mardi 20 mars 2012

LE VOL DE RETOUR




MERCREDI 21 : fin de notre périple 2012, notre aventure prend fin aujourd’hui. Nous avons passé la matinée dans le confort de notre hôtel, et nous allons juste mettre le nez dehors pour un déjeuner rapide avant de prendre la direction de l’aéroport en début d’après midi, notre avion pour Bangkok devant décoller à 17 heures 40.
A travers 6 étapes nous avons parcouru l’essentiel de la Birmanie, aucun regret d’avoir sacrifié le fameux «Rocher d’Or»  pour mieux profiter des joies de la côte, nous en avions envie et besoin. Bien évidemment une semaine de plus nous aurait permis de rester un peu plus au Lac Inlé voire de pénétrer un peu plus l’Est du Pays et le Nord peut-être aussi, bien que je ne sois pas certain qu’il soit ouvert au tourisme en ce moment… Mais la route était tracée et voulue ainsi, tout s’est merveilleusement bien passé et c’est très bien ainsi, nous sommes ravis de notre voyage.
Notre dernière soirée «asiatique» se déroulera entre les murs de l’aéroport de Bangkok, notre vol de retour assuré par Koweit Airlines devant décoller le 22 à 3 heures du matin, arrivée à Roissy dans la même journée à 18heures 35.

**** REMERCIEMENTS  ****
Une dernière fois, merci à tous ceux qui dans le silence ou avec leurs commentaires sur le blog ou par mails nous ont accompagnés, c’est si bon de vivre l’amitié au quotidien, il n’y a pas de vie équilibrée qui ne passe pas par les autres.
«A tout bientôt».
Anne & Christian

RANGOON


DIMANCHE 18 : nous étions à peine arrivés au village pour prendre notre bus que nous avons vu arriver Koko dans sa belle chemise. Contre toute attente, il était là pour nous dire un dernier «au revoir» avec un petit cadeau pour Anne. Nous n’oublierons pas que si la Birmanie à quelques côtés détestables, elle a aussi  matière à séduction, comme par exemple la gentillesse de ses populations, toutes ethnies confondues.
Ce matin notre bus était aussi déglingué que celui de l’aller, un peu plus confortable de siège peut-être, nous ne savons plus très bien, toujours est-il que nous sommes arrivés vers 12 heures 45 soit 6 heures de route pour 190 kilomètres, avec deux arrêts d’une petite demi-heure chaque, presque 40 kilomètres/heure de moyenne ce qui n’est pas si mal compte tenu des conditions de circulation. Même route à l’envers, même contrôle des mouvements des étrangers à chaque déplacement (il faut toujours donner le numéro de son passeport à l’achat de chaque ticket de bus, données déposées au chek-point à chaque sortie de ville), mêmes paysages avec la montagne au départ, la plaine humide des bras de l’Irrawaddy ensuite, quelques rizières bien vertes
Voyageait avec nous un couple de Niçois de notre âge en voyage sur quatre mois, arrivés par le même bus que nous à Ngwe Saung et descendus dans le même hôtel, donc croisés à de multiples occasions dont le dîner partagé d’hier au soir, et nous avons ce matin décidé de descendre dans le même hôtel qu’ils avaient eu la précaution de réserver… Eux. Les rues de Rangoon en milieu de journée de ce dimanche étaient très calmes et notre taxi pris en commun est arrivé en un temps record à notre hôtel, le May Shan Hôtel, cette fois-ci en plein centre ville à deux pas de la pagode «Sulé», l’articulation «dorée» entre quartiers des quatre points cardinaux.
Demain nous verrons mais ce soir nous sommes dans une chambre sans fenêtre, toute en carrelage du sol compris au plafond… Pas d’autre choix, une grande première pour nous. Mais nous avons Tv 5 monde et surtout «internet» et la «wifi», et vu le courage qui nous animait, après notre installation, nous avons passé le reste de l’après-midi à mettre à jour nos petites écritures, avant de mettre le nez dehors avec nos nouveaux compagnons de route pour un dîner amélioré avec nappe et serviettes en tissu dans le restaurant d’un grand hôtel à proximité, joyeusement complété pour une fois par une bonne glace dans un bistro «branché» juché au 20ème étage d’une tour d’où l’on peut admirer les lumières de Rangoon.

