SEMAINE DU
11 AU 17
LE 11 : ce
matin c’était «foire d’empoigne» à la gare des bus, un monde fou alors qu’il
faisait toujours nuit noire, autour d’une centaine de bus en partance tout
azimut de Rangoon. Je ne sais pas si nous avons «la guigne» mais le nôtre était
un digne représentant de la série des plus déglingués, pourtant dès qu’il fût
lancé pour un petit quart d’heure de chauffe, son moteur s’est aussitôt mis à
tourner comme une horloge suisse, juste un peu bruyante. Après deux stops dans
les premiers 200 mètres de route, pour charger de la marchandise, nous sommes
partis gaillardement et au complet en direction de l’Ouest, à travers le delta
de l’Irrawaddy. Bien vite de ramassage en ramassage nous nous sommes, suivant
une habitude à laquelle nous sommes maintenant accoutumés, vite trouvés avec
des gens partout, mais à l’écart du «magma». Nous étions installés à l’avant au
spectacle de la route que nous voyions défiler à travers le pare-brise
rafistolé. En forme malgré la nuit courte, nous avions éteint à minuit pour un
lever à 4 heures 30 par la faute à Ruquier qui passait sur TV5 Monde… La
perspective de la plage devait nous doper.
La
montagne avait -si je puis dire- donné du relief à la beauté de la Birmanie, là
ce fût la plaine alluvionnaire qui contribua à lui en donner. La route, bombée
et en travaux réguliers comme «dab», légèrement en levée, s’est retrouvée dès
quelle fût «hors la ville», bordée de cultures et de rizières bien vertes en
raison de la présence régulière de l’eau. Une petite brume matinale nimbait le
petit matin dont la fraîcheur nous arrivait par les vitres ouvertes du bus, jusqu’à
ce que la chaleur se soit mise à la chasser pour le reste de la journée..
A une
heure de l’arrivée, le terrain est devenu légèrement montagneux, avec un aspect
de chaos encore marqué par des traces de dévastation causé par le cyclone
Nargis. Des secteurs entiers du paysage ont d’ailleurs fait l’objet de
replantation. Et puis une ligne de cocotiers bleutés sous le soleil de la
mi-journée s’est mise à barrer notre horizon et derrière, l’océan bien bleu
bordé «émeraude» à l’endroit de la grève, apparût pour nous offrir un cadre à
la hauteur de nos attentes. Il était 13 heures.
Deux
Rickshaws nous ont «trainés» quatre kilomètres plus au Sud à l’hôtel où «nos
amis provençaux» nous attendaient mais le bungalow disponible ne nous offrant
pas une vue dégagée sur la plage (nous n’avions pas fait tout ce chemin pour
nous retrouver derrière un immeuble en démolition), nous nous sommes installés
dans un hôtel deux crans plus au Nord, à 15 minutes à pied par le bord de mer.
Notre
bungalow est moins luxueux, pas de petite piscine, mais comme espéré, nous
sommes face à l’océan bordé d’une immense plage blanche. Notre terrasse est posée
sur un beau bout de pelouse avec de belles plantes, à l’ombre des cocotiers,
des amandiers et des pandanus, juste en arrière de la plage et de l’eau avec une petite île verte de jungle dans le
coin gauche. Ce fût décidé immédiatement, l’endroit ne pouvait mieux nous
convenir, nous y avons posé nos sacs.
Nous avons
partagé le déjeuner avec nos amis au restaurant ouvert aux quatre vents de
notre hôtel, le dîner aussi, et entre les deux, nous avons pris nos quartiers
et Anne a pris son premier bain… Le bonheur. Au soir nous avons appris que
l’électricité n’était opérationnelle que de 18 heures à 7 heures du mat, la
clim à partir de 19 heures, c’est la foutue règle dans les hôtels de Ngwe
Saung, histoire d’augmenter les marges !
Sur notre
«road-book» nous avions un jour d’avance, nous avions prévu 3 jours de plage,
nous sommes complètement acquis au fait de faire «sauter» les deux jours prévus
à la visite du «Rocher d’Or», cette espèce de gros caillou en équilibre sur une
crête de montagne à une centaine de kilomètres à l’Est de Rangoon, peinturluré
de doré avec un stupa de grimpé dessus et qui est un haut lieu de pèlerinage. Ce
n’est pas «religieusement correct» de le dire mais avec leur dévotion excessive
les Birmans ont fini par nous lasser sérieusement, tout ça pour dire que 1+3+2=6,
en langage clair, nous resterons 6 jours pleins à farnienter dans ce cadre de
rêve au lieu des trois prévus au programme, et dimanche seulement nous
rejoindrons Rangoon pour l’étape finale.
