des banderoles colorées avec des milliers de petits drapeaux représentant autant de prières, des autels où brûlent de l’encens, un stupa blanc lui-même chamarré de partout, des moulins de prières, quelques moines qui déambulent et pour notre plus grand plaisir, très peu de touristes, il est vrai que nous sommes en demi journée, et que sous un beau ciel bleu d’hiver, «toto la haut cogne de tout ce qu’il peut», et dans cet air raréfié, nous avons l’impression de le ressentir davantage.

A l’intérieur, les moines étaient nombreux à la prière dans chacun des temples, dans la pénombre, au cœur d’une véritable orgie de couleurs. Des fresques colorées de toutes parts, des banderoles larges, étroites, torsadées, qui pendent de partout, impossible de distinguer le détail dans cette inattendue et incroyable profusion. Serait-il convenable de rajouter délirante !

Au hasard des portes ouvertes, on a pu entre-apercevoir quelques logements, parfois des «trous à rat», et pour ce qui me concerne, une vaste cuisine affichant sa «médiévalité», je dis moi car pour des raisons obscures c’est interdit aux femmes.

En redescendant nous n’avons pu qu’apprécier la vue sur les toits, sur le grand lac qui fait face aux temples mais pas au mieux de sa forme en cette saison hivernale, le village des autochtones , et au bout de la route que nous avions prise, dans le lointain, les toits de Shangri-La. Pour dire la vérité Anne s’est traînée, aussi est-elle rentrée par la navette et moi j’ai pris mon courage à deux pieds pour traverser un peu de campagne, avant de nous retrouver à la station et de rentrer en taxi pour rejoindre au plus tôt le confort de notre gîte. Il était 15 heures 30 et nos 5 heures de déambulation nous avaient suffi.

Pour revenir sur ma petite trotte en solitaire du retour, je puis apporter quelques détails des habitations. Il s’agit donc de grosses constructions faites de trois murs sur deux niveaux. A l’avant deux gros piliers, comme des troncs de mélèze qui viennent assurer le soutien de la charpente. En retrait de deux à trois mètres, une énorme façade en bois massif souvent sculptée et décorée, permettant une terrasse en rez-de-chaussée et un balcon sous toiture au premier. Le toit est à deux pentes dans le sens de la façade et en arrière, débordantes sur les quatre côtés. Les entourages de fenêtres sont souvent très colorés avec souvent une petite «casquette» en partie haute.

Le plus surprenant n’est pas que les murs soient en briques de torchis pour les maisons anciennes, mais que la toiture soit assurée par des planches (environ de 15 cm par 75 vu de loin), placées les unes contre les autres, suivant une pose décalée sur deux épaisseurs car agencées par vagues qui se superposent pour assurer la descente des eaux. D’autres planches, plus fines et plus longues sont posées dans le sens de la longueur avec une multitude de pierres pour les tenir. J’ai de grands doutes pour l’efficacité de son étanchéité et comprend mal qu’à travers le temps la lauze ne fût pas inventée dans cette univers de pierres.

Les murs sont très épais avec un fruit important, ce qui donne un aspect trapu à l’ensemble, bien ancré dans le sol, propre à lui faire traverser le temps. Evidement pour le neuf, le parpaing et la tôle ont fait leur apparition. Pour être rentrés dans les commerces en ville, l’intérieur de ces maisons est tout de bois, la disposition des pièces se faisant à partir des nombreux et gros poteaux de bois dressés dans l’alignement de ceux de la façade, chaque poteau reposant sur une grosse pierre taillée, ronde, pour l’isoler du sol.
La beauté d’une architecture épurée et pourtant à la frontière d’un certain «maniérisme», comme les vêtements des femmes qui les habitent, qui des pieds à la tête ne sont que couleurs même en plein labeur rural, avec ou non le bébé dans le dos. L’homme se considérant comme marié ne fait quant à lui aucun effort vestimentaire.

Vu aussi dans la campagne, et au bord de la route, de curieuses constructions faites de grands bois, ressemblant de loin à des araignées car avec une partie horizontale grimpée à un bon mètre 50 environ, et en arrière pour quelques uns, une partie qui se redresse sur 3 mètres. J’ai interprété cela en raison de la présence d’un peu de foin restant comme étant des râteliers pour les animaux. En rentrant à la guesthouse, je suis tombé sur un livre contenant quelques photos qui m’ont prouvé que la fonction était bien celle là. C’est très esthétique quand cela se détache sur le ciel.

Ce soir Anne était encore plus que «vaseuve», ce fût riz pour elle et pour moi aussi, suivant une autre préparation, dans un cadre très chaleureux, Anne au plus près de la cheminée. En y allant, et en revenant la population était à virevolter en grand cercle, toujours sur cette même musique qui n’appartient bien qu’à la région. Maintenant le lit bien douillet va nous faire basculer à demain dans un sommeil réparateur, espérons-le pour Anne, en tout cas la Miss est définitivement fâchée avec le Yak, peut être même avec la cuisine tibétaine qui n’est pas faite pour les «femmelettes» … Il est vrai que nous sommes bien loin de la cuisine «trois étoiles» de l’ami Lameloise !