LUNDI 19 : une chambre très petite et sans fenêtre ; l’appel à la prière de la mosquée d’à côté ; des oreillers «bibendum» suivant la coutume asiatique, le genre à vous faire dormir le regard braqué sur vos orteils ce dont vous n’avez que faire dès lors où vous savez qu’on ne vous les volerons pas dans votre sommeil et que vous fermez les yeux par principe de toutes les façons; une clim qui vous tombe sur la tête à vous inciter à garder votre chapeau et un extracteur d’air silencieux comme un robot de cuisine ; ajoutons la guigne sur l’indigeste gâteau, la mélodie d’un perforateur à 8 heures pour des raisons de travaux au dernier étage… Pour 39 dollars une nuitée ça va, mais pour trois «bonjour l’andouillerie», pour rester poli, ce qui n’est pas tout à fait évident en pareille occasion.
A 9 heures nous étions à arpenter le quartier à la recherche d’une guesthouse ou d’un hôtel plus conforme à nos attentes. En matière de guesthouse, avis aux amateurs d’adresses «poubelle», nous avons un vrai choix à leur proposer. Désolé pour nos amis Indiens, mais dans le domaine ils sont imbattables !... Du coup nous avons foncé à «l’hôtel Central», le grand hôtel où nous avions dîné hier au soir. Nous avons eu bien du mal à arracher la dernière chambre à prix correct et nous sommes dans le super confort pour 50 dollars, super «p’tit déj» annoncé inclus, il nous fallait finir dans le confort pour dorer un peu plus l’image que nous voulons conserver d’une Birmanie qui a plutôt peiné à nous séduire au tout début.
Dans cet ordre d’idée, nous avions décidé de rejoindre le lac Kandawgyi plus au Nord, un grand lac naturel bordé d’un beau parc, l’ensemble situé dans un rare quartier résidentiel de Rangoon. Ce lac Royal, traduction de Kandawgyi, l’est véritablement dans sa belle verdure se mirant dans ses belles eaux, ce qui tranche avec le reste d’une ville très souvent salement bétonné et aux trottoirs défoncés et  surpeuplés. Dans une belle bouffée d’oxygène, nous avons déjeuné au bord de l’eau avant de rejoindre notre quartier par le chemin des écoliers, une longue marche qui nous a fait découvrir un marché improbable que l’on pourrait, suivant un clin d’œil à une célèbre enseigne française, appeler «les vieilles galeries», dont l’allure est plus proche d’un vieux cargo rouillé, échoué sur le récif et envahi par les crabes que d’un grand magasin dont un ensemble d’escalators depuis longtemps immobilisés dans la crasse témoignent pourtant du passé.
Le quartier est à la même image, les rues ressemblent à des «cités de la joie», grouillant d’habitants qui vivent d’autant plus dans la rue que leurs murs ne peuvent tous les contenir pour la vie diurne. Comme il y a autant de monde dans la rue que dans les étages, à défaut d’ascenseur le «monte et descente-charge» se fait par les ficelles, chaque appartement dispose de la sienne, avec un sac en plastique en guise de nacelle qui navigue entre le bas et le haut.
S’il y a des pagodes partout, des temples indous et chinois, une synagogue même, il y a aussi de nombreux temples et églises chrétiennes, au passage nous avons assisté à un morceau de messe catholique, bellement chantée par une population indienne touchante de religiosité. Il y a longtemps que nous n’avions pas vu d’église aussi remplie au point que de chaque côté les parvis étaient «chaisés» comme des travées, les hommes endimanchés et les femmes dans leurs plus beaux saris, l’œil de Shiwa entre les deux yeux à l’instar de la vierge Marie, son rejeton de sauveur de l’humanité dans les bras, qui dans un syncrétisme de bon aloi se retrouvait de cette manière «indiennisée» pour mieux séduire.
A deux pas, la gare de Rangoon, vieux vestige anglais qui n’a pas du recevoir un seul «sou» depuis qu’ils sont partis, les trains birmans ont la réputation de rouler au pas, à voir l’état des voies et celui du matériel roulant, l’on imagine le divorce inéluctable que produirait la vitesse entre les deux parties du couple ferré.
Il y a dix jours, nous étions assez fatigués par les mauvais transports du pays pour apprécier véritablement notre premier séjour à Rangoon , à ce second, notre semaine au bord de l’océan d’où nous revenons, nous a redonné une telle «pêche» que nous «voyageons» la ville avec la séduction au cœur, à la croisée de l’Asie du Sud-Est, du Sous-Continent Indien et de la Chine, la Birmanie offre entre ses ethnies, les chinois et les indiens justement, un melting-pot des plus colorés et, nos réserves mises à part… Des plus sympathiques. Cette ville, même à travers ses quartiers «poubelles» dégage une certaine séduction à qui sait ouvrir sa sensibilité.
Le soir nous avons retrouvé «les Niçois» au dîner au même endroit qu’hier, au restaurant de ce qui est devenu notre hôtel entre temps, et nous avons prolongé la soirée à philosopher jusqu’à une heure tardive, sur l’étrangeté de la «la bête humaine» qui dans sa grande diversité peuple dans un si grand désordre de conscience et de «rituels» cette minuscule planète qui est la nôtre… Créée par un grand horloger ?
Pas Suisse en tout cas !