LE 12 : Beau
temps, mer belle… Dès le petit déjeuner nous avons commandé nos tickets de bus
sans perdre de temps comme si nous avions peur de changer d’avis. L’endroit à
la lumière du petit matin est vraiment superbe. La plage quasi déserte tout en
servant de passage à quelques motobykes qui vont d’un ou l’autre village de
pêcheurs au sud à celui de Nweug Saung, plus au Nord. Toujours à un, deux ou
trois passagers, des jeunes essentiellement, rien de gênant, plutôt distrayant.
Hier au soir des attelages de bœufs étaient passés, ce matin les bœufs tous
seuls remontaient… Les mêmes ?
Dans une
atmosphère complètement surréaliste, vu aussi un bateau qui a accosté pour
décharger une bonne vingtaine de coches et de cochons, noirs bien entendu et imposants,
la première difficulté étant de les mettre hors du bateau pour les basculer à
l’eau, dans un concert de couinements inévitables. Le cochon semble savoir
nager. Sur la plage ils ne semblaient pas être mécontents de la baignade. La
seconde difficulté était de les rassembler pour les faire gagner le haut de la
grève, rejoindre des terres plus conformes à leurs besoins d’existence. Si ça
se trouve l’un deux verra (sans jeu de mot), son avenir échouer en petits
morceaux dans notre assiette… Et vive le cochon !
Belle
scène de pêche concomitante, à une centaine de mètres. Dans un large
demi-cercle deux équipes de pêcheurs débarqués d’une longue queue ont tiré un
très long filet à marée montante pour le ramener au plus près de la plage
jusqu’à ce qu’il forme une grande poche en élevant les bords au dessus de
l’eau. A l’intérieur plusieurs centaines de kilos de friture argentée. Quelques
gros poissons. A pleins paniers de bambou, la pêche a été transvasée dans le
bateau et filet plié tout le monde a repris la mer vers le Sud… Et vive le
poisson !
Bonne
baignade, lecture et mots croisés, sieste et repas pris en commun avec nos
compagnons de rencontre, dans une gargote de plage entre nos deux hôtels, à
deux pas de notre bungalow.
LE 13 :
journée «mer». C’est hier midi que nous avions obtenu de Koko, le petit
«restaurateur» de la gargote d’à côté, qu’il nous organise «un plan bateau», et
ce matin, à cinq, nous avions rendez-vous à 9 heures sur la plage pour
embarquement immédiat. Ce qui fût fait en deux voyages de pirogue, notre «rafiot»
façon «daunys» des Maldives, ne pouvant venir mourir directement sur le sable.
A quelques détails près nous revivions 20 ans après, une joyeuse journée
thaïlandaise. Koko était venu avec nous pour gérer l’intendance. A bord trois
autres garçons, la vingtaine comme lui, un pour piloter le bateau, l’autre pour
le moteur et le troisième pour l’ancre… Voila comment l’on gère le plein
emploi.
Pendant
une heure, nous avons longé la côte Sud, dépassé un premier village de pêcheurs
pour aller beaucoup plus loin à la rencontre d’un second, perdu sous les
cocotiers au bord d’un petit estuaire abritant une petite flottille de bateaux
qui avaient sûrement moins d’avenir que de passé. Ce village s’est révélé être celui
de la future belle maman de Koko, aussi jolie que sa jolie petite fiancée qui
sert avec lui au restaurant de plage, toute menue, elle est tout simplement ravissante
en dépit d’un regard un peu triste. Mais en insistant un peu nous arrivons à la
faire éclater d’un sourire rayonnant de toute sa belle denture.
En
arrivant nous avons croisé le bateau qui remontait la pêche de la collectivité
vers notre bourg. Les pêcheurs étant rentrés de toute évidence, le village s’installait
dans la somnolence pour le reste d’une journée qui se promettait d’être chaude.
Du moins pour les hommes car c’est toujours la même chose, madame est toujours
occupée même si ici tout se fait à la vitesse du lémurien, au milieu des
enfants qui sont faits pour jouer.