JEUDI 23 : cette après-midi, c’est relâche dans le patio de notre auberge de jeunesse. C’eût été l’été, nous serions partis vraisemblablement en vadrouille dans la campagne environnante mais c’est l’hiver et hors la ville, c’est morne plaine… Et puis nous avons au moins quatre heures discontinues de marche dans les pattes depuis ce matin et à cette altitude, ça fatigue.

Cette nuit Anne a presque fait le tour de la pendule à une demi-heure près et moi j’ai bien dormi 10 heures, aussi ce matin nous assurions plus que la veille, et après un bon breakfast américain, pas si «fast» que ça, nous avons pris notre temps, aussi ce n’est qu’à 9 heures 30 que nous battions le pavé. Sous un beau soleil, les échoppes s’ouvraient, lentement, pas beaucoup de chats dans les rues, guère que nous à venir de si loin. Depuis que nous sommes là, nous n’avons à coup sûr, pas rencontré la demi-douzaine d’occidentaux.

La vieille ville de Shangri-La est adossée à un tertre sur lequel est juché un temple, rien de bien original, le temple Da Gui Shang, tout joli dans ses peintures et ses dorures, avec une jolie vue dominante sur les toits de la vieille ville et les immeubles de la neuve de toute part. Tout à côté, à quelques marches en contrebas, s’élève un moulin à prières tout aussi doré, mais surtout géant, si grand qu’il paraît même que ce serait le plus grand du monde ! Que de l’avoir vu, ça ne change pas notre vie pour autant, mais si de loin ce n’est pas plus imposant qu’un château d’eau de chez nous, de près c’est étonnant. Pour le faire tourner il faut bien entendu être plusieurs ce que nous n’étions pas, ou plutôt les quelques personnes qui étaient là était occupées à faire et refaire le tour du temple, parfois avec la version portative du moulin à prières, pour… Pourquoi faire au fait ?

Le routard nous dit bien dans son guide que le marché n’est opérationnel que de juin à octobre, mais «chat échaudé craignant l’eau froide», nous prîmes la direction de la ville nouvelle mais effectivement, pour le marché, venir à Shangri-La n’est pas la bonne saison. Cela nous permît cependant de faire un bon tour au milieu d’une ville dont on sent tout de suite qu’elle a dû connaître un formidable essor que depuis une dizaine d’années, et de revenir sur la cité historique suivant un autre chemin, pour découvrir un quartier de maisons pas encore restaurées, donc pas transformées en boutiques ou en restaurants. Pas encore, car certaines sont en travaux et nous comprenons les propriétaires, le tourisme de masse est pour demain ici comme ailleurs.

Vu en passant, une très belle maison transformée en hôtel, ou en musée, en fait c’est un musée-Hôtel où le contraire, original, mais l’ensemble est très beau et la petite collection muséographique sur le passé de la région, des plus intéressantes. Belles collections d’objets et belles photos anciennes, les Chinois n’avaient pas encore investi la région essentiellement marquée par la culture tibétaine.

Au retour dans le centre, la vie avait repris ses droits, la belle population colorée de Shangri-La avait boutiques ouvertes et comme le chaland faisait défaut, chacun et chacune sur «son» trottoir voire dans la rue, s’adonnait à son ouvrage. Ici l’on tricotait, là les machines à laver étaient de sortie et l’on faisait sa lessive, encore plus loin… Il est vrai que les garçons avaient de préférence les mains dans les poches!

Et voici comment nous atteignons 13 heures, le moment de se restaurer mais surtout celui de s’affaler dans un coin de restaurant pour reprendre des forces. Pas rancunier, je parle pour Anne, nous sommes retournés au «Potala Restaurant», celui du premier soir, non pour prendre notre revanche sur la viande de Yak mais pour y manger une pizza, car partout dans le monde, on boit du coca, on déguste des frites françaises et l’on mange de la pizza, c’est peut-être même comme ça qu’a commencé la mondialisation. Surtout pour revoir de jour cette très belle maison, notre œil à furtivement visité tout les coins où il pouvait s’infiltrer, et force est de confirmer notre admiration du premier soir.

Pour l’heure nous faisons donc «salon» en attendant notre bus de nuit, départ à 19 heures pour 12 heures de route annoncées… Nous nous endormirons en songeant à notre chance ne pas être nés sur les trottoirs de Manille où de Shangri-La… 3160 mètres d’altitude aux marches du toit du monde.
Néanmoins, pour les voyageurs que nous sommes, Shangri-La restera un coup de cœur.