MARDI 20 : le bonheur que cette chambre, bonheur complété par un break-fast à la hauteur du bon standing de cet hôtel propre à nous faire vivre nos derniers jours birmans dans la sérénité… De fait nous étions à 10 heures frais et dispos pour «attaquer» le big bazar de Rangoon, maintenant à deux pas de «chez nous», et nous y avons fait nos dernières emplettes en prenant tout notre temps. Break déjeuner dans le patio du super resto-boutique que nous avions déjà fréquenté et après avoir déposé nos paquets à l’hôtel nous avons filé d’un coup de taxi au musée installé dans la maison où vécu la famille de Aung San Suu Kyi.
De ce musée, nous n’avons vu les toits de la bâtisse qu’à travers les branchages des arbres du jardin, car il était fermé. Alors qu’il restait ouvert aux étrangers tout en étant interdit à la population histoire qu’elle aille nourrir le culte du Père ailleurs, force a été de constater que les grilles étaient cadenassées pour tout le monde… Anne en était toute dépitée. Pour une poignée de fifrelins de plus à la course, le taxi nous a déposé devant la Paya Shewedagon, non pour la revoir mais pour une balade dans un parc voisin, curieux mélange de «jardin d’acclimatation» et de «parc mickey»  dans une version autant désuète que désespérante de niaiseries et de mauvais goût, ce qui va souvent de pair...
Mais voilà, le secret du bonheur est de savoir se contenter de ce que l’on a à disposition, du moins dans un premier temps, et pour l’heure les gamins qui ont un peu les moyens y viennent faire quelques tours de pauvres petits manèges ou se confronter à quelques machines électroniques tout autant d’un autre âge. Reste à être branché «poésie» pour regarder tout cela avec un air attendri, d’autant que le jardin est joli entre décrépitude des installations et louable entretien.
Toujours dans le même quartier, face à la splendeur de la Paya Shewedagon : l’autre, celle que j’avais taxé de «pipi de chat». Il est vrai qu’à comparer la Paya Wizaya, construite par «la junte» en 1980 histoire de s’attirer les bonnes grâces de la population, mérite à peine le détour, raison de la gratuité pour les étrangers de son accès probablement, sauf que l’intérieur réserve la surprise d’une belle décoration peinte, dont le plafond décoré d’un étonnant zodiaque bouddhique.
Comme nous n’avons probablement pas assez marché tout au long de ce voyage, nous avons rejoint le centre ville à pied à travers le patchwork immobilier de la ville au lustre passé entre béton moderne plus utilitaire que fantaisiste, et béton lépreux, entre villas récentes et baraques d’autrefois. Notre route nous a fait passer par le marché du matin et c’est par hasard que nous sommes «tombés» sur la peinture que nous avions vainement cherchée entre deux achats en début de journée, un petit coup de «calme-soif» au passage et hop, direction notre bel hôtel pour y couler le reste de l’après-midi, entre ordinateur, TV 5 Monde et tri complémentaire de nos affaires pour ramener nos sacs aux normes acceptables de poids.
Diner calme et gouteux à l’hôtel et soirée devant la TV !

















 