Chemin faisant
à travers le village, fait de planches, de tressage de palmes et de bambou, Koko
nous a fait les commentaires. Le tonton et la tata habitent l’une des dernières
maisons en avançant dans la cocoteraie, la natte fut dressée et nous avons
mangé des fruits et joué avec les petits cochons… Et bien rigolé. La fille
ressemble vraiment à la maman même joli sourire. Elle nous a donné 4 beaux
concombres pour le repas, exception, au milieu des pêcheurs le tonton est
cultivateur… Donné mais payé avec le repas par la suite, Koko ne perd jamais le
Nord.
Sur le
retour nous avons rendu visite aux moines, comment imaginer un village sans temple
et un temple sans moines. 5 adultes et 2 novices, des enfants à l’école de la
mendicité… C’est çà ou pêcheur, ou militaire peut-être?... Et à l’heure où les
estomacs réclament, nous sommes revenus au centre du village pour nous
installer sur la terrasse d’une maison où Coco nous a cuisiné des gambas au
barbecue et du riz. Koko est un vrai chef, ses énormes gambas étaient fameuses,
son riz très bon et les concombres bien rafraîchissants… Comme c’est simple de
passer une journée d’exception.
Comme nous
étions aussi partis pour la baignade, d’un coup de bateau nous avons rejoint à
proximité une petite île aux eaux turquoises, rocheuse et couverte de jungle,
inabordable autrement que de se jeter à l’eau, et c’est donc à la nage que nous
sommes partis tous les cinq rejoindre les quelques centaines de mètres carrés
de sable doré. Nous avions loué deux ensembles «masque et tuba» et à tour de
rôle, nous avons pu apprécier la richesse des eaux en poissons multicolores,
sans qu’il soit question de rivalité avec les îles du Pacifique… Faut pas
exagérer non plus !
Le dîner
du soir fût illustré de superlatifs de satisfaction des 5 heureux participants
pour taquiner les deux «lâcheurs»
surtout quand les gambas sont arrivés sur la table, très bonnes mais
loin d’être excellentes comme celle du déjeuner dans le village… Et nous en
avons même rajouté car il y a des fois où la mauvaise foi fait du bien ma foi !
LE 14 :
après le bateau, journée «moto». Vu qu’aujourd’hui nous n’étions que les cinq
mêmes partants pour la matinée, nous avons loué 3 motos et sommes partis avec Koko
comme «chef de patrouille» à la rencontre des éléphants. A 15 kilomètres sur la
route de Rangoon, un petit chemin qui monte à un village dont la spécificité
est d’avoir 7 éléphants. An départ leur travail aurait été -suivant le discours
présenté- de travailler au déblaiement en forêt mais à l’arrivée la curiosité
du touriste l’ayant emporté, les éléphants nourrissent leurs propriétaires (pas
forcément les villageois mais plutôt «le pouvoir»), en faisant leur show, à
savoir, équipés de leurs cornacs, de s’aligner devant les visiteurs pour
quelques courbettes et se faire offrir des morceaux de canne à sucre dont ils
se montrent friands. Grâce à Koko, une fois le mini show effectué, nous avons
eu la permission de prendre le chemin du village et le meilleur moment fût de
voir les éléphants vivant au centre des habitations, en harmonie avec les
habitants.
La route
fût intéressante à parcourir dans les deux sens, en voyant au plus près les
dégâts du cyclone de 2008 qui aurait fait près de 85 000 morts et plus de 50 000
disparus suivant des sources non-gouvernementales , la junte à l’époque ayant
tout fait pour «fermer» le pays à l’aide extérieure, de voir aussi au plus près le brulage des broussailles
en prévision du reboisement.
De retour
à Ngwe Saung, ous y avons déjeuné dans le restaurant du patron de Koko, il est
rusé comme uns singe l’animal, avant un repli «repos» à la case bungalow. Vers
16 heures nous sommes repartis à effectif complet cette fois-ci, donc à 4 motos,
pour faire la plage en direction du Sud et jusqu’au coucher de soleil… Un vrai
moment de grâce.