dimanche 18 mars 2012

NGWE SAUNG



SEMAINE DU 11 AU 17


LE 11 : ce matin c’était «foire d’empoigne» à la gare des bus, un monde fou alors qu’il faisait toujours nuit noire, autour d’une centaine de bus en partance tout azimut de Rangoon. Je ne sais pas si nous avons «la guigne» mais le nôtre était un digne représentant de la série des plus déglingués, pourtant dès qu’il fût lancé pour un petit quart d’heure de chauffe, son moteur s’est aussitôt mis à tourner comme une horloge suisse, juste un peu bruyante. Après deux stops dans les premiers 200 mètres de route, pour charger de la marchandise, nous sommes partis gaillardement et au complet en direction de l’Ouest, à travers le delta de l’Irrawaddy. Bien vite de ramassage en ramassage nous nous sommes, suivant une habitude à laquelle nous sommes maintenant accoutumés, vite trouvés avec des gens partout, mais à l’écart du «magma». Nous étions installés à l’avant au spectacle de la route que nous voyions défiler à travers le pare-brise rafistolé. En forme malgré la nuit courte, nous avions éteint à minuit pour un lever à 4 heures 30 par la faute à Ruquier qui passait sur TV5 Monde… La perspective de la plage devait nous doper.
La montagne avait -si je puis dire- donné du relief à la beauté de la Birmanie, là ce fût la plaine alluvionnaire qui contribua à lui en donner. La route, bombée et en travaux réguliers comme «dab», légèrement en levée, s’est retrouvée dès quelle fût «hors la ville», bordée de cultures et de rizières bien vertes en raison de la présence régulière de l’eau. Une petite brume matinale nimbait le petit matin dont la fraîcheur nous arrivait par les vitres ouvertes du bus, jusqu’à ce que la chaleur se soit mise à la chasser pour le reste de la journée..
A une heure de l’arrivée, le terrain est devenu légèrement montagneux, avec un aspect de chaos encore marqué par des traces de dévastation causé par le cyclone Nargis. Des secteurs entiers du paysage ont d’ailleurs fait l’objet de replantation. Et puis une ligne de cocotiers bleutés sous le soleil de la mi-journée s’est mise à barrer notre horizon et derrière, l’océan bien bleu bordé «émeraude» à l’endroit de la grève, apparût pour nous offrir un cadre à la hauteur de nos attentes. Il était 13 heures.
Deux Rickshaws nous ont «trainés» quatre kilomètres plus au Sud à l’hôtel où «nos amis provençaux» nous attendaient mais le bungalow disponible ne nous offrant pas une vue dégagée sur la plage (nous n’avions pas fait tout ce chemin pour nous retrouver derrière un immeuble en démolition), nous nous sommes installés dans un hôtel deux crans plus au Nord, à 15 minutes à pied par le bord de mer.
Notre bungalow est moins luxueux, pas de petite piscine, mais comme espéré, nous sommes face à l’océan bordé d’une immense plage blanche. Notre terrasse est posée sur un beau bout de pelouse avec de belles plantes, à l’ombre des cocotiers, des amandiers et des pandanus, juste en arrière de la plage et de l’eau  avec une petite île verte de jungle dans le coin gauche. Ce fût décidé immédiatement, l’endroit ne pouvait mieux nous convenir, nous y avons posé nos sacs.
Nous avons partagé le déjeuner avec nos amis au restaurant ouvert aux quatre vents de notre hôtel, le dîner aussi, et entre les deux, nous avons pris nos quartiers et Anne a pris son premier bain… Le bonheur. Au soir nous avons appris que l’électricité n’était opérationnelle que de 18 heures à 7 heures du mat, la clim à partir de 19 heures, c’est la foutue règle dans les hôtels de Ngwe Saung, histoire d’augmenter les marges !
Sur notre «road-book» nous avions un jour d’avance, nous avions prévu 3 jours de plage, nous sommes complètement acquis au fait de faire «sauter» les deux jours prévus à la visite du «Rocher d’Or», cette espèce de gros caillou en équilibre sur une crête de montagne à une centaine de kilomètres à l’Est de Rangoon, peinturluré de doré avec un stupa de grimpé dessus et qui est un haut lieu de pèlerinage. Ce n’est pas «religieusement correct» de le dire mais avec leur dévotion excessive les Birmans ont fini par nous lasser sérieusement, tout ça pour dire que 1+3+2=6, en langage clair, nous resterons 6 jours pleins à farnienter dans ce cadre de rêve au lieu des trois prévus au programme, et dimanche seulement nous rejoindrons Rangoon pour l’étape finale.





LE 12 : Beau temps, mer belle… Dès le petit déjeuner nous avons commandé nos tickets de bus sans perdre de temps comme si nous avions peur de changer d’avis. L’endroit à la lumière du petit matin est vraiment superbe. La plage quasi déserte tout en servant de passage à quelques motobykes qui vont d’un ou l’autre village de pêcheurs au sud à celui de Nweug Saung, plus au Nord. Toujours à un, deux ou trois passagers, des jeunes essentiellement, rien de gênant, plutôt distrayant. Hier au soir des attelages de bœufs étaient passés, ce matin les bœufs tous seuls remontaient… Les mêmes ?

Dans une atmosphère complètement surréaliste, vu aussi un bateau qui a accosté pour décharger une bonne vingtaine de coches et de cochons, noirs bien entendu et imposants, la première difficulté étant de les mettre hors du bateau pour les basculer à l’eau, dans un concert de couinements inévitables. Le cochon semble savoir nager. Sur la plage ils ne semblaient pas être mécontents de la baignade. La seconde difficulté était de les rassembler pour les faire gagner le haut de la grève, rejoindre des terres plus conformes à leurs besoins d’existence. Si ça se trouve l’un deux verra (sans jeu de mot), son avenir échouer en petits morceaux dans notre assiette… Et vive le cochon !

Belle scène de pêche concomitante, à une centaine de mètres. Dans un large demi-cercle deux équipes de pêcheurs débarqués d’une longue queue ont tiré un très long filet à marée montante pour le ramener au plus près de la plage jusqu’à ce qu’il forme une grande poche en élevant les bords au dessus de l’eau. A l’intérieur plusieurs centaines de kilos de friture argentée. Quelques gros poissons. A pleins paniers de bambou, la pêche a été transvasée dans le bateau et filet plié tout le monde a repris la mer vers le Sud… Et vive le poisson !

Bonne baignade, lecture et mots croisés, sieste et repas pris en commun avec nos compagnons de rencontre, dans une gargote de plage entre nos deux hôtels, à deux pas de notre bungalow.









LE 13 : journée «mer». C’est hier midi que nous avions obtenu de Koko, le petit «restaurateur» de la gargote d’à côté, qu’il nous organise «un plan bateau», et ce matin, à cinq, nous avions rendez-vous à 9 heures sur la plage pour embarquement immédiat. Ce qui fût fait en deux voyages de pirogue, notre «rafiot» façon «daunys» des Maldives, ne pouvant venir mourir directement sur le sable. A quelques détails près nous revivions 20 ans après, une joyeuse journée thaïlandaise. Koko était venu avec nous pour gérer l’intendance. A bord trois autres garçons, la vingtaine comme lui, un pour piloter le bateau, l’autre pour le moteur et le troisième pour l’ancre… Voila comment l’on gère le plein emploi.

Pendant une heure, nous avons longé la côte Sud, dépassé un premier village de pêcheurs pour aller beaucoup plus loin à la rencontre d’un second, perdu sous les cocotiers au bord d’un petit estuaire abritant une petite flottille de bateaux qui avaient sûrement moins d’avenir que de passé. Ce village s’est révélé être celui de la future belle maman de Koko, aussi jolie que sa jolie petite fiancée qui sert avec lui au restaurant de plage, toute menue, elle est tout simplement ravissante en dépit d’un regard un peu triste. Mais en insistant un peu nous arrivons à la faire éclater d’un sourire rayonnant de toute sa belle denture.

En arrivant nous avons croisé le bateau qui remontait la pêche de la collectivité vers notre bourg. Les pêcheurs étant rentrés de toute évidence, le village s’installait dans la somnolence pour le reste d’une journée qui se promettait d’être chaude. Du moins pour les hommes car c’est toujours la même chose, madame est toujours occupée même si ici tout se fait à la vitesse du lémurien, au milieu des enfants qui sont faits pour jouer.

Chemin faisant à travers le village, fait de planches, de tressage de palmes et de bambou, Koko nous a fait les commentaires. Le tonton et la tata habitent l’une des dernières maisons en avançant dans la cocoteraie, la natte fut dressée et nous avons mangé des fruits et joué avec les petits cochons… Et bien rigolé. La fille ressemble vraiment à la maman même joli sourire. Elle nous a donné 4 beaux concombres pour le repas, exception, au milieu des pêcheurs le tonton est cultivateur… Donné mais payé avec le repas par la suite, Koko ne perd jamais le Nord.

Sur le retour nous avons rendu visite aux moines, comment imaginer un village sans temple et un temple sans moines. 5 adultes et 2 novices, des enfants à l’école de la mendicité… C’est çà ou pêcheur, ou militaire peut-être?... Et à l’heure où les estomacs réclament, nous sommes revenus au centre du village pour nous installer sur la terrasse d’une maison où Coco nous a cuisiné des gambas au barbecue et du riz. Koko est un vrai chef, ses énormes gambas étaient fameuses, son riz très bon et les concombres bien rafraîchissants… Comme c’est simple de passer une journée d’exception.

Comme nous étions aussi partis pour la baignade, d’un coup de bateau nous avons rejoint à proximité une petite île aux eaux turquoises, rocheuse et couverte de jungle, inabordable autrement que de se jeter à l’eau, et c’est donc à la nage que nous sommes partis tous les cinq rejoindre les quelques centaines de mètres carrés de sable doré. Nous avions loué deux ensembles «masque et tuba» et à tour de rôle, nous avons pu apprécier la richesse des eaux en poissons multicolores, sans qu’il soit question de rivalité avec les îles du Pacifique… Faut pas exagérer non plus !

Le dîner du soir fût illustré de superlatifs de satisfaction des 5 heureux participants pour taquiner les deux «lâcheurs»  surtout quand les gambas sont arrivés sur la table, très bonnes mais loin d’être excellentes comme celle du déjeuner dans le village… Et nous en avons même rajouté car il y a des fois où la mauvaise foi fait du bien ma foi !