Comme des
«ados» nous avons passé deux bonnes heures d’intense plaisir, à rouler entre
mer descendante et sable mou, à passer de petits cours d’eau les pattes en
l’air, à franchir une rivière plus importante sur un bac de fortune fait d’une
barque coulissant sur une corde tendue entre les deux rives, à photographier
les pêcheurs sur le retour, les enfants qui jouaient sur la plage, à croiser
des femmes lourdement chargées, les rayons du soleil couchant à travers un
équipage de char à bœufs… A vivre des morceaux d’existence de la Birmanie de la
côte.
Koko
méritait bien que nous retournâmes pour le dîner dans le restaurant de plage,
tout de guingois, qu’il «manage» avec sa petite fiancée et quelques autres
gamins, en dehors du cuisinier enfermé dans son «caboin»… Ce gamin est si
débrouillard du haut (comme trois pommes) de ses 19 ans qu’il n’y a aucune
inquiétude à se faire pour son avenir.






LE 15 : A
cet endroit de la côte, il y a deux localités «balnéaires» qui à «vol d’oiseau»
sont assez proches mais que l’on ne peut atteindre par la route qu’à partir d’une
patte d’oie à 50 kilomètres, au sortir de la localité de Pathein, sur le chemin
de Rangoon. Il s’agit de Ngwe Saung où nous sommes, et de Chaung Tha plus au
Nord. L’autre façon de rejoindre cette dernière, moins orthodoxe, c’est d’y
aller par la côte et à 3 motos ce matin, encore enivrés de notre randonnée d’hier,
c’est la direction que nous avons prise dès 8 heures pour une histoire de
marée, notre intention étant de monter en faisant un maximum de plage plutôt
que de passer plus à l’intérieur dans les cocoteraies.
Nous avons
tout connu comme qualité de chemin, d’abord le bitume, ensuite la caillasse, la
terre et les ornières pour continuer, voire un sol sablonneux pour la partie
«intérieure», et bien sûr l’immensité de la grève à chaque fois que nous avons
pu, dans des décors grandioses, l’océan d’un côté avec ses reliefs rocheux, et
de l’autre, les cocotiers et souvent de grands arbres car Nargis, le terrible
cyclone de 2008 n’a pas «soufflé» cette région.
Nous avons
croisé quelques beaux villages de pêcheurs, suivant un simple habitat de bois,
de bambou et de palmes tressées, sur pilotis, suivant la routine maintenant.
Les maisons sont ouvertes sur le devant si bien qu’en passant, la vue est
directe sur la vie des familles. Un panneau ou un store se rabat pour la nuit,
la pièce principale sert en même temps de dortoir. Comme le passage du «blanc»
relève d’une rareté totale, nous étions salués de toute part, le sable plus le
public m’ a fait penser à «Paris-Dakar», toute proportion gardée, mais au
retour à 17 heures passées, nous en avions tellement plein les bras et les
jambes, le derrière aussi surtout pour les femmes, que nous avions une petite
idée de la dureté de l’épreuve.
Le plus
magique fût probablement pour chacun, le passage des rivières, 3 au total dont
une d’importance, juste à l’arrivée au bourg de Chaung Tha. A marée basse les
rives sont boueuses au milieu d’une mangrove découverte, et il faut parfois
porter les motos à deux pour les mettre dans le bateau, de grosses barques à
moteur, pleines à ras bord de la population et de ses sacs autour de nous, et
filant au son du «tuk-tuk» d’un moteur sans âge, à 20 centimètres au-dessus de
l’eau et prenant du gite dès qu’un passager remue un tant soit peu. Bien sûr
l’embarquement se fait deux fois sur deux, les pieds dans l’eau jusqu’à
mi-mollets quand ce n’est pas jusqu’à mi-cuisses, itou le débarquement, surtout au retour dans
l’après-midi, la marée étant haute.
Pour
pimenter notre journée, nous avons eu deux petits incidents. Pour le premier,
un des passeurs en chargeant l’une des motos dont la pédale de frein en cours
de route s’était rompue sous le poids de l’âge, a cassé un feu arrière de la
moto qui se trouvait déjà dans la barcasse, faute d’avoir pu freiner en
arrivant. Dans un cas sur deux, les motos étaient chargées en roulant sur une
petite planche en bois servant de passerelle. Notre pauvre petit Koko était si
dépité que nous lui avons payé les réparations en arrivant, une somme
importante pour lui et un rien pour nous. Le second sur le retour, le lanceur
du moteur de l’une des barques est resté dans les mains de son pilote. Il a
fallu revenir à terre en agrippant les cordages de bateaux en mouillage et
réparer avant de repartir, c’est le copain qui s’est mis à la tâche car notre
marinier d’eau douce était prêt à abandonner sa mission avec nous sur la
mauvaise rive… Peut être avait-il l’intention d’appeler Bouddha avec sa caisse
à outils ?