 




LE 14 : après le bateau, journée «moto». Vu qu’aujourd’hui nous n’étions que les cinq mêmes partants pour la matinée, nous avons loué 3 motos et sommes partis avec Koko comme «chef de patrouille» à la rencontre des éléphants. A 15 kilomètres sur la route de Rangoon, un petit chemin qui monte à un village dont la spécificité est d’avoir 7 éléphants. An départ leur travail aurait été -suivant le discours présenté- de travailler au déblaiement en forêt mais à l’arrivée la curiosité du touriste l’ayant emporté, les éléphants nourrissent leurs propriétaires (pas forcément les villageois mais plutôt «le pouvoir»), en faisant leur show, à savoir, équipés de leurs cornacs, de s’aligner devant les visiteurs pour quelques courbettes et se faire offrir des morceaux de canne à sucre dont ils se montrent friands. Grâce à Koko, une fois le mini show effectué, nous avons eu la permission de prendre le chemin du village et le meilleur moment fût de voir les éléphants vivant au centre des habitations, en harmonie avec les habitants.

La route fût intéressante à parcourir dans les deux sens, en voyant au plus près les dégâts du cyclone de 2008 qui aurait fait près de 85 000 morts et plus de 50 000 disparus suivant des sources non-gouvernementales , la junte à l’époque ayant tout fait pour «fermer» le pays à l’aide extérieure, de voir aussi au plus près le brulage des broussailles en prévision du reboisement.

De retour à Ngwe Saung, ous y avons déjeuné dans le restaurant du patron de Koko, il est rusé comme uns singe l’animal, avant un repli «repos» à la case bungalow. Vers 16 heures nous sommes repartis à effectif complet cette fois-ci, donc à 4 motos, pour faire la plage en direction du Sud et jusqu’au coucher de soleil… Un vrai moment de grâce.

Comme des «ados» nous avons passé deux bonnes heures d’intense plaisir, à rouler entre mer descendante et sable mou, à passer de petits cours d’eau les pattes en l’air, à franchir une rivière plus importante sur un bac de fortune fait d’une barque coulissant sur une corde tendue entre les deux rives, à photographier les pêcheurs sur le retour, les enfants qui jouaient sur la plage, à croiser des femmes lourdement chargées, les rayons du soleil couchant à travers un équipage de char à bœufs… A vivre des morceaux d’existence de la Birmanie de la côte.

Koko méritait bien que nous retournâmes pour le dîner dans le restaurant de plage, tout de guingois, qu’il «manage» avec sa petite fiancée et quelques autres gamins, en dehors du cuisinier enfermé dans son «caboin»… Ce gamin est si débrouillard du haut (comme trois pommes) de ses 19 ans qu’il n’y a aucune inquiétude à se faire pour son avenir.







 LE 15 : A cet endroit de la côte, il y a deux localités «balnéaires» qui à «vol d’oiseau» sont assez proches mais que l’on ne peut atteindre par la route qu’à partir d’une patte d’oie à 50 kilomètres, au sortir de la localité de Pathein, sur le chemin de Rangoon. Il s’agit de Ngwe Saung où nous sommes, et de Chaung Tha plus au Nord. L’autre façon de rejoindre cette dernière, moins orthodoxe, c’est d’y aller par la côte et à 3 motos ce matin, encore enivrés de notre randonnée d’hier, c’est la direction que nous avons prise dès 8 heures pour une histoire de marée, notre intention étant de monter en faisant un maximum de plage plutôt que de passer plus à l’intérieur dans les cocoteraies.

Nous avons tout connu comme qualité de chemin, d’abord le bitume, ensuite la caillasse, la terre et les ornières pour continuer, voire un sol sablonneux pour la partie «intérieure», et bien sûr l’immensité de la grève à chaque fois que nous avons pu, dans des décors grandioses, l’océan d’un côté avec ses reliefs rocheux, et de l’autre, les cocotiers et souvent de grands arbres car Nargis, le terrible cyclone de 2008 n’a pas «soufflé» cette région.

Nous avons croisé quelques beaux villages de pêcheurs, suivant un simple habitat de bois, de bambou et de palmes tressées, sur pilotis, suivant la routine maintenant. Les maisons sont ouvertes sur le devant si bien qu’en passant, la vue est directe sur la vie des familles. Un panneau ou un store se rabat pour la nuit, la pièce principale sert en même temps de dortoir. Comme le passage du «blanc» relève d’une rareté totale, nous étions salués de toute part, le sable plus le public m’ a fait penser à «Paris-Dakar», toute proportion gardée, mais au retour à 17 heures passées, nous en avions tellement plein les bras et les jambes, le derrière aussi surtout pour les femmes, que nous avions une petite idée de la dureté de l’épreuve.

Le plus magique fût probablement pour chacun, le passage des rivières, 3 au total dont une d’importance, juste à l’arrivée au bourg de Chaung Tha. A marée basse les rives sont boueuses au milieu d’une mangrove découverte, et il faut parfois porter les motos à deux pour les mettre dans le bateau, de grosses barques à moteur, pleines à ras bord de la population et de ses sacs autour de nous, et filant au son du «tuk-tuk» d’un moteur sans âge, à 20 centimètres au-dessus de l’eau et prenant du gite dès qu’un passager remue un tant soit peu. Bien sûr l’embarquement se fait deux fois sur deux, les pieds dans l’eau jusqu’à mi-mollets quand ce n’est pas jusqu’à mi-cuisses, itou le  débarquement, surtout au retour dans l’après-midi, la marée étant haute.