Si notre
village se résume à une rue essentiellement commerçante, le bourg de Chaug Tha a
l’activité d’une vrai petite ville. Au bord de la rivière un simple quartier de
pêcheurs, les pieds dans le sable et les détritus, autant dire le plus pauvre,
mais le reste est organisé sur plusieurs petites rues autour d’un temple et
d’un beau stupa, enfin le secteur de l’activité de plage, important et
populaire car le lieu est la destination
«balnéaire» de la classe moyenne de Rangoon.
Alors que
notre plage est restée très sauvage, au contraire celle dont je parle est essentiellement
populaire avec de la location de vélos et de pneus de camions en guise de
bouées, avec des stands et des vendeurs ambulants de «saloperies» et de
«bouffe».
Au soir
nous avons sorti le whisky local, hier j’avais acheté deux fioles au retour des
éléphants, la première bue au dîner «entre hommes» mais la seconde s’est
transformée aujourd’hui en Whisky coca pour les filles, sec pour nous, histoire
d’arroser notre dernier repas en commun, nos compagnons de route reprenant le
chemin de Rangoon dès l’aube demain matin, leur avion pour Hanoï faisant suite
au soir, avant de reprendre le surlendemain celui pour la France… Dans une
semaine jour pour jour ce sera à notre tour de rejoindre nos bases.
LE 16 :
après l’action, le repos du guerrier, difficile de faire moins que ce que nous
avons fait aujourd’hui. Nous sommes allés au bout de notre sommeil, Anne était
déjà à la lecture sur notre bout de terrasse quand je me suis arraché à 8
heures du lit. Nous avons couvert la plus grande distance de la journée, en
gagnant pour le petit déjeuner la terrasse de l’hôtel en bord de plage, au Nord
à l’autre bout des bungalows: une longue marche de 200 mètres environ. Au retou,
nous nous sommes posés sur des lits de plage sous une paillotte devant notre
«maison», avec nos livres pour une lecture entrecoupée de sauts dans l’océan.
Au déjeuner, nous avons retrouvé à 50 mètres plus au Sud le restaurant de Koko et
de sa jolie petite amie. Aujourd’hui elle était tout souriante et encore plus
quand Anne lui a expliqué qu’elle était très jolie quand elle jouait des
zigomatiques… Faut dire que depuis dimanche nous avons été bons clients et
c’est la gamine qui a l’air de tenir la caisse.
Sieste l’après-midi,
Anne à l’ordi pour préparer la mise à jour des photos et moi dans les bras de
Morphée. A 16 heures nous étions à nouveau à lézarder, lecture et baignade,
jusqu’au coucher de soleil.
Pas
vraiment d’animation sur notre plage de rêve. Juste ce matin un masseur, svelte
et élégant, qui a déboulé sur un grand vélo «chinois» pour installer au milieu
de la plage un parasol, une natte et son petit matériel, et après avoir fait le
tour des estivants, s’est récupéré deux clientes qu’il a longuement massé avant
de remballer son fourbi et de s’en aller tâter de l’épiderme ailleurs. Et puis
cette après-midi, toujours les même deux gamines qui passent des heures à
attendre qui viendra leur acheter un poisson cuit ou des gambas en brochette,
comme petit quatre heures on fait mieux, enfin de «par cheux nous»! Quelques
motocyclettes dans les deux sens, des bœufs sont passés, vu les traces mais aujourd’hui
nous ne les avons pas vus.
Diner chez
Koko, des gambas avec des frites pour Anne et un gros poisson pour moi.
LE 17 :
après les rêves, le rêve encore une journée entière, à se demander s’il est
raisonnable de partir demain. Il n’y a rien de plus plaisant que d’ouvrir sa
porte et de tirer les rideaux sur le décor tropical qui s’offre à nous depuis
une semaine que nous sommes ici, très certainement avec le lac Inlé, notre
séjour «côtier» est ce qui aura très largement contribué à notre appréciation de
la Birmanie… Avec la gentillesse des gens, adorables dans leur dolence. Dès que
les tâches essentielles de la vie sont effectuées , nécessairement dans la plus
grande lenteur, ils se posent çà et là pour regarder le reste de la journée
passer. Ils veulent bien tout (combien avons-nous vu de conducteurs de taxi
refuser la course pour continuer la sieste), et dès que c’est fait, après leur
avoir expliqué au moins trois fois, ils se re-posent en attendant la suite.