Pour pimenter notre journée, nous avons eu deux petits incidents. Pour le premier, un des passeurs en chargeant l’une des motos dont la pédale de frein en cours de route s’était rompue sous le poids de l’âge, a cassé un feu arrière de la moto qui se trouvait déjà dans la barcasse, faute d’avoir pu freiner en arrivant. Dans un cas sur deux, les motos étaient chargées en roulant sur une petite planche en bois servant de passerelle. Notre pauvre petit Koko était si dépité que nous lui avons payé les réparations en arrivant, une somme importante pour lui et un rien pour nous. Le second sur le retour, le lanceur du moteur de l’une des barques est resté dans les mains de son pilote. Il a fallu revenir à terre en agrippant les cordages de bateaux en mouillage et réparer avant de repartir, c’est le copain qui s’est mis à la tâche car notre marinier d’eau douce était prêt à abandonner sa mission avec nous sur la mauvaise rive… Peut être avait-il l’intention d’appeler Bouddha avec sa caisse à outils ?

Si notre village se résume à une rue essentiellement commerçante, le bourg de Chaug Tha a l’activité d’une vrai petite ville. Au bord de la rivière un simple quartier de pêcheurs, les pieds dans le sable et les détritus, autant dire le plus pauvre, mais le reste est organisé sur plusieurs petites rues autour d’un temple et d’un beau stupa, enfin le secteur de l’activité de plage, important et populaire car le lieu  est la destination «balnéaire» de la classe moyenne de Rangoon.

Alors que notre plage est restée très sauvage, au contraire celle dont je parle est essentiellement populaire avec de la location de vélos et de pneus de camions en guise de bouées, avec des stands et des vendeurs ambulants de «saloperies» et de «bouffe».

Au soir nous avons sorti le whisky local, hier j’avais acheté deux fioles au retour des éléphants, la première bue au dîner «entre hommes» mais la seconde s’est transformée aujourd’hui en Whisky coca pour les filles, sec pour nous, histoire d’arroser notre dernier repas en commun, nos compagnons de route reprenant le chemin de Rangoon dès l’aube demain matin, leur avion pour Hanoï faisant suite au soir, avant de reprendre le surlendemain celui pour la France… Dans une semaine jour pour jour ce sera à notre tour de rejoindre nos bases.











 LE 16 : après l’action, le repos du guerrier, difficile de faire moins que ce que nous avons fait aujourd’hui. Nous sommes allés au bout de notre sommeil, Anne était déjà à la lecture sur notre bout de terrasse quand je me suis arraché à 8 heures du lit. Nous avons couvert la plus grande distance de la journée, en gagnant pour le petit déjeuner la terrasse de l’hôtel en bord de plage, au Nord à l’autre bout des bungalows: une longue marche de 200 mètres environ. Au retou, nous nous sommes posés sur des lits de plage sous une paillotte devant notre «maison», avec nos livres pour une lecture entrecoupée de sauts dans l’océan. Au déjeuner, nous avons retrouvé à 50 mètres plus au Sud le restaurant de Koko et de sa jolie petite amie. Aujourd’hui elle était tout souriante et encore plus quand Anne lui a expliqué qu’elle était très jolie quand elle jouait des zigomatiques… Faut dire que depuis dimanche nous avons été bons clients et c’est la gamine qui a l’air de tenir la caisse.

Sieste l’après-midi, Anne à l’ordi pour préparer la mise à jour des photos et moi dans les bras de Morphée. A 16 heures nous étions à nouveau à lézarder, lecture et baignade, jusqu’au coucher de soleil.

Pas vraiment d’animation sur notre plage de rêve. Juste ce matin un masseur, svelte et élégant, qui a déboulé sur un grand vélo «chinois» pour installer au milieu de la plage un parasol, une natte et son petit matériel, et après avoir fait le tour des estivants, s’est récupéré deux clientes qu’il a longuement massé avant de remballer son fourbi et de s’en aller tâter de l’épiderme ailleurs. Et puis cette après-midi, toujours les même deux gamines qui passent des heures à attendre qui viendra leur acheter un poisson cuit ou des gambas en brochette, comme petit quatre heures on fait mieux, enfin de «par cheux nous»! Quelques motocyclettes dans les deux sens, des bœufs sont passés, vu les traces mais aujourd’hui nous ne les avons pas vus.

Diner chez Koko, des gambas avec des frites pour Anne et un gros poisson pour moi.







LE 17 : après les rêves, le rêve encore une journée entière, à se demander s’il est raisonnable de partir demain. Il n’y a rien de plus plaisant que d’ouvrir sa porte et de tirer les rideaux sur le décor tropical qui s’offre à nous depuis une semaine que nous sommes ici, très certainement avec le lac Inlé, notre séjour «côtier» est ce qui aura très largement contribué à notre appréciation de la Birmanie… Avec la gentillesse des gens, adorables dans leur dolence. Dès que les tâches essentielles de la vie sont effectuées , nécessairement dans la plus grande lenteur, ils se posent çà et là pour regarder le reste de la journée passer. Ils veulent bien tout (combien avons-nous vu de conducteurs de taxi refuser la course pour continuer la sieste), et dès que c’est fait, après leur avoir expliqué au moins trois fois, ils se re-posent en attendant la suite.

Il y a toujours plus ou moins un lien étroit entre la réalité d’un peuple et son histoire, le lien contraire étant aussi vrai, les deux «choses» étant intimement liées… Les Régimes militaires  et les Dictateurs ne poussent pas avec les mêmes facilités selon les latitudes.

Ce qui est parfaitement détestable dans ce pays, c’est l’exploitation éhontée «du touriste» considéré comme une vulgaire «vache à lait» dès que l’on entre dans la sphère économique. Un exemple : le gérant de notre hôtel gagnerait, certes nourri et logé, la royale somme équivalente de 25 euros par mois alors que nous payons la nuitée de notre bungalow en dur, confortable mais néanmoins sommaire, la somme de 45 dollars, négociée avec difficulté 42, et c’est d’un bon rapport qualité pour la plage. Il y a trois années de cela, à Copacabana, nous avions pour 55 dollars un superbe 3 étoiles avec piscine sur le toit, à 300 mètres de la célèbre plage, une chambre super équipée et un buffet pantagruélique au petit déjeuner de compris… Cherchez l’erreur !

An delà de ce «hold-Up» touristique, le peuple Birman se vautre dans la pauvreté, et si la nature n’était pas généreuse, la misère serait le lot du plus grand nombre…. Et pourtant la joie de vivre n’est jamais absente, le sourire plus ou moins «bétélisé» toujours présent.

Nous avons commencé la journée par les scénettes habituelles, l’essaim de garçons et surtout de jeunes filles (en fleurs) à la disposition léthargique, pour faire les chambres, si on le désire car il n’y a rien d’automatique, renouveler le pot à thé, vérifier le soir si la clim marche bien partout. Les chars à bœufs sur la plage, les femmes qui viennent vous proposer du poisson séché, les locaux qui passent, à pieds, en vélo ou en motocyclette… Ainsi se passa une journée sur la plage en Birmanie.

A midi nous avons eu une nouvelle séance «cochon». Le cocon nage effectivement très bien, aujourd’hui la marée ne permettait pas d’approcher au mieux et nous l’avons vu, tout groin dehors, fendre la vague sur une bonne trentaine de mètres, le plus difficile ayant été de lui faire trouver la direction de la plage. Pour ce faire, un ou deux petits gars étaient obligés de sauter à l’eau et de les tirer les uns après les autres, par une ficelle dont tous étaient équipés. Il y en a bien eu une trentaine.

Sieste «blog» et lecture, Anne dans sa liseuse et moi dans la suite de «D’abord ils ont tués mon père» l’horreur du génocide Cambodgien que j’avais abandonné pour raison de blog, il m’a fallut choisir entre lire et écrire. Sauts dans le golfe du Bengale, en le disant ainsi ça enclenche le rêve, la réalité est que l’eau est idéalement belle et chaude, caressante par la succession des vagues de la marée montante… Et l’on ne se lassera jamais des cocotiers dès que l’on se retourne. Un peu plus au Nord, à portée de vue, il y a un petit stupa de grimpé sur un rocher, nous nous sommes fait violence au coucher de soleil pour voir comment les rayons de notre astre à son couchant pouvait jouer avec la crédulité des hommes. En fait il y a deux rochers chacun surmonté de son stupa.

Enfin, l’heure fatidique du retour arrivant, nous avons dans l’après-midi expurgé nos sacs de quelques demies livres en nous délestant de quelques fringues à l’éclat disparu, de la paperasse et des «médocs» inutilisés, et au dîner nous avons remis à Koko cet excédent à distribuer dans son village, je suppose qu’avec New-York  ou San Francisco sur le plastron, mes tee-shirts trouveront preneurs à condition de trouver un XXL dans les parages. Pour Anne se sera plus facile, il suffira de raccourcir.

Demain le bus est à 6 heures 30, lever une bonne heure plus tôt…Ca ne rigole plus !