Il y a toujours
plus ou moins un lien étroit entre la réalité d’un peuple et son histoire, le lien
contraire étant aussi vrai, les deux «choses» étant intimement liées… Les
Régimes militaires et les Dictateurs ne
poussent pas avec les mêmes facilités selon les latitudes.
Ce qui est
parfaitement détestable dans ce pays, c’est l’exploitation éhontée «du
touriste» considéré comme une vulgaire «vache à lait» dès que l’on entre dans
la sphère économique. Un exemple : le gérant de notre hôtel gagnerait,
certes nourri et logé, la royale somme équivalente de 25 euros par mois alors
que nous payons la nuitée de notre bungalow en dur, confortable mais néanmoins
sommaire, la somme de 45 dollars, négociée avec difficulté 42, et c’est d’un
bon rapport qualité pour la plage. Il y a trois années de cela, à Copacabana,
nous avions pour 55 dollars un superbe 3 étoiles avec piscine sur le toit, à
300 mètres de la célèbre plage, une chambre super équipée et un buffet
pantagruélique au petit déjeuner de compris… Cherchez l’erreur !
An delà de
ce «hold-Up» touristique, le peuple Birman se vautre dans la pauvreté, et si la
nature n’était pas généreuse, la misère serait le lot du plus grand nombre…. Et
pourtant la joie de vivre n’est jamais absente, le sourire plus ou moins
«bétélisé» toujours présent.
Nous avons
commencé la journée par les scénettes habituelles, l’essaim de garçons et
surtout de jeunes filles (en fleurs) à la disposition léthargique, pour faire
les chambres, si on le désire car il n’y a rien d’automatique, renouveler le
pot à thé, vérifier le soir si la clim marche bien partout. Les chars à bœufs
sur la plage, les femmes qui viennent vous proposer du poisson séché, les
locaux qui passent, à pieds, en vélo ou en motocyclette… Ainsi se passa une
journée sur la plage en Birmanie.
A midi
nous avons eu une nouvelle séance «cochon». Le cocon nage effectivement très
bien, aujourd’hui la marée ne permettait pas d’approcher au mieux et nous
l’avons vu, tout groin dehors, fendre la vague sur une bonne trentaine de
mètres, le plus difficile ayant été de lui faire trouver la direction de la plage.
Pour ce faire, un ou deux petits gars étaient obligés de sauter à l’eau et de
les tirer les uns après les autres, par une ficelle dont tous étaient équipés.
Il y en a bien eu une trentaine.
Sieste «blog»
et lecture, Anne dans sa liseuse et moi dans la suite de «D’abord ils ont tués
mon père» l’horreur du génocide Cambodgien que j’avais abandonné pour raison de
blog, il m’a fallut choisir entre lire et écrire. Sauts dans le golfe du
Bengale, en le disant ainsi ça enclenche le rêve, la réalité est que l’eau est
idéalement belle et chaude, caressante par la succession des vagues de la marée
montante… Et l’on ne se lassera jamais des cocotiers dès que l’on se retourne. Un
peu plus au Nord, à portée de vue, il y a un petit stupa de grimpé sur un rocher,
nous nous sommes fait violence au coucher de soleil pour voir comment les
rayons de notre astre à son couchant pouvait jouer avec la crédulité des
hommes. En fait il y a deux rochers chacun surmonté de son stupa.
Enfin,
l’heure fatidique du retour arrivant, nous avons dans l’après-midi expurgé nos
sacs de quelques demies livres en nous délestant de quelques fringues à l’éclat
disparu, de la paperasse et des «médocs» inutilisés, et au dîner nous avons
remis à Koko cet excédent à distribuer dans son village, je suppose qu’avec
New-York ou San Francisco sur le
plastron, mes tee-shirts trouveront preneurs à condition de trouver un XXL dans
les parages. Pour Anne se sera plus facile, il suffira de raccourcir.
Demain le
bus est à 6 heures 30, lever une bonne heure plus tôt…Ca ne rigole plus !